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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 16:26

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Publié par Lee Rony - dans Divers
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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 07:11


Au départ cela semble une poussière apportée par le vent, collée sur la peau, l'ongle veut la détacher, n'y parvient pas, s'obstine, écorche la peau sans réussir, renonce, ça n'a aucune importance.


Qu'importe qui fut en premier touché par ce grain minuscule à l'apparence souple mais dur. Prenons l'exemple de cet homme, il a constaté ce truc sur son bras un matin alors qu'il se lavait. Il s'inquiète un moment, ce n'était pas là la veille, peu importe, si ça dure il ira voir un dermato, c'est remboursé.

La journée sera difficile, rendez-vous, travail, déjeuner, c'est son rythme de vie, il devrait ralentir, le sait mais craint l'ennui. Cette existence si elle lui apporte des satisfactions sociales lui coûte dans d'autres domaines, sa femme est partie, elle a obtenu la garde de son fils, et une confortable pension alimentaire.

Que dites-vous, elle préfère la seconde ?


Il se sourit sans répondre, ses amis, des hommes, sont de cet avis, une prostituée fait mieux l'affaire, et pas besoin de lui dire merci. Payer est rassurant, et moins onéreux !

La matinée passe, s'il ressent une démangeaison il l'attribue à sa façon de se gratter nerveusement. Ce n'est pas le moment de faire le douillet, des contrats attendent, il faut qu'il voie untel, déjeune avec le PDG, et ainsi de suite, pas le temps de s'écouter.

Réveil difficile le lendemain, c'est quand les vacances ?

Machinalement il porte son regard vers l'excroissance sur sa peau. On dirait qu'elle a grandi, un peu, un peu trop, trop !

Il touche, ne ressent rien, un point noir en plus dur, on voit bien que ce n'est pas de la peau, on dirait du minéral.

La journée l'appelle, les questions attendront le week-end.


D'autres qui font ce constat ne s'inquiètent pas, la pollution, les hormones dans la bouffe, voilà les responsable, il faudrait partir, retrouver le sens de la vie.

Personne ne fait rien, personne ne…

Personne ?

On s'inquiétera de son absence, lui si dynamique, solide comme un roc, travailleur, rapide, intelligent, l'humour à la bouche…

Pas de réponse au téléphone, on s'inquiète, un peu, mais c'est un grand garçon il peut se prendre en charge, le paternalisme n'est plus de mise aujourd'hui. Personne n'est irremplaçable.

Il n'y a que les actionnaires qui durent, durent…

Durs !

Ne possédait-il pas quelques stocks-options ?

Personne ne constate que ce sont ces gens-là qui s'absentent. Des problèmes de santé dus à l'excès d'argent ça existe ?

Ce serait bien, si bien, si ça ne descendait pas sur les pauvres !

Quelle est cette chose dans ce grand lit, recouverte en partie par le drap ? Lourde à en juger par le creux dans le matelas.


Quelques heures, quelques jours… La forme diminue, s'allège, un bruit, elle a bougé, non, elle s'est fendillée.

D'autres craquements, elle diminue, s'estompe sous le drap.

On dirait qu'il n'y a plus rien.

À part de la poussière, comme si on avait réduit, là, une pierre dans le sable le plus fin.


Si fin qu'il vole dans le vent, vole, vole…

 

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 07:04


 

Un jour, il avait bousculé Charlotte devant la machine à café : « Pousse ton vieux cul de là ». On se fait des ennemis mortels pour moins que ça, surtout si l'affront a pour témoins les plus épais machos d'un laboratoire.

Charlotte sortit du local en se brûlant les doigts au gobelet, mortifiée de n'avoir trouvé en riposte qu'un : « Tu crois que le tien est de la dernière fraîcheur ! ».

N'empêche qu'elle avait battu froid au Poulpe pendant quelques semaines. Mais le Poulpe était le Poulpe. Comment l'éviter longtemps ? L'individu portait un sempiternel pull en faux jacquard qui soulevait sa blouse en perpétuel lambeaux. C'était un grand type, célibataire d'une quarantaine d'années, barbe poivre et sel déjà, l'œil glauque, rampant. Il trainait les pieds, développait des théories jamais renouvelées sur l'inutilité du zèle, les vertus du laisser-aller, la vanité des combats.

Technicien titulaire du C.N.R.S. Et donc inamovible, il avait, depuis sa promotion au dernier échelon de sa catégorie sensiblement abaissé son efficacité professionnelle si bien que les trois équipes de recherches se le refilaient sournoisement, invoquant des raisons brumeuses pour s'en débarrasser. Personne n'était dupe. Surtout pas le Poulpe qui promenait ses gros souliers nonchalants d'étage en étage, prenait prétexte de ses changements d'affectation pour échapper aux réunions de synthèse, oublier les vaisselles de ses supérieurs tout un week-end, oublier la routine des horaires.

Le Poulpe recherchait surtout la compagnie des femmes. Caressait de loin, prenait dans ses tentacules les plus âgées. Ces dernières se dégageaient en riant après des simulacres de résistances. Il n'avait subi qu'une rebuffade et de la part d'une thésarde nouvellement arrivée qui l'avait repoussé les mains tendues devant elle : « Vous, vous trompez ! Laissez moi ».

« Je suis un incompris, avait-il soupiré ».

Il avait repris son vieux speech sur la froideur du monde en général et de ce laboratoire en particulier, le dos contre un radiateur à trois mètres de l'évier débordant de fioles et tubes à essai encrassés.

                                       - - - -

La lame oblique du soleil d'octobre tranchait le sentier dans le calcaire. Ils montaient déjà depuis une heure. Charlotte peu entrainée aux marches en montagne, malgré leur proximité habituelle, soufflait, accrochait ses yeux aux « technica » imprimés sur les talons de son compagnon et gardait le rythme dans cette sorte d'hypnose : « technica » à droite, « technica » à gauche.

Elle pensait que depuis son veuvage elle avait négligé son corps et que ce dernier le lui reprochait bien. Que d'énergie à tirer ses grosses fesses qu'elle tâta sans ménagement. Elle mangeait trop de chocolat et le petit verre de whisky le soir devant la télé, son goût pour les nourritures grasses, les parties fines au restaurant avec les copines, tout cela contribuait à son précoce vieillissement. À quarante-huit ans elle en paraissait dix de plus.

Le Poulpe lui avait suggéré le service qu'elle lui avait bien volontiers rendu : le mener tout en haut de la falaise avec son barda. L'incident de la machine à café avait été pardonné.

Elle avait laissé sa Lancia au départ du sentier, chaussé ses vieilles godasses de montagne, fait la grimace au contact du cuir racorni et ils étaient partis vers la crête blanc et gris.

L´automne s´envolait dans des bruissements jaunes et rouges. De la roche friable montaient des odeurs d´aisselle, des parfums de cheveux et de poivre. Les voici au faîte. Derrière eux la prairie en douce pente a le pelage gris blanc des vieux chevaux. Devant eux il y a le vide. « Trois cent mètres de gaz », commente le Poulpe. Charlotte a retiré son pull, ses godillots et se masse les pieds avec difficulté. Elle chantonne un peu modulant selon le profil d´une chaîne de montagne lointaine que la neige brode déjà.

« C´est pas tout ça, faut que je me prépare ; s´agirait pas que le vent change. J´ai tout à vérifier. Il va falloir te pousser un peu, j´ai besoin de beaucoup de place ». Il sort de son sac à dos une masse bleue et molle d´où pendent courroies et ficelles. Ses gestes sont rapides et francs. Il étale le tissu soyeux qui recouvre bientôt une bonne partie de la pente. A petits coups du plat de la main il déplisse, lisse, rectifie, fignole.

Placé devant tout cet azur qui nargue le ciel, il s´attaque aux ficelles : « Tu comprends faut pas que je parte les ficelles emmêlées. Tiens, ça c´est les freins, tu vois la ficelle jaune ? Y a intérêt à savoir où elle est ».

À son air satisfait Charlotte estime que tout est en ordre. Il coiffe le casque orange, glisse la moitie d´une fesse dans le siège léger dont il boucle la ceinture. Dans chaque main il a saisi le bouquet de cordelettes. Il fixe un point droit devant lui – parfaitement immobile. Charlotte intriguée, assiste à la métamorphose du  Poulpe :  les rides s´effacent, le front s´élargit, la bouche se délasse, les épaules se déchargent. Il a 20 ans.

Coup de poignets ! La toile flasque s´élève en panache. Le Poulpe court, court, décolle. Charlotte se dresse, agite les mains, saute comme une gamine : « Bye, bye, papillon ! Veinard ! Salaud ! ».

Mais il ne l´entend pas, il se balance déjà loin, visage ordonné à l'air, boursouflure bleu tendre sur l´indigo céleste, méduse, anémone, libellule. Elle se rassoit : « Veinard, salaud ! » et elle rit en caressant l'herbe sèche. Puis se dépouille de tous ses vêtements, râle un peu en roulant sur la pente. Crissement de la soie sur la soie. Elle râle plus fort, arrête d´un coup de reins la chute lente. Bouche contre terre, elle mord, s´agrippe aux herbes, se remet sur le dos, écarte les cuisses, caresse son ventre, le gonfle, observe les jeux de la lumière dans sa toison. Un papillon rescapé des premières gelées se pose sur son genou.

 

                                                                                  MARIE TREIZE

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Publié par Marie Treize - dans Sans Blog Fixe
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 06:59
L'Âme de l'Enfer - 11 
 

                                                  12

Un instant le roi crut rêver, ce qu’il voyait était irréel. La description du survivant affirmait une puissance intraduisible sinon par l’émotion de la rencontre mais ce qu’il voyait dépassait cette définition. Il resta muet et tous avec lui s’interrogèrent sur ceux qui avaient osé construire cela, s’attaquer à une montagne pour en faire une forteresse digne de… Les prêtres ressentirent une inquiétude incompréhensible pour qui croit en ce qu’il défend, mais il n’était plus question de délire, de manipulation de masse au moyen de procédés plus ou moins compliqués. La réalité prenait une force d’autant plus grande qu’elle se voilait de mystère. Pas de signe représentatif, rien qui dise, précise, pas une sculpture à l’extérieur, restait à trouver le moyen d'entrer, il y en avait un, sinon pourquoi une telle patience ? Cet endroit renversait les définitions du temps, les dogmes se morcelaient sous la violence d’un choc qui commençait à produire ses effets. Cet édifice changerait le monde.

Le roi toisa le vide, attendant qu’une main se saisisse de lui ou le tentacule d’un dieu impitoyable pour les impudents bravant son univers. Rien, son regard se perdit dans une noirceur absolue. Il imagina derrière les remparts un réseau de souterrain traversant le monde. Une telle force autorise toutes les imaginations et un roi n’en manque pas, la paranoïa fait partie de ses attributs. S'il pouvait descendre, traverserait-il le monde pour trouver ce fleuve cosmique dont parlaient légendes et religions, ce fluide emplissant l’univers ou une réalité dépassant ses conceptions ?

Ses croyances s’effaçaient, le poison envahissait les esprits, émanation d’une attente intérieure qui ne se comprenait plus.

Il avança vers les colonnes de pierre, s’arrêta avant de se retrouver entre elles. Il s’attendait à les voir s’animer, se muant en d’invincibles guerriers de roche demandant péage pour autoriser les voyageurs à continuer leur route, les pierres restèrent sages, lisses et le vent ne devint pas plus violent pour punir les curieux.

Qui envoyer ? Comment faire un héros paré d’un titre de gloire lui échappant, son pouvoir ne tiendrait plus qu’à un fil, si quelqu’un devait traverser c’était lui, un simple effort, vaincre sa peur, oser.

Chacun retint sa respiration, en apparence rien n’arriva, pourtant si, le roi entendit un murmure rassurant, il avait le pouvoir de montrer la voie à tous. Bientôt tout serait différent, il n’avait qu’à continuer.

Quelques pas l’amenèrent au bord du vide, l’abîme était là, était-ce la folie qui lui soufflait qu’il pourrait marcher sur le vide ? Il avança, manqua perdre l’équilibre, invoqua un pouvoir qu’il ne comprit pas, une voix se substituant à la sienne, son pied bascula, il crut tomber mais sous sa semelle de cuir un sol dur le retint et tous murmurèrent de stupéfaction devant le miracle d’un roi seul sur le vide, marchant sur rien pour enjamber l’abîme vers le grand mystère en face de lui.

Ainsi fit-il jusqu’à la porte, il disparut entre les murs, s’engouffra dans une muraille épaisse de vingt mètres, la lumière de l’autre côté lui affirmant qu’il survivrait à l’incroyable.

Il raconta qu’il avait vu une cour au pied d'un donjon touchant le ciel, une porte d’argent pour ouverture visible dont il n'avait pas oser s'approcher. Il n'avait vu personne ni entendu le moindre bruit.

                                        * * *

Ainsi se remémora-t-il les contes d'une époque dont l’histoire n’avait rien conservé, à croire qu’elle appartenait à un autre monde. C’était presque vrai puisqu’il n’avait pas, à l’origine, apparence humaine, qu’il était distant de ces primitifs inaptes à concevoir une forme de vie différant d’eux, qui ne pouvaient admettre que l’intelligence put habiter des êtres ne leur ressemblant en rien, ou presque.

Les quatre prunelles replongèrent dans le puits, à nouveau le passé se déchira, il revit ce roi et sut qu’il avait mentit, la porte était ouverte, elle l’attendait. Restait à traverser le miroir, à changer de monde, de temps ! Ce monarque était instruit, mais pas assez pour deviner que cette forteresse plus qu'étrangère était autre.

Croyant que l’éternité lui offrait toutes les qualités il se heurtait à une infranchissable barrière. Restait une clé à utiliser, sa fragilité.

La main de l’enfant saisit la sienne, mais qui était-elle ? Encore un pouvoir incompréhensible, émotionnel, sortant des mots, s’imposant par l’acceptation pour communiquer. Elle brillait d’une force qui l’aurait fait hurler s’il avait osé une liberté dont il se sentait indigne.

Un puits, un souvenir, des images se superposant, s’inversant pourquoi pas ? Ce donjon était-il seulement une masse rocheuse ? N’était-il pas un puits de pierre plongeant dans l’espace ? Le courant l’entraînait, lui tenant la main et lui ordonnait de s’ouvrir, une chance de justifier ce qu’avait été sa vie.

Sa quoi ?

Il aurait dû rire en entendant ce mot, la vie est fugace, fragile. La sienne était tout sauf cela, prédatrice inlassable... À l'image de la nature dégagée des pitoyables concepts humains.

Le roi gravit les marches, pénétra dans la salle immense. En levant les yeux son regard ne trouva qu’un ciel immense, pas celui qu’il aurait découvert si le toit s’était estompé, un ciel d'ailleurs. Il ferma les yeux, se laissa faire, un pantin n'a pas d'autre choix. Il n'en dirait rien, c’était un secret, un pacte. Son pouvoir grandirait par la seule influence de ce lieu. Tout est là, attendant une conscience capable de lui survivre pour, lucidement, faire le pas qui briserait le temps.

Des mois passèrent, des années, le temps est une notion relative, le roi vit son empire prospérer. Une crainte incompréhensible tenait les armées adverses mais effrayait parfois autant ceux qui en profitaient.

Jamais contents !

Le roi plongea dans les mystères de la forteresse. Il découvrit une fosse dont il comprit l’emploi. Personne ne trouva mieux que des couloirs, des escaliers, des salles vides. Tous sentaient qu’une infime partie était accessible. La serrure était introuvable parce que la clé manquait, et pas le contraire, c’eut été trop simple.

Qui aime la simplicité ?

                                        * * *

Le puits est le plus important, un point équidistant des mondes, des dimensions, il ne savait de quoi au juste. Des contraires, de tout et du reste, de ce qui ne devait pas se rejoindre et s’unir. Celui ouvert devant lui était une copie. Qu’était cet homme devant lui ? Un cadavre, presque ! pire ? Des yeux hantés, un rire qui dansait autour d’eux, couple étrange et impossible, la pureté et l’atrocité, à croire qu’il y a entre eux d’étranges points communs, un pont invisible par-dessus l’abîme. Oui, il sentait qu’il aurait pu comprendre, qu’il aurait dû… Vœu pieu, qu’importe les regrets, il ne pouvait remonter le temps, regarder jusqu’à mille ou dix mille ans devant lui ne l’aurait pas effrayé, reculer, fut-ce d’une seconde, était impossible.

Pourquoi espérer ce en quoi il ne pouvait croire ?

Le rire se fit hurlement, imprécations dans une langue inconnue, des images se superposèrent, à son tour d'apprendre. La mémoire agit ainsi, une situation vécue se dévoile comme si un peu de soi était spectateur. Il se voyait face à l'arène, au fond, s'observant, des êtres à son image représentaient son avenir, une situation insoutenable d’une vie poussée dans l’horreur pour y survivre et le regretter.

Il savait maintenant ! Cet endroit était (la destination de) sa vie.

Lui aussi avait traversé le désert, vu l’édifice, crut en des contes qui auraient dus n’être que cela, mais la réalité s’impose à ceux qui la nient et surtout à qui craint de s’accepter. Il avait découvert le pont, traversé alors que son escorte s’éloignait. Surtout ne pas rester dans un endroit que les années et une censure stricte avait voilé d’horreurs. Il traverse la porte d’argent, lui ne la voit pas lisse mais semée de petits êtres grimaçants : restes des âmes venues avant lui. Elle était une mise en condition ! Il revécut son attente, l’homme venu le chercher, le spectacle censé le convaincre de changer pour échapper à une condamnation à disparaître dans un orifice dont nul, jamais, n’était sorti, avant lui. Mourir de faim où dévorer les autres ! Ce qu’il vit lui apprit la fragilité de la "civilisation". A-t-on le droit de tuer pour vivre, de mourir pour l’autre ? Dans tous les cas la mort seule triomphe. Que risque-t-on à vouloir une seconde de plus ?

Lui, qu’avait-il fait ? Il comprit, enfin, que ce que le roi avait vu en levant la tête était l'ombre du néant.

Il aurait voulu dire. Comment ? Impossible de puiser en soi ce qui ne s’y trouve pas, alors que l'absence se lézarde, attendant le hurlement qui marquera la naissance du temps, et d'une vie qui n’a pas attendu pour exister une manifestation organique carbonée.

Des années étaient passés avant qu’il se retrouve face à son destin, d’être poussé sur un monceau de cadavres, d’affronter le désir des survivants. Pas les plus costauds, l’important n’est pas dans la force mais dans l’aptitude à s’en servir opportunément. Le puits était une cage où l'âme humaine enfin pouvait s'exprimer.

La pièce la plus importante manquait, sentir la main de cette enfant prouvait qu’il avait trouvé la sortie. Nourri d'émotions il avait emprunté l'escalier de la Vie jusqu'à s'abreuver à la Source, ignorant quel péage serait à acquitter. Avant d'être jeté dans la fosse quelques heures de solitude lui furent offertes, il avait su, et pu, en tirer profit.

Retrouver ce qui s’était passé, le comprendre, se nourrir, déchirer le temps pour mordre la réalité de ce qui l’animait. La force qui le tenait se préparait à évoluer, il avait envie de savoir que faire.

Il n’était plus seul, impossible rimait avec accessible.

* * *

Suis-je capable du recul nécessaire ? Sortir de soi est un jeu que je pensais illusoire, il n’empêche que j’ai à intégrer, vite, ce qui m’est arrivé. Ce ne peut être une mort véritable, j'ai adapté mon vécu en fonction de mes références, mise en scène de phénomènes attendant une confrontation pour s’imposer en moi et à travers moi. Attendre, le courant me porte. Après avoir touché le fond j’ai creusé pour m’engloutir, je découvris un monde de mort, de pourriture, d’une corruption de l’âme telle que je n’espère plus en sortir intact. Si…

Que vaut un si en cette circonstance ? Je suis prisonnier d’un passé qui se présente devant moi, analysable, compréhensible et utilisable.

Jeu des mots, pièces d’un puzzle s’assemblant devant moi. Si je retrouve la réalité quelle part de moi aura-t-elle disparue en paiement à un nautonier infernal ? Double amputation bénéfique. Je revois une voie sinueuse entre deux dangers : la fascination pour l’horreur et le désir d’aimer. Autant d’illusions d’un côté que de l’autre.

Je contemple la représentation d’une forteresse comme une île sur le vide. C’est un retour, sujet de réflexions inachevées. Je tourne en rond, des éléments de mon être changent, grandissent ou meurent. Un jour cette frontière sera derrière moi, épreuve initiatique que je dépasserai en assimilant ce qu’elle montre. Elle s’évanouira avec ce dont elle se nourrit, des fantasmes terrifiants dont je crus faire une réalité. Ces morts, ces crimes atroces, policier pire que les criminels qu’il poursuivait. Qui est mieux adapté pour traquer un prédateur que son semblable ? J’ai endossé un vêtement taillé avant ma naissance, tissé dans la toile nocturne d’une antique malédiction, un héritage de démence que j’espère avoir épuisé sans céder jamais au désir de changer de côté, de révéler l'épouvante au monde ; à ces pseudos tueurs comment il est possible de faire mal. J’aurais pu inscrire mon nom en lettres de sang dans les annales de la psychiatrie.

Sans regret ! La folie est un univers de miroirs qui se suivent et se ressemblent trop pour que le jeu puisse durer une vie. J’aurais tué pour chercher une victime introuvable, usé mes forces pour finir tremblant dans une pièce aux murs matelassés. Un petit jardin, un arbre, un banc, la protection de hauts murs, une solitude pire que celle que je connus, peuplée de mes terreurs, des monstres nourris de mes espoirs. Je peux diminuer mes mérites, dire, sans mentir, que je n’ai rien voulu mais seulement pu subir une tension destructrice, une souffrance que j’évoque complaisamment. Elle faillit m’emporter, m’amena au-dessus du gouffre, me permettant d'y regarder le réel. J’ai traversé ce vide face à un nouvel univers. La folie vaincue apparaît une réalité précise sans être insupportable.

Je remercie mes tortionnaires, mon père d'abord, il m’apprit l’horreur et finit selon son souhait. Je lui suis redevable, il assuma une violence que seul je n’aurais pu vaincre, la mort fut une épreuve dont il sortit vainqueur. J’aimerai éprouver ce qu’il ressentit quand je l’ai laissé où lui-même avait vu mourir tant de ses victimes. Combien de vies prit-il, lui-même n’en tint jamais le compte. La part d’atrocités que je lui dois fut bénéfique, quelle part bénéfique puis-je utiliser atrocement ? Il ne voulut rien de ce que je suis, une autre volonté fut à l’œuvre, une force d’une impitoyable patience. Le temps est relatif. Pour celui-ci une seconde compte, pour un autre une année ne signifie rien en regard du but poursuivi. Savoir regarder un long chemin à faire sans certitude d’atteindre son extrémité en délaissant les pulsations vaines d’un monde moribond jusqu’à comprendre que le savoir est une bombe intérieure, conçue non pour disloquer mais pour rassembler. La fusion plutôt que la fission, l'union des contraire en l’esprit.

Je n’oublierais pas en rouvrant les yeux. Était-ce une dague qui plongea dans mon cœur ? Une seringue que l’hallucination me fit prendre pour autre chose, un produit chimique plutôt que magique ?

Rencontrer sa mort est vivifiant, je vis sa face et supportai qu’elle ait été mienne, ces muscles, cette peau, ces viscères… Comment traduire une telle expérience alors que j’oscille entre deux mondes ? J'aime son sourire, elle est plus violente parée d’un masque de peau, la vie est terrifiante par les mensonges qu’elle permet. Insignifiante, fragile, un matériau pour… Pouvoir traduire ce que je ressens !

Je sais que ce qui arriva le devait, les activités humaines expriment des contraintes que l'homo sapiens ne peut même pas imaginer. À vouloir tout définir l’inverse se produit, l’impossible devient malléable, consistant. Piteuse description de ce que je ressens, tant pis. L’avenir, ces êtres qui offrirent leurs vies en des rites qui répétaient un murmure venu du fond des âges quand la mort devint effrayante. Cette peur est toujours là, sauf chez moi, et quelques autres autour de moi. Leurs esprits sont aliments pour moi, âmes de boucherie promises à l'abattoir ! La lumière me fait mal, après tant de ténèbres. Normal, mais je sais où je suis, et pourquoi, cela suffit.

Pour l’instant !

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 06:56

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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 06:37

 

Toute la mort devant nous, Sandra Scoppettone

Traduction : Nathalie Mège
Fleuve Noir - 383 Pages

ISBN - 2265062529
Titre original : Let's face the music and die (1996)

 





Romans précédents avec LL

- Tout ce qui est à toi est à moi

- Je te quitterai toujours

- Toi ma douce introuvable

 


Ce roman est donc le quatrième mettant en scène Lauren Laurano, personnage créé par l'auteur. J'aurais dû commencer par le premier mais il était indisponible, ce n'est que partie remise et j'en ferais part ici dès que possible, ainsi que des suivants. Les héro(ïne)s sont attachant(e)s, intéressant(e)s et donnent envie de les connaître depuis le début de leurs aventures violentes et passionnées.
Lauren est devenue détective privée après un passage au FBI qui se termina mal. Avec sa compagne, la psychologue Kip Adams, elle vit depuis dix ans à Greenwich Village ; New York, son agitation et ses bas-fonds étant le décor de ses enquêtes.

Cette dernière est engagée par Élissa, une vieille amie, afin d'enquêter sur le meurtre, à coups de couteaux, de sa tante Ruthie. Bien vite se dessine une partie de billard à trois bandes, le mari de la victime ayant disparu en mer cinq ans plus tôt en laissant à son épouse une importante somme d'argent devant revenir à sa nièce après sa mort ; mais qu'à son tour celle-ci connaisse un sort funeste et l'héritage irait à un cousin mystérieux et inquiétant.

Ce roman, lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les cinq continents, nous plonge dans le passé de Lauren et le drame qui marqua sa vie. Charlie West, son violeur, qui faillit devenir son assassin est sorti de prison et semble désireux de terminer son « travail » !

Vous comprendrez que si je vous incite à découvrir ce texte c'est en y joignant le conseil de le faire après les trois autres, ainsi suivrez-vous dans sa chronologie l'histoire de Lauren et de ses amis, et ennemis. Vous pourrez continuer avec Long Island Blues (Gonna Take a Homicidal Journey - 1999), paru également aux éditions Fleuve Noir.

 

Polars urbains, d'une facture classique qui doit tout à son héroïne, femme d'une quarantaine d'années complexée par sa petite taille, fragilisée par son passé, mais intelligente et ironique. L'auteur compose une espèce de symphonie sombre dont l'instrument principal est mis en valeur par ceux qui l'accompagnent dans un ensemble cohérent qui permet de passer un bon moment. En imaginant un Sam Spade gay...

 

Sandra Scoppettone est née dans le New Jersey en 1938, à dix-huit ans elle renonce à s'inscrire à l'université et commence à écrire. Installée à New York elle publie des contes pour enfants, des romans pour adolescent puis des polars sous le pseudonyme de Jack Early avant de signer de son nom et de créer Lauren Laurano... En attendant qu'un metteur en scène ait l'idée de porter ses enquêtes à l'écran.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 06:17

 

Le marié silencieux attendait sa promise,

Patient et les yeux clos en son âme attentive.

Sa famille l'entourant, entité émotive,

Enfin rassérénée savait la chose admise.


L'épouse en sa tenue suivait le rituel,

Chaque instant programmé contenait l'émotion,

Guidant pensées et mots, antique tradition,

Afin que nul ne soit solitaire éternel.




Être défunt ne peut briser le cours des choses,

Un engagement pris se doit d'être tenu,

Couple dans l'infini, les esprits continuent,

Dans la mort, par la vie, une épine a des roses !

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 06:12
L'Âme de l'Enfer - 10 
 

                                                  11

Ils ne fut pas accueilli en héros comme il l’espérait, encore qu’en se retrouvant seul il eut l’espoir de céder à son tour, mais non, il allait réussir, par un désir se substituant au sien, une volonté indéfinissable à laquelle il éviterait de faire allusion. Il connaissait les dogmes des prêtres, quels risques il devait évitait. Ainsi quand il traversa la ville jusqu’au palais royal mit-il au point dans sa tête ce qu’il dirait, comment présenter la chose, le reste ne lui appartenait pas.

Nul ne l’approcha, le roi l’attendait, craintif devant ce revenant qu’il écouta attentivement, une question, une précision, un roi intelligent, mais était-ce encore lui qui régnait dans son esprit ?

Une expédition plus importante fut décidée, il fallait savoir qui avait désiré un édifice aussi prodigieux, les dessins étaient trop bons pour être l’œuvre d’aventuriers mais nul n'osât en faire la remarque. Surtout ne rien dire, un accord tacite s’érigea, un pacte avec un démon que tous ratifièrent, sauf quelques prêtres qui soulignèrent que cette construction ne pouvait qu'être le souhait d'un dément et l'œuvre de créatures inacceptables, le roi répondit qu’aucune trace de vie n’avait été vue et que s'ils en rencontraient ils sauraient quoi faire. Cela rassura le clergé, toujours ravi que d’autres pensées soient éradiquées sans être entendues, oublieux que jadis il avait échappé à ce massacre, oubliant qu’un jour viendrait où ils seront massacrés pour n’avoir su vaincre ceux qui minèrent leur pouvoir.

Rien ne fut oublié, même l’imprévisible devait être anticipé, le roi mènerait l’expédition, laisser la place à un autre serait un signe de lâcheté, s’il avait de nombreux défauts il était courageux.

Était-ce une qualité…

Départ dans le silence malgré les soldats censés motiver la foule. Les voyageurs accompagnés d'une sensation étrange avaient devant eux la perspective d’un incompréhensible périple. S’agissait-il du plaisir de découvrir ou de répondre à un lointain appel, d’un risque en devenir ? Mais la forteresse montrait, outre son ancienneté, une vacuité totale, quel péril pouvait s’accrocher à une montagne vide, à moins que le danger ne s’y trouve pas mais s’y rende.

Alors que défile dans son esprit les légendes de son enfance, il sait combien elles sont vraies, un détail serait à modifier ici ou là mais dans l’ensemble l’impression de ces instants fut si puissante qu’elle dura longtemps et que les mots l’accompagnant furent peu modifiés par le temps. Une autre époque ou l’écriture n’était qu’un espoir dans quelques esprits encore à naître.

Le voyage se fit dans une sombre et inquiétante tranquillité. Le roi en ses rêves eut des doutes qu’il dissimulât, un souverain ne peut se déjuger, il ignorait que l’important du pouvoir est de comprendre ses erreurs avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Il n’eut pas cette force sachant que rien ne lui arriverait, il avait raison, ce qui l’appelait avait besoin de lui, d’un pouvoir s’offrant, d’un royaume capable de lui apportait ce qu’il attendait depuis si longtemps.

La préparation leur permit d’affronter le paysage nu et l’alternance d’un soleil de plomb et de nuits glacées. Le désir est d’autant plus impérieux que la destination est un mystère, un monde de questions auxquelles on veut répondre malgré tout, malgré soi.

Pas un bruit ni une trace, le néant souriait et le souverain le contemplait. Ce désert, était-ce la frontière avant le vide ou... ? Quels êtres auraient marqués leur territoire d’une si incroyable façon et dans quel but ? Régner est difficile. Ses sujets ne connaissaient pas leur chance, n’avoir qu’à plier l’échine et suivre le chemin indiqué.

Le chemin ?

N’était-il pas en train d’obéir à une impulsion qu’il comprenait mal ? Qu’un roi sache tout, soit, mais il aurait pu prendre du temps pour réfléchir, il aurait pu ! Il désirait ce savoir comme il désirait une femme, pas moyen de se raisonner, la lucidité fait mal par la promesse qu’elle présente d’une tranquillité semblable au vide.

Face au puits, près de la fillette, il sut à quoi il s’était offert… Bientôt le néant lui apparaîtrait comme un inaccessible paradis.

                                        * * *

Quelle est la part du travestissement dans ce que je ressens, dans ce déferlement d’images ? Explication trop simple, je peux aller plus loin, cesser d'être un spectateur amorphe. Je suis capable de penser, de vouloir, de dépasser le présent pour en comprendre le sens. Pour savoir où me conduit ce courant je dois le remonter jusqu’à la source.

Primordiale ?

Pourquoi pas ? Le jeu serait amusant, mais long. La pensée ignore les contraintes d’une physique dont les frontières sont celles du savoir de l'instant. Le mien peut les dépasser !

L’esprit est une caisse de résonance, de regroupements, ainsi naît la conscience. Je prends le rythme du temps, pas question de lui laisser la bride sur le cou, je sais quelle peur s’en emparerait. Le territoire que j'arpente est obscur et désertique, il palpite pourtant d’une vie suintant de partout, si je crains d’accepter c’est que j’en attends une indicible souffrance. Le cri qui jaillira sera mien, sera moi, l’écho de ma naissance en conscience, en lucidité, yeux ouverts par-delà le réel et ce sur quoi il repose, projection sur une trame de lois compréhensibles, alors l’univers s’ouvrira et tant pis si le délire m’emporte. J’ai eu tant de fois envie qu’il le fasse.

Tant de foi ?

Le mot serait beau mais il n’indique plus que l’absence, un individu cloué au sol par sa peur, murmurant d’antiques paroles, s'abreuvant de vide. Ces phrases ont-elles une signification ? Un autre, peut-être, la découvrirait, et si tout n’est qu’errements ce serait l’indication d’un territoire à éviter. Je voudrais faire plus, dépasser les illusions nées de la folie, de la peur, d’un désir de souffrances calculé pour étouffer la conscience sans la détruire. J’ai cherché cet état, laissant la sauvagerie m'entraîner. Je découvre une force plus puissante que ma lâcheté, l'union des contraires en vue d’une réalisation semblant un parcours alchimique. La pierre philosophale n’est pas à créer mais à accepter. Elle est proche, à un pas de conscience lucide. Tant d’années de peur l’ont recouvert d'illusions, d'angoisses et mythes. Du sang séché, des rites archaïques, une odeur de caverne ou nulle lumière ne veut entrer, tout cela est à affronter, j’y suis prêt, pour un combat halluciné. A croire en mon échec j’en viendrais à affronter ma réussite comme naturelle, renversement d’une situation détruite d’avoir trop servie, de s’être confrontée à une vie qu’elle évitait. assuré de réussir que me resterait-il ? je serais là, flottant entre deux monde, pas tout à fait mort, pas réellement vivant, attendant une invocation, une intervention extérieure qui ne viendrait jamais. Je le sais mais dois poursuivre sur ma lancée et dépasser ces mots. Le vent emportera les cendres du superflu.

Est-ce l’amour que je redoutai, cet d’état fusionnant les opposés ? Resteraient les éléments fondateurs d'une création dépassant ces sapiens qui repeignent leurs cavernes pour croire en être sortis.

Images étranges, vieilles comme puisées dans le gouffre même du passé, dans une bouche ouverte sur une profondeur impossible où la pensée ne peut y survivre. Un trou noir mental.

Remonter le courant jusqu’à la source. L’envie me vient d’aller trop loin, de prendre un risque qui me coûtant l'esprit m’apporterait la tranquillité. L’aube des temps, le cri de l’univers, sa première pensée imprimée en chaque atome. Ai-je la faculté d’encaisser ce souffle et de lui résister ? D’autres ressentirent cela, d’autres s’approchèrent avant d’être annihilé pour me permettre de passer par eux en regardant au travers de leurs esprits vers ce qu’ils ne purent supporter. Le temps sera bref, celui qu’ils purent tenir en espérant et désirant qu’un successeur les dépasse.

C'est moins difficile que je le voulais. M’affronter à un pic invincible serait apaisant. Je connais bien la souffrance, l’échec est un complice qui m’apporte un soulagement immérité. Non, c’est parvenir au sommet qui m’effraie, et découvrir un monde compréhensible, un monde ouvert pour le premier esprit capable de l’arpenter : Moi.

Folie que cette déclaration ?

Et pourquoi pas ? Le vent fait avancer, le souffle fait vivre, certains en reçurent plus que d’autres. Les fous disposent d’une force les portant là où nul «normal » ne peut aller puisque animé par le minimum.

J’aime cette impression suscitant en moi une inquiétante tranquillité. Je suis là pour savoir quels secrets me fondent, et, au-delà, sur quoi repose ce qui dépasse l’hérédité, un héritage cosmique, engramme dans le cœur des composants de la vie, chacun a une voix qui chante. La réussite serait de les réunir en une harmonie insoutenable, le temps d’ouvrir la conscience, de comprendre, serrant les dents je saurais ce qu’est la Vérité. Disparaître ensuite serait doux.

C’est un plaisir d’être capable d’affronter une évidence de ce genre, je voudrais persister, oublier le temps. je l’ai fait, je revois ce voyage dans un désert de nuit, je sais ce vers quoi j’allais. Il me semblait n’avoir puisé qu'en moi, il semble que j'ai utilisé une mémoire ancienne, la traduction d’un phénomène difficilement réductible en quelques mots. Une équation pourrait m’y aider, avoir la clarté nécessaire, non comme un autre langage, au contraire, comme le moyen de faire entrer la science dans une représentation artistique, l’un et l’autre, les contraires, s’unissant pour définir une vérité sûre, accessible par l’esprit ayant assimilé ce que tant veulent opposer.

Je peux aller trop loin, c’est l’intérêt du jeu de se dépasser pour découvrir que la frontière n’était que la marque de sa peur. L’au-delà existe. Comme l’univers qui crée sa propre grandeur l’esprit peut oublier ses contraintes pour réaliser qu’il n’a pas de fin, que ce mot est une trahison, comme l’embryon refusant de naître, le bébé de grandir, l’adolescent voyant son avenir dans la vieillesse. Les mots arrachent des lambeaux d’une chair morte, d’une démence cocon me protégeant depuis des années. Je peux le détruire, me nourrir de ses restes pour progresser au long d’un chemin si personnel qu’il m’indiffère de pouvoir l’exprimer. Ce n’est pas à moi d’être clair, d’autres souriront de tant de complications, j’explore ce qui n’est pas un désert mais une épreuve, un test avant qu’une porte s’ouvre, qu’une lumière frappe mes yeux. Elle le fit il y a longtemps, une enfant morte me l’a dit, et derrière elle une enfance défunte murmurait, la mienne. Je n’ai rien oublié, ces instants sont gravés en moi comme une cicatrice dans laquelle j’ai plongé, l’exploitant autant que faire se pouvait, il est temps de conclure cette époque, non de renier ce que je fis, seulement d’admettre que cette plaie ne peut s'effacer. L’espérer est illusoire, dès lors mieux vaut chercher ailleurs. Je sais où, je sais quoi et je sais qui.

Retrouver les conditions de ma présence ici, j’en fus proche, à un mot, emporté dans la spontanéité, désormais cela serait une trahison, je ne mérite pas une telle nullité, je suis capable de faire mieux.

N’est-ce pas ?

Mon enfance n’est pas morte pour rien, elle m’a protégé de la banalité, du froid des apparences.

La mort nourrit la vie, un tendre piège, une malfaisance insigne, mais cette enfance cocon protégeait autre chose, la chenille venait de plus loin. Le mystère est entier, mêlant merveilles sombres et palpitantes, l’horreur n’est pas ce que je crus, un simple divertissement, elle est la porte sur des puissances faisant miroir. Elles révèlent une vérité désagréable mais nécessaire pour qui veut aller plus loin.

Trop loin ?

Ma salive coule, j'ai faim, dans quelle terreur vais-je mordre ?

Proche ai-je dit ? Cette ville, ces circonstances, et l’enquête. Je suis policier. Prédateur de prédateurs disais-je, version civilisée du chasseur socialement intégré. Intégré, moi ?

Désintégrant, ce rôle me siérait davantage.

Retrouver le passé, mots et images, un ami, un autre, un cadavre, pas un crime, une offrande. Ils ne comprirent jamais leurs actes, ils m’attendaient, oui, ils m’attendaient.

Je revois la villa, je l’ai… Gelée ? Non, et pourtant le jeu de mots convient, une villa, une copie pour retrouver une ambiance. C’est presque clair. La villa, les chiens, ils me regardent, pressés contre le sol, ils ont si peur, la porte ouverte, le hall, une autre porte donnant sur les sous-sols, un escalier en colimaçon, court, la cave, un puits, j’y descends. Ils sont autour de moi, un autel est dressé, une pierre noire que je connais, ou un modèle identique, je m’allonge, ils se pressent autour de moi… Non ! ce n’est pas exactement cela, je vais trop vite, je saute quelque chose, un choc, un homme devant moi, un homme âgé mais au regard brûlant, c’est lui qui m’attendait depuis le début, toute sa vie ne fut que l’attente de ce moment. Il a connu mon père, l’a encouragé, dirigé, il savait que l’important viendrait ensuite, mon géniteur n’était qu’un pion, malgré sa sauvagerie. La mienne est si grande, elle a l’éclat de l’efficacité, de la monstruosité au service de l’intelligence, un couple étrange, aussi impossible sinon davantage, que celui auquel je fis allusion tout à l’heure, animalité et intelligence, notions moins paradoxales qu’il y parait.

Cet homme m’attend tenant une dague brillante, je ne peux reculer, j’ai envie qu’il frappe. Et quand la lame déchire mon cœur je souris.

Ainsi fus-je assassiné !

                                         * * *

J’aime cette déclaration. Rares ceux qui en dire autant. Moi je savais ce qui m’attendais, je le désirais.

Et maintenant ?

La lucidité est une malédiction, c’est une offre, une souffrance devenant plaisir une fois passé le réflexe de tout refuser.

Je suis mort sans l’être, mort sans Être, puisque n’ayant pas connu la vie, maintenant c’est différent, je peux savoir ce qu’elle signifie.

Le pire est en moi… Étend moi !

Je le sens, un souffle qui m’anime…

Sa présence est un souffle chaud…

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 06:08

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Publié par Lee Rony - dans Photographie
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 05:54

 

De ma mort je me souviens mal...

Était-je croulant, à l'hôpital,

Pris dans un accident fatal,

Malandrin, stoppé par une balle ?


Mon agonie fut-elle abominable,

Dans un coma profond et confortable,

Un bruit d'enfer, concert de tous les diables,

Ou seul et oublié au bout d'un câble ?


Autour de ma dépouille y aura-t-il du monde,

Des enfants envahis d'une détresse profonde,

Ou un tas d'héritiers à l'appétit immonde,

Avaricieux complets anxieux de faire la ronde ?


Mon tombeau sera-t-il celui d'un conquérant,

En marbre ou granit, paré d'or et d'argent ;

Une dalle anonyme caressée par le vent,

Ou la fosse commune dédiée aux indigents ?


Puisqu'il me faut ici parler sincèrement,

De celui que je fus, je me fous complét'ment !

Je vais enfin savoir ce qui tous nous attend,

Devant qui me courber, Lucifer ou Satan ?

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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