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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 07:00

 

 

Est-ce là ce qui m'attend, ce chemin périlleux,


Débordant d'accidents, à en maudire les dieux ?



Est-ce vers quoi je vais ou hallucination,


Promesse menaçante, sombre malédiction ?



Est-ce alors un défi, savoir pour affronter,


Demain est-il si sûr qu'il faille l'accepter ?



La vie n'est qu'un instant dans un étau d'abîmes,


Renoncer à rêver serait-ce donc un crime ?



Un cri, puis un soupir, pour n'être qu'un instant,


Le jeu vaut-il le coût d'être un pantin du temps ?






 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 20:43


la-flamme-est-l-avenir-de-l-homme-.jpg


 

                                                 08


La norme est réductrice. La vie aime qui s’éloigne pour la distraire et lui donner un sens. Le banal n’apporte rien, c’est un manège, pas le moyen d’avancer. Reste à supporter de s’en écarter.

- Quoi que je veuille professeur je vais m’éloigner. Tuer le « Pourquoi Moi ? » est mon objectif immédiat, le plus difficile !

- C’est humain de se poser la question, trop humain !

- Trop… Ou pas assez ? Des questions, des impressions, ce que je ne voulais pas. J’ai fuit ces interrogations. Elles m’attendaient, amusées de mes efforts pour leur échapper. Vouloir comprendre… Vanité, pourtant j’ai toujours ce désir, ce besoin de folie.

- Folie ? Une excuse disparue.

- Mais regrettée.

- Pour le moment, vous vous forcez.

- Je sais, cette nuit… Les mots me trahissent, j’ai envie de marcher, de parler, surtout ne pas me retrouver seul pour affronter ce qui m’attend. Cela viendra, inéluctablement. Un mot que j’aimais : Inéluctable ! J’en ignore encore le sens, celui de m’avertir de ce qui m’attendait.

- N’est-on pas tous attendus quelque part ?

- Par rien pour la majorité, moi… L’ombre vient de loin, prend forme, sans méchanceté, juste une force attirée par ce qui est fait pour cela.

- Vous ?

- Oui, et refuser le pourquoi est compliqué.

- N’y a-t-il vraiment pas de réponse ?

- Oh si ! Tant, que dénicher la bonne est illusoire.

- Que voyez-vous ?

- Un désert de ténèbres avec, en son centre, un oasis de noirceur. Je suis poussé, pas moyen de reculer, derrière moi il n’y a rien, ainsi est le temps qui nous porte vers demain, vers bientôt, qui nous laisse penser à hier mais nous interdit un recul effectif. Piétiner, gaspiller une vie qui s’en fout.

- Alors avancez !

- Je le ferais, je… J’apprends, puise en moi, éjecte l'inutile. Purification, préparation, trop d’idées réagiraient mal, à moi de faire le tri, d’en arriver à une personnalité la plus dense possible.

- Quantique ?

- En quelque sorte. Expliquer est au-dessus de mes moyens, un autre le fera, plus tard, ailleurs, tout se tient, la création est.

- Moniste ?

- Si l’on veut.

- Nos paroles doivent surprendre.

- Comment comprendraient-ils ces mots, ces impressions, peut être vides de sens. Le temps connaît les réponses, lui je le crains.

- Il n’est pas un ennemi.

- Je n’en ai jamais crains, au contraire. Il me tend les bras, lui qui me façonna. La raison en est si proche qu’une sombre terreur m’envahit, basée sur l’évidence d’être assez fort pour lui résister. Souffrir est agréable quand la sortie est disponible. La nuit… Curieux désert, la réalité s’estompe, je distingue à peine la rue, les immeubles, les voitures qui passent, le brouillard se fait oppressant, total, il me guide vers une réalité que j’ai envie d’éviter. Ombres, cortège de mots dits, pièces d’un puzzle qui se met en place en moi, malgré moi, qui est moi.


Mots dits qui échappent ? Écrire est cela, il le sait, chercher à être compris, se dire que cette fois ça ne sera pas le cas, que rien ne peut survenir qui n’ait été prévu ! Mensonge, prétexte pour arrêter la crainte, pour se donner le prétexte d’avancer encore. Nouveaux mots, autres images, et, au cœur du désert une forme étrange, obscure, une force sombre qui pourrait être le vrai visage de la vie, pas cet aspect chatoyant et spectaculaire, ce visage lisse et fardé pour être inexpressif que tant prenne pour la vie et qui n’est que leur existence. Plus, et pire ! Au-delà du définissable, les mots peuvent conduire, savent se faire miroir, à chacun d’être capable de lui donner un sens, de refuser ou de s’accepter.

Il ne peut plus se refuser, maintenant c’est un défi, il peut espérer l’inverse, non éviter le combat, mais qu’il commence pour qu’il s’achève plus vite et que vienne la paix mille fois méritées.

Elle ne viendra plus, le désert rétrécit à chaque pas ou est-ce l’appel qui se fait plus fort, qui attire sans que la volonté soit mise à contribution, elle qui ne demande que cela, qui voudrait sans avoir à agir, se laisser prendre, regarder ce qui vient et faire corps avec. Il ne peut s’agir d’un combat, à lutter contre soi l’on ne peut que perdre, cela serait se fuir et trahir le sens d’un destin qui mit tant d’années pour se façonner. Accepter, lutter contre sa peur, son désir d’être ailleurs, loin, si loin… Que le rêve amène un sourire, craindre à ce point confine au ridicule et le rire, une fois de plus, est salvateur.

Silhouette atteignant le ciel, le dépassant, faisant corps avec lui, ni haut, ni bas, un ce pont entre les mondes, les réalités. Tout se tient et lui qui peut passer de l’un à l’autre le sait, non, l’accepte enfin.


- Je serai là, vous le savez, oreille disponible, incapable de saisir le sens de vos paroles, mais essayant de retenir quelque chose.

- Je sais professeur, et cela m’aidera. Vous douterez moins que moi car la crainte ne sera pas en vous. J’aime cette impression, cette émotion qui se glisse en moi, de moi, de loin, source que j’ai espéré tarie, simplement détournée, barrée par le refus. Que valent les années face à ça ? Je ne vois rien de plus précis que ce pronom : Ça !

- Une des instances de la trinité psychique, c’est clair pour vous.

- Si l’on peut dire dans un monde qui s’obscurcit.

- L’opposé du trou noir serait un trou blanc, l’entrée, la sortie, loin.

- Être loin n’est pas être ailleurs. Tout est dans la capacité de voir dont dispose l’esprit, dans ce qu’il accepte d’être, car, son regard changeant, ce qu’il découvre est différent sans être autre. La réalité paraît ceci, elle l’est, mais parce que l’esprit refuse sa propre sensibilité, ce qui est en noir et blanc n’est que son refus d’apprécier ses couleurs, ce qui semble plat, en deux dimensions est refus du relief, cimes et abîmes riment.

- Alors ne refusez plus.

- J’ai peur à en pleurer, enfant craignant le noir, angoissé par sa propre imagination qu’il est incapable de comprendre.

- Ses parents sont là pour l’aider.

- Pas toujours.

- Est-il mieux qu’ils le soient ?

- Plus facile, ainsi l’esprit est-il pris, tôt, dans le moule de la normalité.

- Ce ne fut pas votre cas ?

- Non, sûrement pas…

- Vous esquissez un sourire.

- Analogie, trou noir, troublant ! Se laisser happer par ce phénomène mental, tenter de le refuser, être emporté, lutter et se perdre finalement. L’explication pour floue qu’elle soit est compréhensible par qui le peut, les autres… Ils nous écoutent, de loin ! Appel intérieur, risque de folie, attraction sur les pensées, énergie illimitée, et puis, le pire sur le moment, l’évidence d’une sortie. Piège, test, tunnel offrant aux faibles la chance de se dissoudre, alors vient l’envie de mourir. Je ne parle pas de méchanceté, une énergie folle qui trame un univers que nous tentons de traduire avec nos sens, notre intelligence. Un terme trop réducteur ?

- Vous avez probablement raison.

- C’est gentil d’approuver, j’aimerais me comprendre, il me semble délirer.

- Laissez la peur de côté, vous serez plus fort, elle est amicale, complice, aimez ce qui vient commissaire, soyez vous-même.

- Aimez !

- Oui.

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Vous le savez, moi je ne suis qu’un scientifique curieux de savoir, de regarder, porté à la contemplation et au déchiffrage, vous êtes différent, plus fort, davantage qu’un spécialiste pour qui les sentiments n’ont de sens, sinon de réalité, que biologique.

- C’est une situation plus reposante.

- C’est la mienne, je l’accepte, je ne m’en veux pas d’être ainsi.

- S’accepter est mieux, nous ressembler trop nous ferait nous repousser.

- Ne serions-nous pas contraires ?

- Nous n’en serions que plus proches.

- Juste, après toutes ces années à nous côtoyer, à nous fréquenter dans une grande intimité nous apprenons ce que nous sommes.

- Apprendre est gage de santé, tout savoir est s’accepter comme mort.

- Qui suit la voix sûre est comme mort, disait Jung !

La voie sûre, la mort sûre…

N’est-ce pas ?

La nuit est complice, le gouffre est la cime

- Tous ces gens flottent dans le vide, nagent dans l’absence. Il me semble pouvoir comprendre mon père. Quoi que je veuille, je tiens de lui et lui ressemble plus que je voudrais. Il a tué des dizaines de fois, je n’arrive pas à avoir pitié de ses victimes. Je n’approuve pas ce qu’il fit, au contraire, mais comprends son désir, y céder est la pire défaite qu’un homme puisse connaître, les crimes sont des conséquences secondaires.

- Les victimes ne diraient pas cela.

- Que devaient-ils rester d’elles de toutes façons ? Ne furent-elles pas que des proies posées là en attente du bourreau ?

- J’imagine nos écoutants.

- Ils pensent comme moi, les victimes sont insignifiantes, s’en offusque qui se sent visé, qui croit leurs natures semblables. Je ne pardonne pas les crimes, je sais ce que ressentit mon père, cette violence en lui, trop faible pour lui résister. Les circonstances furent défavorables, peu importe, je lui dois quelque chose.

- Il prit le choc de plein fouet, atténuant l’explosion pour vous.

- Je n’aurais pas mieux dit.

- C’est le rôle d’un père.

- Il ne l’a pas compris ainsi.

- C’est vrai, il… ne voyait pas les choses de cette façon.

Ils se comprirent, dans la voiture qui les suivait les policiers étasuniens ne purent saisir la nuance de leur regard, ce qui y passait d’aveux. Morton était sûr que son ami n’avait pas tout dit, sa curiosité fut excitée, la peur de savoir tout autant.

- Autour de nous ne sont que des proies portées par les événements, incapables de les voir pour ce qu’ils sont. Elles n’ont pas d’âme, juste la sensation, parfois, d’un grande vide qui les porte vers la religion.

- Elle existe pour ça.

- Supporter l’impression que la vie existe, pour ceux qui ne sont capables que de cela. Une impression en creux sur le vide.

- Quel mépris.

- Quelle lucidité.

- Est-ce différent ?

- Non.

- Vous parliez d’aimer.

- Un joli mot, glorifié pour un sens qu’il paraît avoir.

- Je ne réponds pas de le connaître.

- Il s’apprend très jeune, ensuite il est difficile d’en percevoir le sens.

- C’est vrai.

- Vous le connaissez ?

- Mes parents étaient disponibles, pas expansifs, je tiens d’eux.

- Moi… Vous connaissez maintenant mieux mon père, il ne semble pas que l’amour ait été sa spécialité, ou alors un amour destructeur. Un psy dirait qu’il dut avoir dans son enfance des difficultés, qu’il n’a pas été aimé, développant ainsi un sentiment mortifère qui a fini par exploser et se répandre hors de lui, avec, peut-être, une prise de conscience à la fin l’amenant à mettre un terme à ses activités criminelles en tuant ses complices avant de se suicider.

- Bizarrement il ne me semble pas, mais je n’en sais pas beaucoup, qu’il ait pu faire cela. Il me paraissait du genre à pousser à la roue, à accepter son destin et à vouloir l’accélérer par défi envers quelque chose qu’il pouvait ressentir sans le comprendre.

- On se fait parfois une idée fausse des gens. Je comprends votre impression, tuer pendant longtemps n’amène pas à s’interroger, l’esprit se ferme à la compréhension et génère une foule d’explications autour de la lucidité, un masque pour accepter celle-ci avec le visage de la complicité.

- C’est bien dit.

- Votre compliment me va droit au cœur.

- Il était justifié.

- Je sais, le plaisir n’est pas amoindri pour autant. Il put se passer quelque chose que nous ignorons, amour, crise mystique... Le réveil peut sonner à tout moment dans une vie occupé par le sommeil et les cauchemars.

- Admettons, tant que rien ne prouve une hypothèse, ou l’autre.

Leurs regards souriaient. Le policier français aurait voulu dire, il revoyait… Un jour, ailleurs, malgré la circulation, les bruits il ne doutait pas que des oreilles indiscrètes l’écoutaient, à quoi bon en dire trop à ceux non censés savoir ce qui était secret.

Laisser sous-entendre, non par les mots mais par le ton employé, cette façon de parler qui indique qu’il faut comprendre l’inverse de ce qui se dit.

Trop subtile ?

Ne jamais sous-estimer ses ennemis, ni surestimer ses amis.

Ailleurs la conversation s’était poursuivie sans les français.

- Conclusions ?

Chacun donna son opinion, à croire qu’il n’y en avait qu’un pour tous.

- Faut-il que nous poursuivions l’enquête ? Soyons lucides, nous sommes près à accepter une explication satisfaisante, qu’elle soit la bonne est secondaire. Les circonstances sont exceptionnelles, anormales, bientôt nos habitudes reprendrons le dessus et nous oublierons nos interrogations. Souvenons-nous pourtant que tout est possible, que n’importe qui peut faire n’importe quoi, qu’un homme dont nous sommes sûr peut être un assassin, un tortionnaire. Qui, ici, pourrait prouver qu’il ne l’est pas ? Moi-même suis-je insoupçonnable et, dans ce cas, serait-ce une qualité ? N’est-ce pas suspect d’être normal, de vouloir l’être, de rêver parfois d’autres circonstances ou nous pourrions nous laisser aller ?

Personne ne répondit, à haute voix. Moment de complicité entre hauts fonctionnaires qui ne pourrait pas durer. Il n’est pas sain de se trop bien connaître, il existe même une théorie indiquant que le langage naquit du besoin de mentir, de tricher, que les gestes sont trop superficiel, que le corps finit par se trahir, l’esprit quand il utilise les mots finit par croire ce qu’il dit. Se tromper, pas seulement autrui, soi en premier.


Se tromper ?

Que de complaisance pour le supporter, de peur pour l’accepter quand il s’agit de se tromper, de se construire un cocon d’illusions.

Et puis le tenir n’est plus possible, il finit par céder, le cri jaillit, naissance, refus, s’enfermer être rappelé, réanimé.

Tout cela dans quel but ?

Pourquoi moi ?

Comment être sûr qu’il n’y a pas de réponse à cette question ?

Est-elle là, proche à faire peur, flagrante au point qu’ouvrir les yeux l’imposerait, brûlante à traverser les paupières ? Si tel est le cas, s’il y a une raison alors elle est forcée de s’imposer, pourquoi lutter, souffrir ? Un défi ? S’accrocher au plus simple, cultiver les instincts, la haine, la violence, se mentir jusqu’à s’oublier.

La réponse sourit, confiante en sa raison d’être.

Raison ?

Impure ?

Asservir ses pensées, les repousser dans un désert où elles s’assécheront, désir illusoire, les fils sont là, et le pantin suit leurs mouvements. Il se fatigue, sait qu’il devra s’arrêter, qu’il triche et fait bouger seul ces fils, qu’il dispose de son libre arbitre, qu’il pèche en le refusant.

La peur est matrice, la violence, dérivation de la vie, la folie, désir de s’oublier. Quand se réunit cette trinité l’esprit est déchiré, ou voudrait l’être, mais n’est détruit que l’enveloppe de refus qu’il crut protectrice.

Peau de remplacement au cœur de laquelle il grandit, rêvant qu’un jour la mort elle-même pourrait mourir. D’autres firent un rêve identique, sans, à l’évidence, comprendre sa signification, apercevant le gouffre mental mais incapable d'y plonger, de le traverser. Des prédécesseurs, des pensées, des œuvres, des cauchemars qui balisèrent le chemin, ainsi est-il plus facile d’avancer, d’approcher de la limite, de plonger son regard au cœur du vide pour savoir qu’il y a une raison à l’absence de clarté. La solution a une densité plus noire que les ténèbres, c’est le chemin vers…

Comprendre ?

Sans réduire, sans détruire, sans enfermer dans l’illusion de pouvoir dire. Poser les mots en miroir, que s’y voie qui l’ose ! L’important est qu’il renvoie la bonne image.

La réalité !

La mienne ?

- Je viens de comprendre ce que je voyais professeur.

- C’est bien.

- Un miroir, j’approche d’un miroir, ce que j’y distingue grandit.

- Logique.

- N’est-ce pas ? Se précise. Je vais vers moi, ce que je suis reste à définir, ce JE, s’il ne s’agit que d’un personnalité ou si, à travers lui, est accessible une autre compréhension.

- Il est aisé de comprendre où il mène, d’où il vient, le cri passe par lui.

- Le cri est lui, une autre façon de dire les choses. Les mots me manquent pour définir mes propres pensées, pour me rassurer plus que pour être compris. Pour vous c’est moins important, autrement, vous resterez sur la berge. Trou noir comme un cœur, le même pour tous il me semble, comme s’il n’y avait qu’un passage, voie étroite qu’un seul peut utiliser. Je sens d’autre pas, j’entends les esprits qui furent détruits d’arriver là, je voudrais que le mien le soit et tant pis si je répète cela pour la centième fois, je le redirais s’il le faut. Mon prochain pas sera en un territoire nouveau, je l’imagine, l’anticipe, nature humaine ! Mon hurlement se joindra à celui qui me porte, je suis une chambre d’écho en attente d’être libéré par celui qui viendra après moi.

- Cela me rappelle une vieille histoire de malédiction.

- Vendre son âme au diable mais pouvoir en sortir si quelqu’un se propose pour prendre sa place, à son tour il devra être remplacé.

- Les grands esprits se rencontrent.

- Sans doute quelque vieux mythe, l’inconscient collectif est le regard vers notre origine commune. Qui l’entende éprouve le besoin d’expliquer, de se rassurer, aller trop loin, avoir l’esprit trop réceptif les détruirait. L’art a sa source ici. Le besoin d’apaisement d’une trop grande réceptivité.

- L’explication est cohérente, une forme de recherche aussi, car ce qui est dit amène à dire plus. Un pas prépare le suivant et ainsi de suite.

- J’en suis conscient plus que quiconque, je me demande, la vanité m’y aide, si je suis le premier à l'être, s'il ne s'agit pas d’un délire.

- Nous serions deux à nous leurrer commissaire.

- Ce qui n’est pas la preuve de notre raison.

- Y a-t-il moyen de prouver quoi que ce soit ?

- Où serait le plaisir ? Qui le supporterait ? L’inutile seul est prouvable.

- Et encore.

Silence complice, autour d’eux la vie continuait, en apparence.

Le vide en mouvement.

Lequel de ces hommes pouvait être un tueur, un génie, une victime ?


                                         § § § §


Nuit, la plus grande des portes, porteuse des promesses les pires.

Face au miroir le policier ne distingue que sa silhouette. Souvenir d’autres temps, jeunesse abreuvée d’angoisses dont il sait la source. Plongé dans un feu intense il en ressorti brûlant mais vivant, consumé, mais purifié.

Souvenirs qui s’estompent d’avoir été trop revécus, marquants mais vaincus, ancre dont la corde se délite par l’effet du temps, la libération est proche, elle est là mais il retient un cri qui n’explose que dans ses oreilles.

L’amie et la complice, l’infini tendant les bras pour l’accueillir.

L’air vibre, ses pensées semblent posséder une vie propre, les images, les impressions… Il ferme les yeux, imagine la violence qui pourrait resurgir, qui reviendra, bientôt, prélude à la fin des temps. Un grand pouvoir se concentre en lui qui l’attendait pour être compris. Il sait ce que cela veut dire, ce que c’est qu’espérer être entendu. Ainsi est-il le héraut idéal.

La tête entre les mains il tombe à genoux, les battements de son cœur s’accélèrent, son cerveau s’ouvre à une certitude qui l’effraie.

Glissant sur le sol il s’y retrouve en position fœtale, souvenir d’une souffrance infinie. Il ne voulait pas naître, condition requise, il fut extirpé du ventre de sa mère, placé en réanimation, la mort le frôla mais sentit qu’il ne fallait pas, pas lui. De ce contact il conserve une sensation indescriptible de froid et d’inéluctable.

Les images coulent, flot ininterrompu qu’il adapte, le chemin de la vie jusqu’à lui, un moment de l’existence avant le suivant.

Est-ce l’éternité ? Dans le cadre d’une vie humaine sûrement, il sent que la mort même ne voudra plus de lui, il voit l’explosion sur Hiroshima, les particules de son corps sont séparées, il explose mais ne meurt pas, rien ne peut le détruire, rien ne le pourra jamais.

Pleurer est impossible, il s’étend sur le dos, le sol dur est complice, bras écarté il cherche dans ses poignets les sensations des clous, dans ses pieds le déchirement de la pointe d’acier, rien, il ne peut plus s’offrir, il ne peut plus mourir, seulement rouvrir les yeux et laisser la vague refluer.

Les heures passent sans qu’il puisse bouger, rompu par ce qu’il ressent, par ce qu’il accepte. Se fermerait-il que l’énergie se disperserait dans la ville affamée d’esprits fragiles engendrant une vague de crime terrifiante. Cela ne le gênerait pas, simplement il sait qu’il doit rester là, laisser passer le phénomène dont il est le destinataire. Il revoit les milliers de générations précédentes, les savanes où son ancêtre se leva pour regarder au loin avant de comprendre qu’ainsi il dominait son milieu, il voit les millénaires s’écoulant. Le livre de la vie est ouvert, non devant lui, mais en lui. Il contemple ce qui arriva depuis l’aube des temps jusqu’au présent. Impossible d’exprimer ce que sont ces millions d’années, les sensations qui le lacèrent d’émotions étranges. Il se sait au cœur du bouillon primordial, être ne méritant pas ce terme mais déjà porteur de vie, vivant murmure d’une vie commencée.

Étrange nuit que celle-ci, hors du temps où si près qu’il n’existe plus, hors du réel de trop pouvoir l’englober en entier. Il sait ce qui s’est passé, d’où il vient, qu’il est le vivant porteur d’un message terrifiant.

L’aube vient, il est sur le sol, les yeux clos, contemplant un déluge dont il est le fruit. Qui pourrait l’entendre, le comprendre ?

La folie est un rêve, les murs ont disparus, leur ombre s’est noyée et la lumière domine la création, il sait qu’il n’en ira pas toujours ainsi, il voit ce qui l’attend, si loin, qu’il n’existe pas de terme pour définir une durée pareille, l’infini, ou presque.

Ou plus ?

Comment savoir, comment oser dire et chercher à l’admettre ? Ne pas s’y perdre, pas encore, le temps est son complice, ensemble ils ne font qu’un.


Sont-ce là des mots qui veulent dire quelque chose ou simple ambiguïté de la folie ayant fait croire à son absence par duplicité ?

Le décor n’a pas changé, les mains courent sur le clavier alors qu’il s’efforce de n’y plus penser, de laisser passer ce qui vient.

Non ?

Non !

Même pas.

M’aime pas !

Jeu des mots, je, des mots ! N’être que cela ne l’effraie plus, la nuit n’est pas extérieure, l’unique amie qu’il possède, protection en laquelle il trouvera toujours refuge, sinon réconfort. Vanité de tout résumer, vanité de se voir ainsi, capable d’affronter le sens de la vie, de pouvoir tout contenir, tout exprimer.

Et pourquoi pas ? Paroles, un fleuve qui l’emporte peut-être quelque part. Un jour il se peut qu’il se rapproche de la vie, qu’une main se… Non, il sait que non, il n’y croirait plus, le piège serait trop gros, c’est sa lâcheté qui lui fit espérer. Personne, jamais, ne voudra le comprendre, l’accepter.

Jamais ?


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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00

 

Sommes-nous opposés ou bien complémentaire ?

Toi, de moi, si lointain ; nous semblons des contraires.


Qui se voit dominant, un maître en son domaine,

Le lendemain peut voir son destin inversé.

Du sommet qu'il connût il sombre en la Géhenne,

Tout est perdu pour lui se doit-il de penser.


Que qui craint le vertige reste cloué au sol,

Viens vers moi le curieux cherchant des sensations,

Préférant le danger à l'existence molle,

D'un pépère anémié souvivant sans passion.


Retournons l'apparence et l'un deviendra l'autre,

Le perdant du moment se retrouve au Pinacle.

Celui qui fut glorieux désormais sans apôtre,

Se morfond, oublié, condamné par l'oracle.


Ainsi tourne la roue du plaisir incertain,

Ce que tu fus hier pourra changer demain.





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Publié par Lee Rony - dans Fables
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 07:00


Quoi de plus frustrant que de voir des hommes de talent être nés avant soi ?




 

Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse? Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

 

Après avoir souffert, il faut souffrir encore;
Il faut aimer sans cesse après avoir aimé.

 

Il faut être ignorant comme un maître d'école
Pour se flatter de dire une seule parole
Que personne ici-bas n'ait pu dire avant vous.

 

Il y a des femmes que leur bon naturel et la sincérité de leur coeur empêchent d'avoir deux amants à la fois.

 

Je ne crois pas, ô Christ, à ta parole sainte:
Je suis venu trop tard dans un siècle trop vieux.
D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte.

 

La plus belle fille ne donne que ce qu'elle a et l'ami le plus dévoué se tait sur ce qu'il ignore.

 

La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.

 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.

 

L’enfant marche joyeux, sans songer au chemin;
Il le croit infini, n’en voyant pas la fin.

 

Pour réussir, retenez bien ces trois maximes: voir c'est savoir, vouloir c'est pouvoir, oser c'est avoir.

 

Qu'est-ce donc qu'oublier si ce n'est pas mourir?

 

Que les hommes entre eux soient égaux sur la terre,
Je n'ai jamais compris que cela pût se faire.

 

Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.

 

Tout ce qui était n'est plus; tout ce qui sera n'est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux.

 

Vous êtes comme les roses du Bengale, Marianne, sans épines et sans parfum.

 

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Publié par Lee Rony - dans Divers
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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 07:00


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Publié par Marie Treize - dans Sans Blog Fixe
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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 07:00


 

Et une Ombre de Bielsa

ISBN 978-2-7480-3816-3

Collection Liberté


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1529, Jean Gehis à une amoureuse, autant dire que nous sommes concurrents, loin d'être aussi glacée qu'on le dit et les hordes inquisitrices qui s'approchent l'incitent à la rejoindre. Une époque lointaine mais une trame sur laquelle peuvent se projeter des préoccupations du présent.


Étrange parfois comme le temps se contracte, comme l'esprit soumis à l'insoutenable, un thème que je connais bien pour l'avoir exploité parfois, propose à la conscience un voyage rassurant avant que la réalité, implacable, ne revienne et s'impose. Ainsi le personnage de cette deuxième nouvelle, inspirée de l'histoire vraie de Phineas Gage



a-t-il, sinon la chance, du moins l'opportunité d'avoir deux vies forts différentes, une possibilité que peu se voient jamais offrir.

 

Manson et Julian Dawes se font face dans un tête à tête qui semble parti pour durer longtemps après une expérience qui pour être culinaire n'en fut pas moins spéciales, au point que je regrette de n'y avoir été convié pour vérifier, si comme il est dit, « La viande... » mais en dire plus serait gâcher votre plaisir.


Que sera l'avenir ? À en croire la quatrième nouvelle il ne semble pas plaisant. L'ordinateur gère une société mondiale dont beaucoup patissent et peu profitent, ce qui n'est pas différent d'aujourd'hui, c'est vrai, mais l'intervention d'une technologie déshumanisante « facilite » l'exploitation d'un troupeau immense satisfait de la situation ! La fin, néroniennen est des plus plaisantes, au vu du monde promis on comprend le choix du héros.


En matière de postface l'auteur évoque le cadre dans lequel il évolua au long de la création de ces textes, il se trouve que bien des lieux qu'il évoque me sont familiers il m'est donc facile de le comprendre, en particulier le pont dont la photo doit se trouver quelque part dans ce blog. Ainsi ne fus-je pas perdu au long de ces histoires où s'expriment des thèmes qui furent miens à l'occasion. J'eus la chance de rencontrer l'auteur il y a quelques temps, il eut l'obligeance de me dédicacer son livre, mais si son ouvrage ne m'avait pas plu je me serais contenté d'un silence courtois. Faites-vous votre opinion et si vous ne partagez pas la mienne relisez-le !


En matière de conclusion une cinquième nouvelle, plus longue, vient parachever ce recueil sur un ton plus magique que fantastique, plus nostalgique que terrifique. Un point final temporaire, nous attendons d'autres production de François Carré.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 07:00


















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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 07:00

 

Rêve, prémonition... Un peu des deux sans doute, quoi qu'il en soit je vais m'y rendre.

Appréhension ? Sans doute mais je garde pour me rassurer dans un coin de ma mémoire l'idée qu'il s'agit d'une illusion et qu'Elle ne sera pas là, pas encore, même si le rendez-vous est pris depuis que j'ai poussé mon premier cri.


Un coup d'œil dans le miroir, bien, quoi qu'il arrive je n'aurai pas à rougir si... Bien sûr c'est ridicule de penser que des images nées dans le sommeil puissent être une invitation, j'ai l'intuition qu'il ne s'agit que de cela, qu'il m'est permis de rester ici, de tourner en rond en me demandant ce qui serait arrivé. J'ai envie de savoir, imaginant un moment une chose, l'inverse l'instant d'après, quelque risque que je coure le doute serait pire encore.


Rester loin d'Elle, la regarder et repartir ? Je sais que je n'en ferai rien, m'approcherai, plein d'angoisse et d'envie, déçu si Elle était absente, me disant qu'y croire était sot, les rêves de ce genre sont le fruit d'un désir refoulé. À quoi bon un plan aussi improbable alors qu'il existe des moyens plus sûrs de La rencontrer. Méthodes trop banales pour que j'y ai recours, je préfère imaginer qu'entendant mon appel Elle vienne me tendre la main, glacée peut être mais douce à en apaiser ma peur pour ne laisser en ultime trace qu'un soupir de soulagement.


Il y a longtemps que je ne suis pas venu par ici, logique pourtant, c'est dans cette rue si quelconque que j'ai passé les premiers mois de ma vie, aussi loin que je crus aller je ne pus jamais m'en éloigner.


La nuit est complice, forcément, une silhouette là-bas. C'est Elle, il le faut, le couteau dans ma poche me rassure.


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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 07:00
Qui regarde l'abîme... 06 

                                                                                                        
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                                                     07

- Soit, alors ?

- Faites-nous voir votre aptitude à déduire commissaire, c’est un jeu.

- Ou chacun essaierai d’entuber l’autre ?

- La formule est osée.

- Être direct est utile.

- Soit.

- Vous espérez me tirez les vers du nez, les vers…

- Un souvenir…

Comment dire ? Les vers, un frisson, comme s’il était grouillant de ces créatures nécrophage. Il se secoue, un effort, un frisson de dégoût, le parcours, une promesse, bientôt il en saura plus, trop, si fort… Si…


Promesses, que restent-ils de vous,

Être de vers, chercher un nous !

Avec eux, en eux…

Vers eux ?

Sourire, tant que subsiste les lèvres…


- Non, une impression.

- Désagréable ?

- C’est peu de le dire, elle est passée, juste une caresse un peu glacée.

- Bien, nous en étions…

- A mes déductions !

- Voilà !

- Et comment vous comptez m’avoir, pour autant que ce soit possible.

- Oh ! Ça ne l’est pas, sûrement pas.

- Ça… Sûrement pas.

- Une évidence ! De là à pouvoir l’expliquer !

- Déduisons, mon père, les meurtres, des hommes importants.

- C’est bien.

- Ces hommes ont réussis, ils détiennent le pouvoir, le vrai. Les plus médiatiques sont rarement les plus puissants. Dominer leur est naturel, ils ont façonné leurs entourages respectifs. Le plaisir est un leur moteur, la réalisation de leurs désirs aussi, ils ont frôlé la loi, l'ont dépassé souvent, je lis dans vos yeux qu’il s’agit de cela, banal. Ils se sentent et se veulent au-dessus d’obligations sociales indignes d’eux.

- Bien.

- Merci, vous applaudirez à la fin.

- Pourquoi pas !

- Ils violent la loi… Entre autre Le sexe est une pulsion fondamentale chez les hommes obsédés par la puissance, la réussite est perversion de l’instinct de domination, accru jusqu’à devenir majoritaire, impératif. Le satisfaire par l’argent est aisé, n’importe qui accepte n’importe quoi, payer leur plut quelques temps, mais ils n’imposaient rien, ils achetaient. Ce que l’on paye est fade, l’acceptation est superficielle et motivée par l’instinct de conservation. L’argent est un substitut aux réserves alimentaires.

- Intéressante théorie.

- J’en ai plein, nous aurons peut-être l’occasion d’en parler, ailleurs.

- Discuter avec un homme intelligent est motivant, instructif, la vie c’est de s’instruire, ce n’est pas à un français que je vais l'apprendre.

- Certes, mon compatriote…

- Bien, ensuite.

- Si vous me posez la question c’est qu’il y a autre chose de plus, de pire. Français je connais Sade, j’ai lu certains de ses livres, j’y ai appris la perversion et le goût de se sentir supérieur, jusqu’au viol et au-delà.

- Cet au-delà qui est ?

- Le crime, le Duc de Blangis me comprendrait !

- Français…

- Le meilleur sait donner le pire. Les deux faces d’une même médaille, mais vous ne pouvez aisément comprendre cela.

- Qui sait, parmi nous sont des hommes d’origines françaises.

- Lointaine, vous n’êtes que des hommes, vous aussi.

- Vous voulez dire ?

- Qu’il y a une autre façon de dominer la loi que de la dépasser. Et c’est ?

- De la représenter, ainsi l’impression n’est pas si loin de celle que nous évoquions, elle s’en rapproche diablement, si j’ose dire.

- Osez !

- Alors, j’ose. Il faudrait prendre le temps d’y revenir.

- D’autant que cela vous concerne également.

- Ce pourquoi je peux en parler.

- Le crime ?

- Je présume, et ils ne seraient pas les premiers, qu’ils allèrent jusque-là.

- Ce n’est pas une raison.

- Donc un club de tueurs, mon père en fut, voyez, j’en parle au passé, la bande ne doit plus exister, le chef sinon l’inspirateur. Il dut lire Sade.

- Vos déductions sont pertinentes.

- Je suis heureux que vous reconnaissiez mes mérites en ce domaine, mais vous avez d’autres choses à m’apprendre.

- Si peu.

- Ne soyez pas modeste.

- C’est vous qui l’êtes. Bande d’assassins est en dessous de la vérité. Nous en savons assez pour supposer le reste, pour pressentir le pire.

- Qui est ?

- Un groupe de pervers connaissant la loi, les méthodes d’investigations, La psychologie, ayant des moyens financiers immenses, bref, des tueurs sadiques et sans limite. Notre pays est réputé pour sa violence, elle vient de ceux qui le construisirent dont les mains des descendants sont encore rouges de sang. J'admets cela commissaire, et le dis avant vous. Cherchant des causes en trouver est simple, les sciences du comportement tendent à cela, démontrer le présent par le passé permet de le supporter. Il arrive que les explications soient fragiles, qu’il faille se forcer pour y croire.

- Je comprends, mais avez-vous fait le saut en arrière suffisant ?

- C’est-à-dire ?

- De chercher plus loin en l’homme, plus loin que l’homme ?

- Difficile de vous suivre !

- Osez-le, ce sera simple. Regarder sous vos costumes impeccables, sous vos chemises de soie à la mode, regardez ce que vous êtes. Théiste, craintif, violent, tout se tient, l’animal est si près qu’il vous fait peur. Les colons qui prirent pied sur ce continent crurent ce territoire vierge, ils ont régressés. Un monde neuf, la civilisation derrière eux, des barrières pleins la tête, tout concourait à ce que s’ouvre la voix du passé, des origines, des instincts. Les plus simples l’emportent, pas les plus intelligent, le seul niveau commun à tous est le plus bas. Facile de croire que Dieu fit l’homme, regardez de plus près ce dernier et vous verrez derrière l’image de votre idole une face bestiale à l’haleine chargé des miasmes de charognes en décomposition ! Je vous choque ? Je m’en fous. La réussite amène à se croire arpentant une contrée vierge des règles précédentes, une forme de Paradis, pas perdu pour tout le monde. Un monde neuf, une autre façon de se comporter, rien moins que nouvelle puisque venant du plus lointain passé. Rien de plus normal que de céder à la tentation du pire. Sade l’a montré même si peu ont compris son message.

- Vous êtes le premier ?

- Non, se répandent les idées qui poussent à descendre, l’inverse est rare.

- Vous détestez les autres ?

- Même pas.

- C’est pire, vous êtes pourtant policier.

- Pour être au-dessus des lois, vous l’avez souligné. Je suis le fils de mon père. Contrairement à lui j’ai choisi le bon côté, une chance, non ?

- Si, une chance pour les autres, mais pour vous était-ce facile à vivre ?

- Longtemps ça le fut.

- Vous le dites au passé.

- Le passé est origine. Maintenant... ce que vous me dites m’interpelle.

- Et vous dit quoi ?

- De comprendre mes goûts, mon hérédité.

- Oui, curieux comme de notre conversation viennent des interrogations sur ce qui semble n’avoir rien à faire là.

- Au contraire, nous sommes semblables, tous. Vous ressemblez à ce groupe d’hommes dont vous me parlez, vous avez des postes importants, avez envoyé des hommes à la mort, en le sachant. On vous a félicité pour cela, où est la différence messieurs si vous regardez derrière l’apparence ?

- Bonne question.

- Et la réponse ?

- Est introuvable.

- Pour qui la refuse, vous y penserez, puis oublierez, l’esprit humain refuse ce qui le gêne. Il observe, s’approche, tâte le terrain, goûte, s’éloigne et oublie si cela lui répugne. C’est une qualité de la vie.

- Vous philosophez ?

- Le sujet s’y prête, il est important. Nous parlons de ce que nous sommes nous aussi, vous et nous. Différents mais si proches.

- Une façon d’expliquer certains comportements.

- Sans les excuser, mais en les replaçant dans notre réalité de sapiens pas dans un monde inventé par la psychanalyse pour voiler la vérité.

- Vérité, quel joli mot !

- Celui qui a le plus de sens et le moins de réalité !

- Notre dialogue est surréaliste, ces mots… Nous devrions… Justement, je ne sais plus, n’est-ce pas votre opinion commissaire ?

- Sûrement mais l’affaire qui nous occupe est hors du commun. Une enquête presque sans objet. Les événements peuvent passer pour un coup de folie de la nature, une réaction, une démonstration. Elle est vivante affirment certains excités, et même d’autres qui le sont moins, de là à se satisfaire de cette explication il y a un pas. Rien à voir dans le cas qui nous intéresse. Des morts et aucune piste indiquant la survie d’un responsable. Mettons tout sur le dos des défunts et restons-en là. Reste les meurtres dont vous me parler, mon père et ses amis. Ces enquêtes semblent difficiles à relier, vous ne le ferez pas, officiellement, ce serait exciter une curiosité qui n’en demande pas tant. Parlons de choses et d’autres, nous laisser aller dans une ambiance hors du monde, du temps et de leurs fonctionnements habituels.

- Vous avez raison commissaire, à un petit détail, ou deux, près.

- À savoir ?

- Qui a commis ces crimes, qu’est devenu votre père ?

- La solution est-elle si compliquée ?

- Vous en avez une ?

- Oui.

- La bonne, ou seulement une ?

- Difficile de faire le difficile, n’est-ce pas ?

- Nous vous écoutons.

- Je vois la scène, la prise de conscience de mon père, peut-être est-il venu me voir pour m’en parler, parce qu’il se posait des questions, je n’ai pas le pouvoir de pénétrer les esprits - Tiens donc ! - simplement de tenter de les comprendre, dont acte. Il préfère se taire, nous le comprenons, je suis un policier, lui, peut-être, un assassin, car vous n’avez aucune preuve de ce que vous avancez, sur certains, soit ; sur lui, non, mais admettons, il ne me dit rien puis règle le problème en éliminant ses complices, ainsi il essaie de rétablir la balance.

- L’explication est cohérente.

- Plausible.

- Aussi, mais est-elle vraie ?

- Pourquoi pas ? Ce n’est pas celle à laquelle vous aviez pensé ?

- Non, mais elle est à prendre en considération, de ces possibles victimes de votre père nous n'en regretterons aucune. Si cela vous intéresse nous vous communiquerons ce que nous avons découvert, indices, photos, souvenirs, une belle collection de trophées. Si votre père était le chef il devait être doué pour cette activité, ce qui nous ramène à sa demeure.

- Je me ferais une joie de vous la faire visiter, en petit comité. Je doute qu’il ait laissé quoi que ce fut de ses activités éventuelles.

- Vous avez du mal à y croire.

- Je manque de preuve, c’est aussi simple que ça.

- Sans doute, restons-en là pour aujourd’hui, nous avons bien avancé, beaucoup parlé, pour ce qui est de l’avenir je ne sais ce qu’il nous réserve.

- Qui connaît le destin, messieurs ? Tout va si vite, nous attendons ceci, il arrive cela, la vie se doit de surprendre pour mériter son nom.

Les hommes se séparèrent, atmosphère étonnante succédant à un débat ayant débordé du cadre formel prévu, ainsi les circonstances échappent-elles à notre raison, à notre espoir de les dominer, de les espérer pour nous satisfaire des apparences.

Les français se retrouvent seuls. La journée est passée moins mal qu’ils s’y attendaient. La nuit est tombée et rien dans les rues ne trahit ce qui s’est passé. L’actualité est rapide, l’habitude d’un défilement d’images tel que rien ne retient l’attention, sinon quelques événements me(r)diatiques.

- J’ai bien cru que nous n’en sortirons jamais.

- Vous me connaissez, ils n’avaient aucune raison de nous garder.

- Avaient-ils besoin d’en avoir une ?

- Non, raison de plus pour être heureux d’être là.

- Vous pensez qu’ils nous observent, qu’ils nous écoutent ?

- Bien sûr, plusieurs équipes, une visible, une, moins, et une autre, dont l’objectif est de nous piéger.

- Ils ne vous connaissent pas.

- Si, fort bien, n’empêche qu’ils doivent agir ainsi, c’est tellement logique que je suis presque surpris qu’ils le fassent vraiment.

- Le piège est ailleurs ?

- Possible aussi.

- La situation semble vous divertir.

- Considérons la réalité, prenons ce qu’elle est, ce qu’elle nous donne et faisons comme si c’était un jeu, la vie n’est que cela après tout.

- Un jeu ?

- Ou nous ne pouvons rien gagner.

- Vraiment rien ?

- Parfois gagner est pire que perdre.

- La technologie des micros espions a fait bien des progrès ces dernières années, je sens qu’il y a, dirigées vers nous, des merveilles technologique.

- Logique encore. Comment vivre avec la certitude d'être épiés ? Le combat continu, ils voudraient en savoir plus et le redoutent aussi.

- Le savoir est intrigant, avoir un mystère en face de soi, sentir qu’il existe une explication et deviner qu’il importe de l’éviter. La connaissance est une sirène capable d’attirer l’esprit qui ne se méfie pas loin des barreaux de ses habitudes, il sort de ses rails et revenir en arrière est impossible.

- Vous avez raison professeur. Prenons cette rue. La vie est normale, à croire que rien ne changera. Image classique d’un caillou jeté dans l’eau, des cercles s’agrandissant puis la surface redevient lisse. Ainsi une interrogation trouble-t-elle un esprit avant que ses effets ne disparaissent.

- C’est mieux pour eux.

- La nature fait bien des choses. Un oiseau peut voler, il en a le désir et le fait, elle donne à chacun un désir en fonction de ses aptitudes.

- À chacun mais pas à tous.

- Reste le rêve, l’art, la création, le manque d’aptitude à réaliser son désir, le pouvoir de le projeter, de le transcender sur une toile, du papier, dans de la terre ou sur de la pellicule. mais finalement qu’est-ce qui change ?

- Même vous ?

- Moi…

- Oui.

- Je ne sais plus, professeur, je ne sais plus, parfois il me semble être fou, il me semble être interné dans un asile rêvant de tout cela.


Toi aussi ? J’ai cru que c’était moi ? Qui rêve de qui ? Qui espère de qui ? Qui est l’autre de nous deux, si l’un de nous est vrai !


- Vous n’êtes pas fou, vous le savez bien, au contraire.

- J’en viens à le déplorer, ce serait… La folie semble un havre de paix pour qui ne la connaît pas. Malheureusement, je l’ai vu de près, j’ai dansé avec elle, couché avec elle, me suis offert à elle et elle m’a rejeté comme la réalité semble l’avoir fait.

- La réalité ?

- Normalité est un terme plus juste. Une croix, une tentation…

- Que ne me dites vous pas commissaire ?

- Ce que je refuse de m’avouer professeur. Bien des images sont floues encore, j’ai envie… En son temps, vous dirais-je alors de quoi il retourne… L’espoir même paraît vide de sens car le corollaire de la crainte.

- Message sibyllin.

- Vous connaissez le sens de ce mot ?

- Oui, il convient on ne peut mieux.

- Les mots m’effraie, j’ai peur de deviner mon destin.


Toi aussi ?

Écrire effraie, les mots surgissent comme jaillissant de ténèbres que l’on contemple sans en connaître la véracité. Joli spectacle, spectral, petits personnages qui en disent trop, nés de la crainte et de l’espoir.

Laisser filer l’imagination, tour de manège sans fin, retour à la case départ pour un nouveau voyage, s’amuser dans un bac à mots au lieu d’un bac à sable, les mêler, les agglutiner sans qu’ils ressemblent jamais à rien.

Piège, oublier crée une aspiration qui ramène vers le centre ce qui en était chassé, à moins de penser à ne plus y penser.

Impossible.

Qu’attendre de ce qui sourd de soi ? Constater que mon esprit laisse goutter une flaque de mots, suscitant en lui une source d’émotions que l’on croyait tarie ?


- Vous êtes ailleurs commissaire ?

- Quelque chose me guette professeur, m’attend, m’observe.

- Depuis votre presque mort ?

- Oui, se sentir mourir c’est s’exposer, c’est s’oublier, je l’ai déjà dit.


Mais c’est vrai, trop, abandonner l’espoir, espérer le vide, découvrir que c’est un appel et que vient ce que l’on croyait avoir repoussé.


- Se répéter amène à se comprendre.

- Vraiment ? Saisir le sens des mots, des actes ? J’ai cru en l’absurde, j’admets mon erreur, devant moi s’ouvre un chemin dont je ne saisis pas la destination,. Un gouffre de plénitude ou d’incertitude ?

- Belle formule.


Ne pas en comprendre le sens, ne pas…


- Trop belle… C’est là professeur, en moi. derrière les mots se cache une force de plus en plus visible. Folie où es-tu, t’ai-je déçu que tu ne veuilles plus de moi ?


Pourquoi m’abandonner, pourquoi me laisser seul, pourquoi ? Seul ? Même pas, au contraire. Folie, Mort ! Où êtes-vous, vous que j’ai tant aimé, caressé jusqu’au délire, jusqu’à embrasser la terre pour m’y fondre, jusqu’à vouloir donner forme au néant.

Me donner forme ?

Mordre le vide, trouver la folie, m’en nourrir, l’aimer jusqu’à ne laisser d’elle que cendres, violer la mort, m’abandonner en elle jusqu’à en avoir les os glacés, connaître l’envie de se perdre pour constater son échec, que la vie est plus forte que ça, plus forte que soi.


- Vous cherchez la folie commissaire ? N’est pas fou celui qui l’avoue, viendrait-elle à qui la souhaite ?

- Elle est déjà passée, elle m’a tenté, testé, déchiré, abandonné l’esprit en miette. Je lui ai survécu, supportant seulement une indicible cicatrisation.

- Vous voudriez comprendre pourquoi ?

- Oui.

Oh oui !

- Et vous en avez peur ?

Aussi !

- C’est ce dont nous parlions tout à l’heure.

- Je ne suis pas différent… Et pourtant si, semblable et contraire ! Non, je suis autre, le mot est curieux, il me plait, être autre, joli, non ?

- Si tel est votre choix.

- Mais ai-je choisi ; le passé professeur, le passé…

- L’hérédité ?

- Non, plus loin, si loin. J’ai l’impression de percevoir ces racines, d’avoir le pouvoir de les comprendre, de savoir d’où elles viennent, qu’en fermant les yeux… Comment ne pas en être terrifié, et c'est un terme bien léger en regard de ce que je ressens. Non pas qu’il y ait un risque, car échouer c’est trouver une sortie malgré tout sinon malgré moi.

- La certitude de gagner ?

- Gagner n’est pas le terme, il n’y en a pas, de terme ! C’est de ne pas pouvoir perdre. Pas l’espoir qui laisse le doute, l’évidence d’avoir une autre chance encore et toujours, sans pouvoir en saisir la finalité.

- Y en-t-il une hors d’elle-même ?

- Non, non, justement, s’il… Mais ce ne sont que des mots, des moments, le mot ment d’une vérité insoutenable.

- J’aimerais comprendre.

- Vous êtes spectateur, capable de voir, d’admettre, comprendre relève de l’irréalisme, je doute qu’il y ait moyen d’y parvenir, ce serait supporter une malédiction que je ne souhaite pas à mon pire ennemi, encore moins à mon meilleur ami. Vous êtes un scientifique, vous êtes fait pour vous interroger, pour pinailler jusqu’à trouver une explication. Mais une et la sont ici contraire.

- Comme souvent.

- Mais pas toujours.

- C’est si terrifiant de survivre ?

De le croire, s’apercevoir que là où l'on se trouve amène à laisser derrière soi tant qui voulurent y parvenir.

Comprendre ?

Seulement, cela suffit.


- Oui, j’imagine un camp d’extermination, ce qu’aurait ressenti celui qui saurait qu’il n’y mourrait pas. Il verrait partir ses compagnons, ses amis, voudrait leur dire, leur expliquer, le ferait, avant de comprendre que c’est une erreur de se dévoiler à qui se trouve dans une situation opposée. Il se tairait, il se terrait, ferait celui qui prend tous les coups pour assumer toutes les souffrances, pour se faire pardonner d’être celui, le seul peut-être, qui sortira vivant du camp. Alors la souffrance devient motif de pardon, d’exemption, d’expiation.

Et si c’était vrai, si je…

- Je n’avais jamais entendu cela, jamais.

- Je n’y avais jamais pensé. Je me déplace, quelque chose me porte et me pousse, m’habite et m’anime, m’incite à espérer, à ressentir.

- À ressentir ?

- Oui, tout, y compris ce que je ne veux pas dire, je me souviens du prix, le dire c’est lui donner vie et j’ai à chaque fois eu à le regretter.

- Aussi !

- La vie est un camp ?

- En quelque sorte ! La vie est une forme d’extermination, vous naissez avec pour seule certitude : Mourir ! Vous pouvez rêver, penser, croire, surtout ! vous n’y changerez rien, sinon l’impression qu’elle impose en vous, et encore, avec effort, peur et l’incapacité à le supporter lucidement. L’image me va si bien.

- Vous sortez quand ?

- Ce n’est pas pour demain, j'en suis sûr, mais cela viendra et j’ai à apprendre à ne plus espérer un pardon que je n’ai pas à vouloir mériter.

À qui le demander ?

Et ensuite ?

La porte est ouverte, je suis sorti, voilà ce qu’il me fallait voir, je suis dehors, devant moi l’immensité et plus, et trop. Non, c’est un espoir né de la peur d’avant, vêtement trop petit, trop normal.


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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 08:00





 

Dédé Fortin et ses Colocs sont réunis pour composer leur dernier album : Dehors Novembre. C'est seul qu'il compose et écrit, alternant l'euphorie créatrice et l'angoisse désespérante de ne plus y arriver. Des fantômes de son passé reviennent l'inspirer ou le déranger, il fait face à un miroir dans lequel nous découvrons sa vie, son évolution et, finalement comment face à l'abîme il s'inspirera de Yukio Mishima.



 

Premier film Québécois chroniqué ici, merci à Jemy de m'en avoir donné l'opportunité, il m'a surtout plu par la démonstration de l'amplitude émotionnelle que peut ressentir un artiste qui cherche en lui-même la source à laquelle s'abreuver, qui la trouve et y découvre des saveurs excitantes, ennivrantes mais vertigineuses. Tentant d'en vouloir toujours davantage, même trop, et le savoir n'est pas une raison pour reculer, si j'osais je dirais au contraire !





 

Je ne connaissais pas ce chanteur, pas plus que son groupe, la chanson francophone est donc représentée ici pour la première fois. Le film est remarquable joué, pour ne pas dire vécu, non seulement par son interprète principal mais aussi par les autres. Beaucoup d'intensité, de tension, finalement la fin n'est pas vraiment une surprise comme un point final à une vie courte mais dense.


 

Un film de Jean-Philippe Duval

Avec : Sébastien Ricard

         Joseph Mesiano

         Dimitri Storoge

         Louis Saïa

 

Scénario : Jean-Philippe Duval

 

Durée 2h19

 





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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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