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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 06:00

Qui regarde l'abîme... 12

 

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                                                       13

 

- Je suis de votre avis, nous sommes des primitifs répétant des formules magiques, projetant des peurs par crainte de les affronter.

- Oui ?

- Quoi donc ?

- Vous alliez dire autre chose il me semble.

- Ce que vous avez dit, papa… Le vôtre fermait la porte, vous rassurait, le mien fit exactement le contraire, il ouvrait la porte, il…

- Vous pensez à ?

Souviens-toi commissaire, cette nuit, ce baptême infernal...

Un rêve ce placard ? Un rai de ténèbres aspirant un esprit trop seul !

Oser l’affrontement. Mais il n’y eut pas de papa, une chance, un froid en lame incisant l’esprit jusqu'à la peur et ouvrir la porte de sortie.

Pourquoi ? Une réponse n’aurait pas de sens. Le présent seul importe, le passé est inaccessible, reste, peut-être, à se lever, à oser, seul, puisque personne ne viendra, aller vers ce placard et affronter ses ténèbres, y devinant une forme terrifiante, un regard monstrueux. Ouvrir ! Rester à contempler une porte close est la solution de facilité.

Ouvrir, regarder… Y a-t-il, et quoi ? Mes peurs intimes projetées par un cri mental, le seul permis, dans une obscurité complice ?

Pourquoi avoir imaginé, rêvé, avoir cru en cela ? Un mirage n’est pas une hallucination, c’est seulement voir à un endroit ce qui est ailleurs. La porte de l’esprit est plus difficile à ouvrir que celle du placard !

Là, proche à la toucher, à vouloir se fuir, mais nier ses peurs est vain. La fatigue laisse plus de place à la frayeur.

Pas de papa pour rassurer, pas de maman pour écouter, seul restait le sourire complice de la peur. Pour ne plus la craindre autant s’en faire une amie, et pour la mort c’est pareil, ce corps allongé sur le lit, pourquoi le redouter, il ne bouge plus, il est la promesse d’un calme à venir, d’une tranquillité restant comme une chance à saisir.

Écrire n’est-ce pas courir pour s’épuiser ? Où que l’on aille on s’y retrouve, autant cesser. La porte du placard est close, anodine, pas de risque, pourtant il y a quelque chose. Pas ce que l’on crut ou voulut, ce que l’on ressenti avec une indicible violence, c’est différent.

Pire.

C’est la vie.

N’est-ce pas ?

N’EST-CE PAS ?


- Votre père est là commissaire ?

La question faillit le surprendre, il ne retint pas un sourire.

- Qui sait !

- Vous.

- Et vous êtes maintenant capable d’affronter les pires situations ?

- Penser à mon père me rassure, pour vous c’est l'inverse.

Être rassuré, tranquillisé, s’endormir sans cauchemar.

Je n’ai jamais, fait de cauchemar, aucun n'osa venir m’importuner. Je connais trop la réalité pour la craindre. Puis-je redouter une pensée ?

L’absence de peur est plus inquiétante encore.

N’est-ce pas ?



 

Soyons honnêtes, honnête ! La porte du placard est grande ouverte, il n’y a pas de monstre à l’intérieur, il est ailleurs, s’interroger sur le papier ne changera rien, il n’est pas de mots mais d’émotion, d’absence, comme un creux, un puits rempli de désespoir. Il dû grandir tant qu’il a atteint des profondeurs insoupçonnées, tant que l’esprit voulut se perdre, descendre en quête d’une torture sans fin, et le contraire survint, s’imposa l’évidence que la vie est partout, qu’elle est tapie dans des profondeurs inconnues. Primitive, violente, pleine d’énergie et insatiable.

Rien ?

Non ! Se nourrir, absorber puis recréer, l’éternité est insatisfaction.

Cauchemar ? Les yeux ouverts, regard clair, l’esprit patiente et la surprise sera à la hauteur de cette attente, à genoux il se relèvera, se demandera si cela en valait la peine. Pourquoi persister ? Mourir à genoux n’ira pas plus vite, se relever pour s’épuiser, pour se vider, pour se détruire.

Des mots pour épuiser cette force qui ne veut pas céder, fermer les yeux… L’esprit fut plus fort, la vie, sournoise, se fit accueillante, souriante, prompte à mentir pour qu’il rouvre les yeux, qu’il marche à nouveau, il le peut, y arrive, l’autre est trompeur, dealer de lâcheté l’incitant à choisir la mauvaise voie. Maintenant il connait le chemin, la peur est derrière lui, un souvenir, comme un vieux pull qu’il ne peut plus enfiler, trop usé d’avoir trop servi à la protéger d’un froid qui n’était pas ce qu’il croyait, et encore moins ce qu’il voulait. Ce qu’il… Vouloir ? Un mot interdit pour lui, il l’a dit, le sait, ne pas vouloir, accepter. Mais c’est prendre des responsabilités, approuver un destin qui n’a pas de visage, seulement un but !

Les vrais mots viendront, les mêmes, gonflés d’espoir, à éclater.

- Vous ne connaissez pas la peur ?

- Au contraire, trop bien, dans notre métier nous l’affrontons souvent.

- Et apprenons à vivre avec sinon à la vaincre. Elle est un signal, méfions-nous d’avoir trop confiance en soi. La peur est comme la douleur, elle attire notre attention, elle est amicale.

- Pouvons-nous lui faire confiance à ce point ? Le pire des pièges serait de la croire complice, de penser qu’elle nous avertit et que nous saurons réagir correctement. Je sais que parfois il n’en est rien, que l’on se sent rassuré de sa présence, plus fort de l’avoir comprise. C’est un trompe l’œil, l’esprit avance, il est confiant, rassuré, et puis…

- Et puis...

Puits ?

- Rien, approchons-nous, nous sommes là pour ça.

- C’est juste, j’avais failli l’oublier.

Le lourd 4X4 descendit vers la maison, de près elle était moins inquiétante, l’œil modifiait sa perception, le réel délitait le cauchemar.

Cette demeure accueillante avait-elle provoqué ces meurtres, favorisé ces accidents ? Coïncidences, la peur avait fait le reste. L’endroit était gluant d’histoires que le temps avait agrémenté, paré de sang, de charogne, d’un fatras que le cinéma utiliserait à plaisir. Il ne s’agissait pas de fiction mais de la réalité.

Et rien de plus.

- Le décor est un peu bucolique à mon goût, ça manque de voitures, de pollution, je parie qu’il n’y a même pas la télé.

- Pourquoi faire ?

- C’est bien utile parfois.

- Pour se vider l’esprit ? Je doute que mon père ait eu besoin de ça pour s’occuper. J’ai les clés, du reste il n’y en a qu’une.

- Quelle confiance, il y a des systèmes de sécurité ultra modernes ?

- Non.

- Pourtant, un endroit isolé c’est idéal pour des cambrioleurs.

- Oui, idéal… mais pour qui ?

- Il faut un esprit particulier pour choisir un endroit pareil.

- Le choix de quelqu’un de spécial.

- J’en suis sûr, puis-je rajouter : heureusement ?

- Oui.

- Alors je le rajoute !

- Mais pas unique, et là vous pouvez rajouter…

- Malheureusement ?

- Bonne pioche.

- Merci.

La porte s’ouvrit en silence, un souffle glacé saisit les visiteurs et les fit frissonner, ils se regardèrent, oublieux, déjà, de leur sérénité.

- Je vous précède, vous voyez, c’était on ne peut plus facile.

La visite fut rapide, la maison était suffisante pour plusieurs personnes, rien d’inutile, compte tenu de ce qu’elle avait coûtée il était logique qu’il n’y eut rien de superflu.

- C’est un décor pour excentrique, pas le repaire d’un psychopathe.

- Les pires se dominent, pas de cave ?

- Si, bien sûr.

Vastes et quasi nues elles ne présentaient aucun intérêt.

- C’est tout ?

- Vous vouliez une chambre froide avec cent cadavres suspendus ?

- Autre chose.

- Tant de milliardaires se font construire des palais somptueux et vides, il ne s’agit pas de cela ici, un lieu tranquille pour réfléchir.

- Vous vous y installez quand ?

- La question ne se pose pas, il faudra des années avant que mon père ne soit déclaré mort. En outre je n’ai pas envie de vivre ici.

- C’est trop loin de tout ?

- Oui, j’ai l’habitude de ma ville, je suis assez casanier.

- Nomade et communiquant sont des notions à la mode.

- Le monde ne gagne pas à être connu. Nous sommes bien placés pour le savoir. Nous avons vu le pire, l’atroce, l’ignoble, en ce qui me concerne je n’ai pas de temps à perdre.

- Tous les humains ne sont pas ainsi.

- Beaucoup sont pires, puant de l’intérieur, veules et lâches, nourris de crimes médiatisés. Le tueur a un rôle social ! Les jeux du cirque avaient leur utilité. Rien n’a changé, ne nous étonnons pas de la pertinence d’œuvres vieilles de plusieurs siècles, seules les apparences ont changées, à l’intérieur l’individu reste identique, et ce n’est pas un compliment.

- Un travail est à faire sur le rôle culturel du tueur en série.

- Il libère les pulsions de morts, soulage les frustrations. Et nous aussi ! Les justiciers sont aussi nombreux que les assassins, facile de regarder, de jouer tel ou tel rôle. À la télévision la réalité prend un aspect virtuel. Que devient-elle quand des enfants tuent, quand ils ignorent la vie et ne la perçoivent pas en eux ? Des questions auxquelles noue ne répondrons pas, ce n’est pas notre rôle mais notre position incite à la lucidité.

- Une tentation ?

Du pire ? Mais il n’est jamais sûr n’est-ce pas ? Il est un moment, une envie qui s’estompe puis revient sous une forme différente.

Pire !

Promesse, sourire… envie de creuser, mais pour trouver quoi ? Est-ce que cela en vaux la peine si c’est pour déterrer des horreurs ? Facile d’agir ainsi, simple de se complaire à satisfaire ses instincts, à cauchemarder sur une ombre vide. Accepter la réalité est plus dangereux, c’est la regarder en pleine lumière, adorer son visage et se refuser à hurler.
 

- Que reste-t-il à faire messieurs ? Il est tard, je vous invite, il y a tout ce qu’il faut pour passer la soirée ici. Nous n’avions rien prévu.

- On aura oublié ?

Volontairement, ébauchèrent 4 esprits sans qu’un seul osât le formuler.

- On ne peut pas rester là.

- Pourquoi ? Nous sommes loin de tout, ici la nuit tombe en quelques minutes, je ne réponds pas de retrouver mon chemin, pas de lune, regardez les nuages, nous avons oublié le temps, comme si rester ici faisait partie du jeu, accepter que le placard reste entrouvert.

- C’est un point de vue intéressant commissaire. C’est une situation nouvelle. J’allais dire que nous n’allions pas dormir sur les lieux du crime, mais de crime il n’y a pas de traces, et puis l’enquête n’a rien d’officielle, il faudrait que votre père soit vivant pour qu’il y ait procès, jugement. Dormir ici amuserait l’avocat de la partie adverse, il reste à espérer que nous n’ayons jamais à devoir l’expliquer.

- Nous le pourrions. L’isolement s’est refermé sur nous. L’avion nous attendra, vous pouvez téléphoner. La technologie a parfois du bon.

Ce qui fut dit fut fait, personne ne trouva à redire, même les grands patrons ne s’offusquèrent pas, à croire que c’était prévu. La nuit porte conseil, bien des choses pourraient se passer. Tout était huilé, une mécanique de précision, une logique implacable.

Inéluctable, des mots pour courber le dos, accepter. Trop simple, rester debout est le propre du sapiens, voir plus loin. Tant se tiennent courbés, s’efforcent de ne rien voir, de ne pas savoir, imaginant un faix pour ne plus tenter de se relever, les yeux plongés vers le sol pour quérir un improbable Paradis.

Nuit complice, noyer les ténèbres dans l’obscurité. Vider l’encrier sur la page noire pour se noyer dans l’oubli. Le poids est faible, c’est son absence qui effraie, la certitude d’être capable de regarder. Avoir envie de hurler ! Peur de ne plus avoir peur. C’est le drame !



 

Curieuse ambiance, être loin de tout mais proche de soi. Un calme qui laisse libre l’esprit. Les américains n’ont pas passé une soirée ainsi depuis… La ville est en eux, ils craignent le silence, quand ils le croisent ils allument la radio, parlent, s’écoutent mâcher pour se rassurer.

Inquiétude ?

Presque, les quatre hommes mangent tranquillement. Les congélateurs étaient pleins à croire que tout était prévu pour tenir longtemps.

- On y vivrait des années, tranquillement.

- L’hiver est rude et peut contraindre à passer des semaines sans mettre le nez dehors, il y a intérêt à avoir de quoi manger, de quoi se chauffer. Nous ne pouvons pas nous faire livrer une pizza en trente minutes. Il faudrait trente heures. C’est un autre monde, le nôtre, celui du silence, de la tranquillité, d’un environnement propice à la réflexion.

- Nous ne sommes pas fait pour ça.

- Qui l’est, qui ?

- Vous !

- Réfléchir est pénible, croyez-moi, le cerveau est exigeant. Souvent j’ai envie d’arrêter les questions pour me limiter à l’action et je ne peux pas.

- Le besoin d’agir était ce qui poussait votre père ?

- On peut le voir ainsi.

- Pour fuir ?

- Par peur, sûrement, peur de réfléchir, peur de savoir, peur de tout et de rien. Vous réfléchissez aussi puisque vous voulez savoir.

- C’est malgré moi.

- Je déteins ?

- Oui, et puis, l’ambiance.

- N’est-ce pas ? Vous avez visité pourtant, rien de spécial ni de terrifiant.

- C’est encore plus inquiétant, ce n’est pas ce que ça devrait.

- Vraiment ?

- Oui, j’en suis sûr, ou votre père avait une autre maison et celle-ci n’est qu’un piège, possible, ou c’est proche, nous le voyons et le refusons, et quand je dis nous…

- Vous persistez à pensez que j’en sais plus que ce que je vous ai dit ?

- Je ne sais pas si je le pense, disons que je le sens. La maison agit sur moi. La nuit promet d’être longue.

- Pas plus qu’ailleurs.

- Dans l’impression, pas le réel.

- Bien sûr.

- On dirait un décor, une demeure loin de tout, d’antiques légendes, nous sommes entourés d’âmes suppliciées attendant le repos, nous sommes quatre, au petit matin il pourrait ne plus rester quiconque de vivant.

- Ce serait dommage.

- Vous croyez que ça peut arriver ?

- Pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas… Les ombres vont s’allonger, s’étirer, venir vers nous et nous agresser. Profitons de ce calme.

- Celui qui précède les tempêtes ?

- Oui.

- Va-t-elle exploser ici ?

- Vous n’en avez pas envie ? Un lieu pour observer le monde. Une île à l’abri en cas de cataclysme nous pourrions être les seuls survivants.

- Est-ce à désirer ?

- Qui peut vouloir échapper à son sort, qui ?

- C’est humain.

- Pour qui ne sait pas de quoi il s’agit ! Non, mieux vaut mourir avec les autres qu’être celui qui est laissé de côté quand tous sont détruits.

- Vous parlez pour vous ?

- Simple réflexion, si j’avais une machine à écrire mon imagination serait stimulée par un lieu pareil qui ne promet rien, qui n’offre rien sinon l’obligation de se confronter à soi.

- Le plus important et le plus difficile.



 

C’est vrai et les mots dansent, s’amusent, bientôt ils se figeront, l’esprit dira non, d’abord, et puis il se rendra, il cherchera l’émotion, il voudra s’exprimer, se vider en larmes qui ne viendront plus l’éloigner de son but.
 

- Cela vous effraie, commissaire ?

- Oui, savoir ce que l’on est… L’imaginer, tracer son portrait à grands mots c’est une chose, l’apercevoir… Hésiter, s’approcher, se reconnaître, c’est différent. Arrachez le visage en l’espérant masque, le retrouver dessous, être tenté de recommencer, lever la main, vouloir puis renoncer.

- S’accepter est simple et difficile, mais ce qui ne coûte rien ne vaut rien.

- Vous avez raison, nous retirons en fonction de ce que nous investissons. C’est un risque et il arrive que l’idée du gain n’éveille plus l’intérêt, que rien ne compte que d’attendre le silence de la fin.

- Vous en êtes là ?

- Non, c’est une illusion, un moment, un palier de décompression.

- C’est ce que vous remonter.

- Je préférerais descendre.

L’occasion va t’en être donné !

- Curieux langage pour un policier.

- Je suis moi-même curieux, dans tous les sens du mot.

- Le français permet bien des jeux, pour un étranger elle est difficile.

- Ce qui ne coûte rien…

- Vous avez raison.

- Raison ? Le mot est à double sens lui aussi.

- Lequel choisiriez-vous ?

- Le mauvais est plus drôle, plus instructif, il ouvre le plus de porte.

- Sans doute.

Il y a porte et porte, celle ouvrant sur l’intérieur effraie plus que l’inverse, elle donne accès à l’obscurité, à l’envie de savoir. Descendre, regarder, toucher, il n’y aura pas de fin, autant le sommet semble proche, autant la base paraît inaccessible.

- Vous vous perdez dans vos réflexions commissaire.

- Elles arrivent comme ça, l’ambiance, cette impression d’être à l’écart, d’être isolé d’un monde sans signification ni intérêt. Je pensais à la porte, laquelle faut-il ouvrir ? La plus facile, la plus proche, ou celle qui est dissimulée sous les traces du passé, sous une poussière que nul n’osât retirer. Elle est là, facile à ouvrir, regardez, il n’y a pas de clef.

- Ce lieu donne envie de regarder. Les contraintes et mensonges de la civilisation paraissent lointaines. Il ne reste que soi ici. Ne serait-ce pas pour cela que votre père choisit cet endroit ?

- Probablement fut-il sensible à l’histoire de ce lieu même si elle était peu connue et enterrée par les colons ! L’air vibre des pulsions archaïques auxquelles vos ancêtres cédèrent. L’expansion est un ordre implanté au cœur de la vie. L’homo sapiens les dévie, les vicie en leur cédant, son intelligence pervertie la nature. Notre technologie n’y change rien, nous restons sensible à la pensée magique, à l’envie d’y céder, la plupart c’est dans la croyance en un dieu incarnant notre désir d’omnipotence infantile et palliant notre frustration devant nos limites. Tuer, je l’ai dit déjà, c’est parodier la divinité et caricaturer la nature. Le chemin entre la passivité contemplatrice et l’activité destructrice est difficile à définir, à découvrir et plus encore à arpenter. Ce lieu avive nos envies, il donne l’impression que nous pouvons savoir, comprendre, dominer… Mon père vint ici avec cet espoir, peut-être mit-il du temps à admettre que son ambition dépassait ses moyens mais la lucidité arriva finalement.

- C’est pour cela que rester ici vous effraie, à moins que vous n’ayez trouvé un endroit qui ait provoqué les mêmes interrogations.

- Un endroit…

- Le papier est le lieu le plus propice pour cela avec pour avantage de pouvoir se relire, ce qu’une autre forme d’art ne permet pas. Seule l’écriture permet de se libérer en offrant une chance de se maîtriser.

- Comme quoi cet endroit est favorable aux performances intellectuelles ! Mais vous avez raison, cet endroit permet de s’éloigner de ses tics mentaux. Fils de mon père je lui ressemble, de là à supposer que j’aurais pu réussir où il échoua… La police libère mes pulsions.

- C’était le bon choix commissaire, j’en suis heureux alors que nous appartenons à des camps concurrents plus qu’adversaires. Pour l’heure les circonstances nous rapprochent, demain est un autre jour ! Les tueurs que nous traquons sont des psychopathes, adaptés à leur environnement mais à l’émotivité réduite au quotidien. Votre père était-il ainsi ?

- Fou ? Je l’ai peu vu, il m’a utilisé, me parlant pour s’adresser à lui-même. Quand à ses conclusions… Ne retenons pas la démence, cette porte se referme derrière l’intelligence et interdit tout retour.

- Vous dîtes ça pour lui ou vous ?

- Pourquoi pas les deux ?

- Lui s’est laissé mordre, corrompre, pas vous !

- Vous faites, à tort, rimer folie et démence. La première ronge, altère, évolue chroniquement mais peut être endiguée, la seconde est définitive et rend impossible tout comportement social complexe.

- Faire le distinguo implique une connaissance intime des deux.

- Vos dossiers doivent évoquer mon comportement parfois étrange. Si vous manquez des réponses vous avez au moins des questions.

- Vous êtes d’autant plus inquiétant que vous êtes mystérieux. Beaucoup de suppositions, d’hypothèses, aucune certitude.

- Je prends cela pour un compliment.

- Vous avez raison ! Crainte et respect avec l’envie d’en savoir plus. La curiosité de comprendre et l’évidence qu’y parvenir coûterait trop cher.

- Ne craignez-vous pas de devoir payer ?

- Cela arrivera ?

- Oui, vous n’êtes pas innocent !

- Qui prétendrait l’être, vous ?

- Certainement pas, encore que ce mot puisse avoir deux sens, innocent… Avec les mains pleines, peut-être.

- Pleine de… sang ?

- Pourquoi pas ?

- Folie ou démence commissaire. Apprenez-moi je paierai.

- Nous ne sommes pas seuls !

Mais les deux spectateurs opinèrent.

- Comment dire ? La folie… Elle se comprend après. Sur le moment c’est un explosion, un flot de pensées contradictoires, de pulsions brutales, l’esprit devient un champ de bataille… Vous ai-je parlé de cette image d’une Terre couverte de cadavres dont de chacun émerge une fleur ? C’est exactement cela si ce n’est que chaque éclosion est fille de la démence et sécrète une souffrance qui pour ne pas s’afficher n’en est pas moins terrifiante ! Cette paix finale est un piège et, puisque je sens que vous allez me demander comment je le sais, c’est pour avoir cueilli une brassé de ces fleurs, en avoir senti l’atroce parfum et m’être réveillé à l’ultime seconde en gardant en moi des images inoubliables et nocives. Pour d’autres ce peut être une agrégation de pensées se fondant les unes dans les autres jusqu’à rendre toute lucidité impossible, une espèce de trou noir psychique, un Big-crunch pour utiliser un terme cosmique et oser une analogie improbable. Si vous ne comprenez pas ce n’est pas grave, dites-vous que je suis fou sinon c’est vous qui risquez de le devenir. Ma différence entre la folie et la démence vous satisfait-elle ?

 

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 06:00

 

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Imaginer ce qui peut, ce qui va arriver, ne vous y prépare en rien.

 

Ne jamais sous-estimer ses ennemis, ni surestimer ses amis.

 

Il arrive que les explications soient si fragiles qu’il faille se forcer pour y croire.

 

Folie où es-tu, t’ai-je déçu que tu ne veuilles plus de moi ?

 

Un anormal est souvent condamné à se prendre douze médicaments dans le cerveau.

 

Le drame du fou c'est de n'avoir droit qu'à une seule couleur.

 

Retenir une leçon est-ce l'avoir comprise ?

 

Je suis une porte, vous êtes les gonds.

 

L'intelligence artificielle aura fait un pas en avant quand elle s'ennuiera.

 

Le désir de commander n'est que le besoin d'obéir.

 

Mon métier ? Professeur de doute.

 

Jamais je n'offrirai à ma panthère un manteau en peau de putes.

 

L'amusant est qu'en politique s'il n'y en a pas un pour racheter l'autre il y en a beaucoup pour le vendre.

 

La torture est un soulagement temporaire.

 

Un poète est un père vers.

 

 

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Publié par Lee Rony - dans Aphorismes
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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 06:00

 

 

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À l'instar de ce lac si serein d'apparence,

Cachée par un sourire patiente la violence,


 

Un prédateur ainsi attire sa victime,

Rassuré par l'aspect elle en oublie le crime.


 

Elle est là par plaisir et s'approche de l'eau,

Voit celle-ci se brouiller... Et surgissent les crocs !


 

Mes mots semblaient si doux que je me suis penché,

Sur eux pour me mirer en cette froide psyché.


 

J'ai vu juste un contour flouté de transparence,

Et me suis incliné quêtant la ressemblance.


 

Était-ce bien mon visage cette chose blafarde,

Que poussé par l'instinct au quotidien je farde ?


 

Ainsi vis-je mon âme derrière l'apparence,

Cet éclat dans mes yeux n'était pas l'innocence.


 

Sous un calme visible parfois sont des abysses,

Où l'effroi est serein, où la terreur se glisse.


 

Qui se croit la victime est parfois l'assassin,

Du paradis le sbire, de l'enfer la catin !


 

 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 06:00

Accueillons aujourd'hui un nouveau SBF : Laisse Poire qui à ses talents de graphiste est également photographe, écrivain...

 

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Publié par Lee Rony - dans Sans Blog Fixe
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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 06:00

 

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Ainsi c'est sur ce lit, que je vis sa dépouille,

J'étais enfant alors intrigué par l'ambiance,

La tristesse affichée gorgée de dissonances,

sentait l'hypocrisie dans les yeux des fripouilles.


 

À l'instar de chacun je feignais la détresse,

En mon for intérieur j'étais plutôt curieux,

Découvrant des aspects de l'univers des vieux,

Dont je comprenais mal qu'ils étaient sans adresse.


 

Son visage était blême, il me semblait inquiet,

Comme si son âme déjà connaissait son futur,

La chaleur de l'enfer, maintenant j'en suis sûr,

Succéda à la guerre comme mars à février.


 

De son legs génétique je dois me satisfaire,

Il m'a appris pourtant le plaisir dans la peur,

De ses mots rabâchés mêlant sang et fureur,

Je conserve le goût des chaînes et des fers.


 

De ce démon moqueur j'ai appris la tactique,

Les pouvoirs qu'il propose ont le goût des mirages.

Qui croit en ses propos pousse son âme en cage,

Si elle n'est de métal elle sera donc chimique.


 

Aussi est-ce sur ce lit que je vais m'allonger,

Rassuré qu'après moi nul ne prendra la suite,

Si je laisse des mots c'est qu'ils furent pour moi fuite,

Cénotaphe du refus par mes soins érigé.

 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 06:00

Certes 성유리 n'est pas la meilleure chanteuse qui agrémenta ce blog (bien qu'elle fut la chanteuse du groupe de Kpop : FinKL), en revanche elle est une remarquable actrice, entre autre dans 토끼와 리저드 (The Rabbit and the Lizard) et d'une beauté qui explique que je ne regarde les films occidentaux qu'avec difficulté. Elle je serais d'accord de la regarder avec des lunettes 3D !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 06:00

 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 06:00

Qui regarde l'abîme... 11

 

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                                                     12

 

- Trop nationaliste, vous avez mal prix ce que je vous ai dit. Souvenez-vous vos prédécesseurs sur ces routes. Ici vos idées n’ont plus cours, vos conditionnement plus de raison d’être.

- Nous n’avons pas changé de monde.

- Je vous parle d’un autre monde… Commença le commissaire.

- … Le vôtre ! termina Morton et les deux hommes se sourirent.

- Les étasuniens grimacèrent. Ces français aiment s’écouter parler.

- Bien, en route, l’endroit est ravissant, bucolique et tout et tout.

- Un peu isolé.

- C’est aussi une qualité.

- Oui, il faut avoir envie de se cacher pour s’installer ici.

- Vous ne l’aviez jamais vu, même en film ?

- Non, nous n’en avons pas retrouvé, les équipes…

- Les équipes…

- … Les équipes qui sont venues n’ont rien filmé.

- les films auraient été voilés, ou pixelisés.

- Peut-être, oui. Il y a quelque chose dans l’air de différent.

- Vous le sentez ?

- Oui, pourquoi pas ?

- Souvenez-vous, ici habitaient des américains d’avant les étasuniens, des hommes venus de loin, à pied, que vos prédécesseurs, je ne peux dire vos ancêtres, ont massacrés allégrement, et tout ça pour quoi ? Pour effacer la trace qui les précédait. Ils voulaient un territoire à façonner suivant leurs idées, leur vérité. Ce qui va advenir est logique. Tant d’esprits se sont gorgés de sang ici et vos pseudo livres d’Histoire n’en font pas état. La mort fit ripaille ici .

- L’ambiance vous touche ?

Le commissaire prit le temps de réfléchir avant de hocher la tête.

- On peut le dire. Je vous remercie. Je perçois une sourde agressivité, comme si ces terres gorgées de sang laissaient éclore leurs fleurs de vengeance et de désespoir.

- Pas de pardon ?

- Les fantômes ignorent ce concept. Il s’agit d’équilibre, la justice et sa balance. L’action entraîne une réaction des siècles plus tard s’il le faut. Le temps est une notion moderne et le craindre est vain.

- C’est vrai, il me semble que nous sommes partis depuis déjà longtemps or ça ne fait que quinze minutes. Nous n’allons pas remettre en cause les lois de la physique pour cela.

- Les lois de la physique expriment nos limites ? La création est en adéquation avec nos aptitudes cérébrales.

- Ce n’est pas une question pour nous.

- Vous ferait-elle peur ?

- Je l’avoue, J’aimerais être ailleurs, loin, dans mon bureau, suivant mes activités d’avant, je n’aime pas cet endroit.

- C’est réciproque ! Avez-vous ressenti l’hostilité d’un lieu, sa haine ? Nous comprendrons en nous souviendrons des crimes commis dans ces vallées.

- Il y a si longtemps…

- Hier ! Longtemps pour vous, pris dans un monde s’accélérant votre perception du temps est faussée. Il n’y a pas de maison ici que celle de mon père, elle fut érigée sans problèmes, je suis persuadé qu’il est venu là naturellement, percevant l’âme des lieux.

- Une âme sanguinaire !

- Non, noyée dans le sang ! Une âme qui lutta et perdit son combat, physique. Il reste tant à découvrir du cerveau, des pensées, peuvent-elles s’enregistrer, rester prisonnières en une chambre d’écho les ressassant jusqu’à ce qu’un esprit les entendant leur permette de sortir ? Il y a des recherches dans ce domaine en ce moment, comme d’autres plus ou moins étranges, ésotériques, magiques. C’est bien ! Être raillé n’implique pas que l’on ait tort, au contraire, quand les esprits faibles refusent d’entendre une voix c’est qu’elle murmure une vérité, quand ils refusent d’emprunter une voie c’est qu’elle mène quelque part.

- En Enfer, si j’en juge de ce que fit votre père.

- Sans doute, mais l’Enfer est-il désagréable ?

- Vous le connaissez mieux que nous.

- Beaucoup mieux, n’est-il pas notre destination ?

- On dirait une menace.

- À l’encontre de tous. Il est des révélations disloquant les caractères les plus solides, un test, une épreuve, l’envie d’aller plus loin.

- De regarder entre des barreaux de la cage ?

- Danger ! Vous pourriez être tenté d’aller voir dehors.

-Est-ce possible ?

- Bien sûr, plongez dans la boue, la fange, plus bas, encore plus bas, la sortie est là, seulement là. Retenez votre respiration, attention à ne pas vous laissez prendre, passé un certain stade le retour est impossible et l’avancée périlleuse. Tant ont voulu, fait les premiers pas pour vouloir renoncer ensuite et se laisser mourir de ne le pouvoir.

- Et nous ?

- Tout est imaginable, et son contraire, ici les certitudes n’ont plus cours, laissez-vous aller, oubliez vos habitudes, votre technologie, ne cherchez pas à tout comprendre, ni vous ni nous n’en sommes capables.

- Ni vous ?

- Non, j’admets, j’accepte, je me laisse faire en évitant le risque de vouloir tout réduire. Ma petitesse ne m’effraie pas.

- C’est une qualité.

- Qui permet d’aller plus loin.

- De passer de l’autre côté ?

- Peut-être.

- Pour y perdre votre âme comme le fit votre père ?

- L’a-t-il perdue ?

- Vous ne le pensez pas ? Nous sommes assez grands pour dire les choses directement commissaire. Vous savez votre père coupable, et, j'en mettrais ma main au feu, beaucoup plus… Oui, ma main au feu.

- Vous pariez votre âme ?

- Ça…

- Attention au quatrième degré ! Venir c’était la miser, pour vous aussi. Vous espérez gagner sans savoir quoi. La partie est plus excitante mais plus périlleuse.

- Ce n’est pas pour vous déplaire.

- C’est juste, plus nous parions plus nous pouvons ramasser, ici pourtant…

- Pour tant ? Combien ?

- Pour trop, le vrai joueur perd, sinon ce n’est qu’un gagne petit.

- Sans doute.

- Profitons du paysage, du ciel serein, de ce calme dont on dit qu’il précède les tempêtes ?

- N’est-elle pas levée ?

- C’était un coup de vent. Le véritable ouragan est ailleurs, mais proche. Il se forme depuis longtemps, une force attendant de se libérer pour tout absorber sur son chemin. Cet endroit est un poste d’observation singulier.

- Y a-t-il tant à voir ?

- Tant, trop ! Non, pas de précisions, serais-je là si je savais ?

- Vous auriez pu être amené malgré vous.

- Vous savez que non, vous l’auriez fait. Je vous connais, toujours au plus simple, au plus sommaire, cette fois vous avez voulu jouer au plus fin, me manipuler en supposant que je le comprendrais mais jouerais pour prouver que je suis meilleur que vous, ce qui est le cas, meilleur… Peu importe, vous ne pouviez pas m’amener de force, pas après ce qui s’est passé. Vous êtes devant quelque chose qui vous attire, vous excite et vous effraie. Vous avez raison de craindre ce qui va arriver. Une force immense arrivant de l’origine de cet univers que nous voulons réduire en équations sans parvenir qu’à dessiner nos propres limites.

- Vous pourriez faire un excellent gourou commissaire.

- Mais mon succès s’appuierait sur la bêtise et les imbéciles, ni l’une ni les autres, ne m’intéresse. Apprendre oui, instruire... Quel perversion faut-il pour cela, quelle envie de se sentir supérieur ? Celui qui montre le chemin indique la route vers la médiocrité. Le vrai chemin se trouve seul, il est tortueux, difficile, il fait peur, frôle l’abîme, donne envie de s’y jeter, de s’y perdre… Mon père est venu ici pour cela mais l’abîme fut plus fort, plus insidieux, comme un démon promettant un pouvoir absolu. Lequel peut-il être plus grand que posséder une vie, pouvant l’abréger, ou non ? Le tueur se prend pour dieu, se dit qu’il possède un pouvoir sans égal, son désir qui importe. Il croit avoir le choix.

- L’a-t-il jamais ?

- L’affirmer est une imposture intellectuelle. L’avenir aura un sens une fois vécu, qui peut revenir en arrière et, mieux, qui peut vivre plusieurs vies en même temps et, ce faisant, quel intérêt de n’en choisir qu’une ? Une impossibilité amenant à s’interroger. Pas de choix, seulement le besoin de se rassurer en détenant un libre arbitre apparent.

- Et vous ?

- Je regarde autour de moi, en moi, j’essaie d’être celui qui agît et celui qui regarde, pas celui qui choisit.

- Un constat d’échec ?

- Non, une lucide vision de la réalité.

- Lucide ! Ce mot à-t-il un sens en ce lieu, je me sens bizarre, vibrant.

- Vous ressentez ce qu’il y a autour de nous. Ne m’en demandez pas plus, ce serait vouloir dire plus que je ne peux, que je ne sais. Vous êtes pris par la magie des lieux. Pouvoir, magie… Les mots n’ont plus de sens, la réalité seule importe. Lutter et elle vous détruira.

- L’accepter amènera au même résultat.

- Il reste une chance. Confronté à cette force résister n’aidera pas, soyons des esprits fluides, laissons-nous porter par le courant, attention il nous pousse vers des tourbillons. Il y a un autre côté.

- L’atteindre... Mes pensées sont troubles, je ne me comprends plus.

- L'angoisse est un poison altérant la lucidité. L'apparence que vous donner au danger est un masque derrière lequel tout peut se former.

- Je regrette d’être là, par dieu je le regrette ! J’aimerais être ailleurs, dans une mission dangereuse, courant à mains nues derrière un tueur fou armé jusqu’aux dents, au moins appartiendrait-il à mon univers. Là je me sens étranger, frêle esquif sur un océan traître.

- Il est une île au cœur de cet océan.

- Quand y aborderons-nous ?

- Dans quelques minutes, ne vous en faites pas.

- Mais je m’en fais, justement, cet île est pire que la reste, le point focal. Une espèce d’île du docteur Moreau, peuplée de créatures improbables.

- Vous êtes dur pour une maison probablement vide.

- Vous n’en êtes pas sûr ?

- Comment le serais-je ?

- L’imagination commissaire, la peur. Tant d’années d’entraînements pour en arriver là ! Franchement, il y a de quoi rire. Tout cela pour quoi ? Pour craindre un paysage trop calme, une maison suppurant d’inquiétude. Ce serait amusant que votre père s’y trouve. Il le devrait. Nous avons mis tous les moyens pour le retrouver, et plus, il ne peut être que là !

- N’auriez-vous pas fait appel à je ne sais quel médium ?

- Pourquoi dites-vous ça ?

- Superstitieux vous avez besoin de connaître ce qui vous attend. Votre question m’indique que j’ai raison, vous l’avez fait.

- Et alors ?

- Alors cela s’est mal passé, non ?

- Si !

- Pour le médium. Avait-il un pendule, la mission de retrouver mon père, de passer au travers des protections de la maison ? Savait-il quelle mission suicide vous lui confiez ? Non ! Vous avez fait appel au meilleur mais sans lui dire la nature exacte de son travail, vous l’avez trompé en le mettant sur une fausse piste et il l’a prise avant de tomber sur la bonne.

- Vous êtes un excellent policier, on dirait que vous étiez là.

- J’y suis.

- Vous êtes médium ?

- À l’occasion, une faculté pratique, épuisante, mais limitée.

- Par elle ou par vous ?

- Je ne m’étais pas posé la question avant il y a peu.

- Maintenant vous voyez les choses autrement ?

- Oui, chaque pas amène à voir le monde autour de soi sous un autre jour. La lumière change, la forme et la nature des ombres également. Je l’imagine, il a cherché la route désignée, il s’est rapproché, il a eu peur, je le sens, ne voulut pas le montrer, se croit plus fort qu’il n’est. Le retour dès lors était impossible.

- Et ?

- Il se tord sous la douleur, son esprit est aspiré, je le vois se prendre la tête entre les mains, ses pensées lui échappent, elles sont avalées puis remplacées, le système des vases communicants, souffrances n’est pas le mot, c’est le quatrième degré, ou plus, l’effroi absolu, il se lève, se jette sur ceux qui sont là, un dernier réflexe de lucidité.

- De lucidité ?

- Bien sûr, il veut que voue le tuiez.

- C’était…

- Donc ça ?

- Oui, bravo.

- Merci ! Vous aviez cru qu’il devenait fou ?

- Oui.

- Il préférait mourir que de l’être, et il a eu raison.

- À ce point ?

- Et plus encore, bien plus.

- Vous parlez en expert de la folie.

- Oui…

- Il faut l’avoir vécu pour savoir ce que c’est.

- Ce fut le cas. Parfois la mort est l’unique échappatoire.

- Question de courage.

- Tout le monde l’aurait dans ces condition, l’évidence s’impose par dessus la culture, la civilisation. Vous avez essayé plusieurs fois ?

- Je ne suis pas au courant de tout.

- Ce qui veut dire oui,. Bien sûr, même si vous n’y étiez pas, ce genre de nouvelle circule dans les services plus vite si c’est interdit. Cela soulage de parler, de se confier, de partager son fardeau.

- Possible.

- Certain donc il y en eut d’autres… Il ne m’étonnerait pas qu’il s’en trouve un au fond d’un asile, hurlant sans pouvoir se taire, un endroit reculé, loin des autres, il pourrait y être seul, sortir, se promener jusqu’à un jardin privé, il disposerait d’un clavier, d’un micro, il… Mais tout cela n’a pas de sens, c’est une histoire que j’ai lu il y a des années.

- Vous vous en souvenez.

- Elle m’aura marqué plus que je ne l’aurais cru.

- Dans un asile ?

- Oui ! Un fou, ou supposé tel, évoquait sa démence, quand elle s’éloignait il avait le droit de se soulager, par écrit, il ne pouvait s’exprimer que seul, la folie lui laissant de l’espace pour se vider avant qu’elle ne le remplisse à nouveau. Maintenant je comprends mieux ce texte.


 

Comprendre mieux… Oui, bien sûr que oui, toutes ces années pour en arriver là, à lutter contre une folie… Mais… Se vider n’est-ce pas revivre le passé, le sentir revenir, violent, puissant, terrifiant  ?

L’espoir ?

Un piège ! Un mot qui n’a plus de sens ni de valeur, un mot qui ne fait qu’endurer davantage pour un gain bien improbable.

Impossible pour autant ?

Ce serait si… Non ! Savoir ne serait pas motivant, tranquillisant. Et puis, pourquoi être tranquillisé, rassuré, endormi ?

Pourquoi ? Pour rien, pour oublier, effacer, l’Ombre des murs prends un nouveau sens, et tant d’autres textes également, l’ensemble se met en place et c’est plus, et c’est mieux que de la magie, c’est…

Qui pourrait définir cela ?

Qui ?

Ce qui vient sera pire, la folie a laissé derrière elle un désert apparent, gorgé de rêves, d’espoirs, nourri de souffrances, de haine et de terreurs il attend de revivre, attendent d’y pousser…

Savoir par avance ?

Non, pas possible, imaginer serait gaspiller un temps pourtant pas si précieux encore qu’il n’en reste pas beaucoup.

Pas beaucoup ?

Espoir ?

Crainte ?

Ce n’est pas différent !

Une maison, en elle, au fond, sous elle, profond jusqu’à l’infini, un chemin venu de toujours, s’arrêtant au présent mais sans limite que celles de qui l’emprunte. Faut-il l’oser, choix difficile, reste la satisfaction, après coup, de se dire que l’on a voulu, choisi, c’est un mensonge auquel croit qui ne sait que s’agiter, hamster courant dans sa roue sans se déplacer.

Jolie comparaison ! Un monde de hamster, un bruit de roues pour se remplir la tête, et les petites pattes qui courent, courent…

Vers nulle part !

Une maison, des murs, une ombre mouvante, gluante de souvenirs, de désirs, fermer les yeux, accepter le désert, laisser la vie sourdre de soi, couler en lui, y renaître en mots, y prospérer en page, accepter que cet édifice sur le vide soit d’éternité, bâti par du papier, indestructible.

Vide à surmonter, fossé à traverser,, mais l’espoir est un traître, compagnon qui cherche une complice : La compréhension !

Illusion !

Ce texte, et les autres…

Rêve est le titre parfait !


 

- Vous avez voulu écrire commissaire ?

- Oui, j’ai pas mal de textes dans des tiroirs.

- Intéressants ?

- Personnels, hermétiques, comme un germe attendant d’être planté dans une terre fertile.

- Vous le ferez !

- Ça, l’avenir le dira. Ce qui nous attend…

- Vous avez peur commissaire ?

- Peur n’est pas le mot.

Survivre est la pire terreur qui soit ! Voir s’ouvrir les portes de l’Enfer et savoir qu’il ne sera pas possible de s’y perdre, quelque épreuve que ce soit la mort n’apportera pas le soulagement espéré.

- Angoisse alors ?

- Une forme de trac. Nous n’allons pas tarder à arriver, le voyage aura été court sur des chemins rarement utilisés, mon père utilisa la voie aérienne pour apporter les matériaux nécessaire à l’édification de sa demeure.

- C’est pour ça qu’elle a coûté si cher ?

- Pour le calme certains paient cher.

- À ce point… Vous avez une excellente mémoire.

- Cela vous étonne ?

- Non, je connais vos capacités.

- Mais pas ma contenance !

- Non, ça non.

Peur de survivre ?

Est-ce sincère de l’affirmer. Dois-je accepter cette envie ?

En vie… Cela paraît si bizarre, ces mots sur le papier.

Maux sur le réel, effacés par l’imagination. Explication sommaire. L’ailleurs est joli, un monde en soi, être une porte aux fondations reposant sur l’infini, lever les yeux, contempler l’éternité sans crainte.

Trac ? Envie ! Avoir mal au ventre de faim, se nourrir d’irréel sans en être rassasié, bienfaisante malédiction.

- Une montée, ces véhicules modernes peuvent aller n’importe où. Encore que le hasard soit absent du choix de cet endroit et de la disposition de la maison afin qu’elle semble surgir et bondir sur les visiteurs.

Un coup d’accélérateur, le plat, quelques mètres.

Tous sont conscient de la satisfaction de la maison.

Le commissaire s’arrête tant la voix qu’il entend le stupéfie.

Une présence, un animal tapie dans le soleil, forme trapue comme aux aguets, attendant l’imprudent qui se laissera prendre.

Cette voix… Celle de son père ? Un rire remontant du passé, et si…

Non, bien sûr, qui résisterait ? Aucun être… humain ! Son père méritait-il ce qualificatif, pour autant que ce titre fut méritoire ? Non, pour avoir trop écouté les pensées archaïques qui dévorèrent l’humanité qu’il recelait. Quelle aurait due être son apparence si son corps avait révélé son esprit ?

L’atroce ne sait-il pas se faire beau, souriant, séducteur ? Il ouvre les bras et promet, invite pour soumettre. L’esprit, se sent accepté et endure. La douleur lui convient, c’est tout ce qu’il connût jamais !


 

Et l’échec, le rejet, seul, ne plus oser comprendre, ne plus vouloir bouger, hurler en se désespérant de ne pouvoir agir, de ne pouvoir transformer une pensée en acte, ce serait si agréable, saisir la hache, tuer, non pour détruire l’autre, mais soi. Dans le tueur se terre le désir de s’autodétruire avec l’évidence de l’incapacité d’y parvenir.

Vraiment ?

Oh combien ! j’aurais voulu me nourrir de sang, de mort, voulu…

Trop tard et le chant du sang n’est plus audible, ses échos s’amenuisent, perdent leur haine, laissent une cicatrice purulente.

Un bel encrier !


 

Les quatre hommes regardent la maison, un autre cadre ne changerait pas l’impression qu’elle dégage, sa personnalité, malveillante, nocive, insatiable. L’amie ultime, avide de se nourrir d'émotions simplistes, les plus fondamentales, une créature insatiable.

Soupirs en communs, en réponse, la tension s’accroît, naturellement un sens oublié se dégage de la cangue des habitudes culturelles. Être ailleurs génère le désir d’en savoir davantage, en soi s’affrontent la peur et la curiosité. Ainsi la vie veut-elle avancer mais en prenant ses précautions autant que possible, mais pas trop !

- Pourtant ce n’est qu’une maison.

Personne ne répondit à ces paroles rassurantes.

- Une description manque du principal. Elle me fait penser à un prédateur certain que sa proie s'approche. C’est plus que le mal commissaire, loin de sa définition anthropique trop étroite.

- Une opinion sensée, pour un peu je dirais que vous faites des progrès. Après tout tuer est dans la nature depuis que l’animal existe, le végétal aussi peut-être, quand au minéral…

- Vous êtes contagieux. Je voudrais dépasser les définitions bornant nos existences, les facilitant certes mais les limitant. J’aimerais… Vivement que tout cela soit terminé, que je retrouve ma routine salvatrice, vous me donnez l’illusion de pouvoir briser mon cadre habituel mais si je peux y penser je serais incapable de le réaliser, et de le supporter. Je suis tiraillé entre l’envie d’entrer dans cette maison et celle de quitter ce véhicule pour courir vite et loin, poussé par l’instinct de conservation.

- Êtes-vous certain que ce soit le bon ? La proie n’est-elle pas tentée de se jeter dans la gueule béante pour y trouver un refuge ? Vous me direz que c’est ce que le croyant fait dans son lieu de culte…

- Non, je ne vous le dirais pas commissaire.

- C’était un test, vous le penserez, plus tard…

- Vous sous estimez le poids de la routine et l’influence de la bêtise ambiante. Mais nous ne sommes pas dans un salon, mes gênes français se laissent aller ! Les mots aident à structurer les pensées pour éviter qu’elles ne deviennent obsédantes. Le danger est là, je le sens et j’ai envie d’approcher cette maison, d’entrer en elle. Délire, mon esprit joue seul, pris dans une logique manipulée par les circonstances et se prête à ce qui relève autant du rêve que de l’imaginaire infantile, vous savez, cette crainte irrationnelle devant une porte de placard entrouverte. Il y a un monstre dedans, c’est sûr. Papa vient, il dit que c’est faux, que ce n’est pas raisonnable. Je le sais, nous le savons. La voix de la raison n’endort pas la curiosité. Papa ferme la porte, tourne la clé, l’enlève et la met dans sa poche, il croit bien faire et a oublié son enfance. À regarder cela d’un œil clinique on ne voit qu’infantilisme, et cependant c’est une fonction naturelle de l’esprit de s’interroger, de refuser la satisfaction superficielle d’explication plausibles mais pas assez puissantes pour être efficaces.

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 06:00

 

Titillé par Hanternoz je me suis, pour la première fois (mais pas la dernière) pour ce blog, laissé tenté par l'acrostiche ! Par la même occasion vous pouvez aller voir, et lire A.A.

 

 

 

  

Lit de mots, cœur glacé, chaude imagination,

 

Expert en liberté, tout près de l'indécent,

 

Est-il mieux défini que par : Contradictions ?

 

Réfléchir en souriant, rire au sein des tourments,

 

Ou se frottant les mains, pensant à la Passion.

 

Noter, en quelques vers, que nul n'est innocent.

 

Y a-t-il pour ce blog meilleure définition ?

 

 

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 06:00

 

 

cave-palais-Fusion-01.jpg

 


 

J'ai des murs merveilleux et des jardins sublimes,

Dit le palais tout fier de sa décoration,

Toi la cave tu n'es que dissimulation,

Lieu ou sont cachés les secrets et les crimes.

L'interpelée sourit des insinuations,

Formulée par le fat en costume d'apparat,

Sachant ses invités, les ombres et les rats,

Accompagnés souvent de chants et de passions.


 

Sourit de ton verbiage et de ton apparence,

Seigneur en vanité qui veut en imposer,

Par du stuc, des miroirs, des lumières tamisées,

De toi ne resteront que ruines et silence,

Alors que face au temps en mon cœur survivront,

Ce qui fut et sera de par mon obligeance,

La nature gommera jusqu'à ton existence,

C'est par moi que nos fils et nos filles apprendront.


 

Ainsi ce qui se voit par le fard embelli,

Doit être entretenu pour ne point disparaître.

La vérité souvent qui est bien moins jolie,

Tôt ou tard finira par un jour reparaître.


 

 


 

 

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Publié par Lee Rony - dans Fables
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