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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 09:00

Étonnant, effrayant peut-être de voire une toute jeune fille entrer dans un lac comme si elle voulait y disparaître. Quand son institutrice l'aperçoit elle prend peur et fait arrêter le car avant de la conduire à l'infirmerie de l'école.

Étonnant encore quand, après un rapide examen, il s'avérera que Tui est enceinte de cinq mois, à 12 ans c'est rare et laisse supposer une agression sexuelle.

Robin Griffin est une jeune inspectrice qui revient de Sidney où elle a laissé son fiancé pour rentrer en Nouvelle-Zélande afin d'aider sa mère à affronter un cancer qui ne veut pas céder face à la chimiothérapie. Spécialiste des enfants c'est elle qui est chargé de s'occuper de Tui. Quand elle l'interroge celle-ci ne parvient pas à dire ce qui s'est produit et quand la policière lui propose de l'écrire, Tui accepte à condition de partir avant que Robin ne lise ses mots.

Elle n'aura écrit que deux mots : NO ONE.

Au même moment un groupe de femme vient s'installer à Paradise, lieu en apparence bien nommé mais appartenant au potentat local qui dirige la région avec ses fils. Il se trouve qu'il est aussi le père de Tui, laquelle viendra rendre visite à ce groupe avant de disparaître sans laisser de trace.

Robin va mener l'enquête, affronter Matt Mitcham, alors même qu'elle sort avec un de ses fils, demi-frère de Tui. Elle va découvrir bien des choses désagréables sur une petite ville si tranquille. Des viols, un trafic de drogue, des meurtres qui ressemblent tant à des accident que la police n'enquête pas. À quoi bon perdre du temps ?

Un pédophile local va être soupçonné du viol de Tui et de sa disparition avant, opportunément, être découvert pendu, une petite culotte sur la tête, non sans avoir laissé une lettre semblant accréditer la thèse d'un suicide dû à sa culpabilité.

Le detective-sergeant Al Parker voudrait aller dans ce sens, comme s'il voulait protéger Robin, qu'il connaît depuis longtemps, mais pas seulement...

Il y a quelque chose de Forbrydelsen dans cette mini série, si ce n'est que cette fois la ''victime'' fait preuve d'une grande volonté dans sa lutte pour survivre, échapper à ceux qui veulent la retrouver, se cachant dans la forêt en attendant son accouchement.

La faune humaine est bien plus inquiétante que l'autre, chacun semble avoir des secrets à cacher, ou à oublier, comme Robin, mais où que l'on aille c'est soi que l'on retrouve.

Reste que tous les mystères ne sont pas solutionnés. Finalement c'est mieux ainsi, les images d'une Nouvelle-Zélande magnifique que la lente avancée de l'intrigue nous permet de découvrir.

Sans forcément avoir envie de connaître ses habitants !

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 06:44

''Les meurtriers, en un mot, sont dans la nature comme la guerre, la peste et la famine; ils sont un des moyens de la nature, comme tous les fléaux dont elle nous accable. Ainsi, lorsque l'on ose dire qu'un assassin offense la nature, on dit une absurdité aussi grande que si l'on dosait que la peste, la guerre ou la famine irritent la nature ou commettent des crimes; c'est absolument la même chose"

"Représenter l'irreprésentable et montrer l'inmontrable"  tel est le projet audacieux que le Musée d'Orsay propose grâce à Annie Le Brun, commissaire de l'exposition  : "Sade, Attaquer le Soleil". Du 14 octobre 2014 au 25 janvier 2015, à l'occasion du bicentenaire de la mort de l'écrivain.

 

Âmes sensibles s'abstenir, c'est écrit à l'entrée de l'exposition : les œuvres présentées peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

Parce que comme l'annonce bravache ce titre emprunté à Sade et à ses Cent vingts journées de Sodomeil s'agit bien d'"Attaquer le soleil", de montrer l'inmontrable tout comme ces artistes se sont attaqués à l'irreprésentable.

Cette correspondance est le point fort de l'exposition. Dans la perspective de cette année bicentenaire de la mort du plus radical des anti-Lumières, elle avait été prévue par le Louvre. Mais la direction recula.

Autocensure ?

Heureusement, le président d'Orsay, Guy Cogeval, la récupéra.

À l'origine de ce Sade et les arts, donc, une carte blanche (ou noire) à Annie Le Brun, philosophe, préfacière de la première édition des œuvres complètes chez Jean-Jacques Pauvert. Elle a été assistée dans le choix des œuvres et la conception du parcours par la directrice de l'Orangerie, Laurence des Cars. D'emblée, ce duo déstabilise en installant une forêt d'écrans diffusant des extraits de films qui auraient pu servir de conclusion. Noir est fait en tout cas pour ce voyage dans un enfer XIXe, mais aussi XXe et contemporain (une «tranche» de chair de Bacon et un bulldog bondage de Jean Benoît, collection Pinault, en fin de parcours) via L'Âge d'or, de Bunuel, Salò ou les 120 journées de Sodome, de Pasolini, ou encore L'Empire des sens d'Oshima.

C'est le seul portrait présumé du Divin marquis, angélique, loin de celui imaginé en forteresse par Man Ray qui nous accueille. Suivent huit sections également oppressantes, à l'image des cercles de Dante nous cheminons dans l’œuvre de Sade, citations inscrites comme en lettres de feu sur des plaquettes de bois.

Le mal est là, les corps se superposent, ceux des bourreaux et des victimes, égales poupées manipulées par Donatien.

Laïcisation du mal, investigation du corps, volupté de la douleur, jeux combinatoires du vivant, érotisation du monde, découverte de l'athéisme, furie de l'anticléricalisme, poursuite de l'excès à l'excès, conscience physique de l'infini…

L'accrochage mêle époques, styles, œuvres connues ou pas, artistiques ou documentaires, érotiques ou pornographiques. ''Sade rencontre, révèle sinon aggrave ce qui agite l'expression plastique, résume Annie Le Brun. C'est-à-dire le désir et son pouvoir de métamorphose. Il incite à montrer ce qu'on ne peut pas dire.'' Voilà mille scènes de tueries, rapts et viols.

Les crimes abondaient déjà dans la mythologie de l'âge classique mais désormais l'homme seul en est responsable.

Orsay fait voisiner la Femme étranglée de Cézanne avec des photographies d'un tronc humain découvert dans une valise. Il montre une photo de torture dans un bordel 1900 et le tableau du même supplice enduré par sainte Agathe. Théâtre de la cruauté qui révèle l'infinie bestialité de l'homme.

Si les vices au quotidien dépeints par Teniers et la célébration des chairs par Rubens, seuls peintres dont Sade a fait mention, manquent à l'appel, Delacroix, Moreau, Böcklin, Von Stuck, Rops, Redon, Kubin, Picasso et Degas participent à une danse macabre et, donc, jouissive.

Guy Cogeval voulait ici un violent Botticelli, là une effroyable cire anatomique conservée à Florence. Il a dû s'arrêter. Sade n'enseigne-t-il pas que la frustration est le moteur des plus intenses créations ?

Qui sait quelle faim peut ressentir le visiteur qui sort, dans quel état, de l'exposition.

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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 09:00
Musée Jeanne d'Arc - Orléans (08/2014)
Henry Scheffer

Henry Scheffer

Charles dominique (dit Oscar) Lahalle

Charles dominique (dit Oscar) Lahalle

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 09:00

Je suis fait de douleurs, d'indicibles souffrances,

D'une sensation de vide impossible à combler,

De cris pour remplacer l'insupportable absence

Un champ où jamais plus ne poussera de blé.

 

J'avançais serein sur un chemin tortueux,

Tu étais là, présent, et moi j'étais ton ombre,

Allant où tu allais, si bête et si heureux,

Qu'importait les saisons, le soleil, la pénombre...

 

Ce qui vit doit mourir, le présent est factice,

À peine croit-on en lui que déjà il s'enfuit ;

Les projets esquissés dans les ténèbres glissent,

Reste le souvenir pour habiter mes nuits.

 

Il faut cicatriser, oublier me dit-on,

Comprimer la douleur en une boule acide,

Les contrecoups du chocs me font tourner en rond,

Hamster robotisé dans une roue avide.

 

Un jour je fermerais à mon tour les paupières,

Ferais rimer fou rire avec dernier soupir,

Je pourrai me glisser sous une couette en pierre

Et au cœur de l'obscur te reverrai sourire.

 

Je ne sais pas gommer les moments les meilleurs,

D'une vie qui connut tant de joie et d'écueils,

Qu'ai-je à faire d'espérer, de regarder ailleurs,

Je perdrais la raison plutôt que faire mon deuil.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 09:00

Jean-Pierre Melville – 1969

 

1942, la France est occupée et Philippe Gerbier, ingénieur, est arrêté par la police de Vichy puis interné. Il va être livré à la Gestapo à Paris pour y être interrogé mais parvient à s'échapper sur le chemin grâce à des complicités avant de partir pour Marseille où il dirige un réseau de résistance.

Il ne fait pas de doute qu'il a été vendu et l'enquête mené par Félix fait apparaître Paul comme le traitre. Celui-ci est capturé et conduit dans une maison vide pour y être abattu. Malheureusement les nouveaux habitants de la maison voisine pourraient entendre un coup de feu, l'étranglement est donc choisi. Ce qui ne va pas être sans poser de problème à ces hommes qui s'ils sont capables de tuer dans l'action semble avoir des difficultés à le faire froidement.

Félix vit mal cette exécution, dans un bar il rencontre un ancien camarade de régiment, Jean-François auquel il propose de s'engager dans la résiste. Celui-ci aime le risque, l'action, et s'ennuie. Il participera à plusieurs missions et à Paris rencontrer Mathilde, ménagère et rouage capital de l'organisation de Gerbier.

Entre temps celui-ci, à Lyon, prépare son voyage au quartier général de la France libre à Londres. Pour cela il doit monter sur un sous-marin anglais à En-Vau, dans la région de Marseille. Au dernier moment ils apprennent que le chef de leur groupe sera du voyage.

 

À Londres ils apprennent que Félix a été arrêté par la Gestapo, Gerbier décide de rentrer le plus possible et sera parachuté en Haute-Savoie. Un plan est mis au point mais il faut prévenir Félix. Pour cela Jean-François écrit une lettre anonyme pour se dénoncer en espérant être enfermé avec son ancien compagnon d'arme. Ce qui sera le cas, mais Félix après avoir été torturé est en mauvais état. Intransportable et condamné par ses nombreuses blessures il ne pourra être sauvé et Jean-François lui proposera une capsule de cyanure pour mettre fin à ses souffrances.

L'étau se resserre autour de Gerbier qui refuse d'embarquer pour Londres, il faut structurer la résistance et partir lui semble impossible. Dommage parce que pris dans une rafle il sera reconnu. Aidé par Mathilde et son équipe il parvient malgré tout à s'échapper et va se cacher dans une ferme abandonnée.

Plus tard ce sera au tour de Mathilde d'être arrêtée, la Gestapo trouvant sur elle une photo de sa fille lui mettra le marché en main : soit elle dénonce ses camarades, soit celle-ci sera envoyée en Pologne dans un bordel pour militaires en permission. Gerbier apprenant que Mathilde a été libérée alors que deux résistants ont été arrêtés décide son élimination. Laquelle interviendra dans une rue de Paris...

Un classique aussi réaliste que possible, d'après un roman de Joseph Kessel.

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 09:00

Le chemin est si court de la crèche au tombeau,

Quand bien même durerait-il plus de mille années.

Sitôt que nous pensons nous voyons le rideau,

Qui sur notre vie un jour devra être abaissé.

 

Pour ne pas y songer les moyens sont nombreux,

Les amis, le travail et surtout la famille,

Art, divertissement, à s'en emplir les yeux,

Pour oublier qu'on est debout comme des quilles

 

Attendant de chuter au premier coup du sort.

Pourquoi le redouter, il est inévitable,

Croyez-vous que l'on pourrait repousser la mort.

Au festin de Satan vous serez sur la table.

 

Une âme qui croustille est un met succulent,

Dont le feu des Enfers fait s'égoutter la peur

Tel un jus délicat, subtil et odorant,

Qui flatte le palais des meilleurs connaisseurs.

 

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 09:00
La Madeleine - Troyes (08/2014)
La Madeleine - Troyes (08/2014)
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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:00

Il n'y a pour eux ni abri métaphysique, ni consolation religieuse. Pour paraphraser Krauss nous dirions qu'ils ont creusé plus profondément que quiconque – sans jamais remonter à la surface. Seuls peuvent les entendre ceux qui vivent à l'ombre de leur tombe.

Mais est-ce votre cas ?

Sur son chemin de la philosophie des mathématiques deux hommes seulement sont en mesure de relever le défi lancé par Ludwig : Gottlob Frege à Iéna et Bertrand Russell à Cambridge. Le premier prétextera son âge pour éviter une confrontation qu'il pressent exigeante

 

 

 

Le second verra Wittgenstein frapper chez lui le 18 octobre 1911. Russell l'encouragera, mettant ainsi un terme, provisoire, à des années de doute, de solitude et d’errements. Ludwig pensant depuis longtemps qu'il était de trop sur cette planète et ayant honte de ne pas en voir tiré la conclusion logique. Il avouera plus tard que Russell lui avait sauvé la vie. Ce dernier considérera le jeune homme comme le fils qu'il n'a pas eu : J'éprouve pour lui la plus parfaite sympathie intellectuelle – nous avons la même passion, la même véhémence, le même sentiment qu'il faut comprendre ou mourir.

Wittgenstein est écartelé entre une conscience morale hypertrophiée et une (homo)sexualité qui le dégoûte et qui l'égare. Il vit dans le sentiment permanent d'être un ''maudit'' ; jamais il ne sera à la hauteur de ses idées ; il voulait être un génie, mais il n'a qu'un petit talent...

C'est avec la guerre que se poursuit l'enquête de Wittgenstein sur les fins ultimes de l'existence. Elle le conduira des fondements de la logique à l'essence du monde ; elle l'amènera à travers les frontières entre le dicible et l'indicible comme entre le tolérable et l'intolérable n'ayant pour l'accompagner que L'Abrégé des Évangiles de Tolstoï. Cette proximité de la mort que Schopenhauer place à l'origine même de la philosophie, Wittgenstein la vivra dans son corps pendant quatre ans. Il se portera volontaire pour les missions les plus périlleuses. Face à la souffrance qui jaillit des sources mêmes de l'existence, il n'y a qu'une attitude à adopter – non seulement regarder la mort en face, mais l'accueillir comme un bienfait.

Après la guerre Ludwig achèvera son Tractatus logico-pholosophicus, œuvre majeure du v(a)ingtième siècle ainsi présentée à l'éditeur Ficker ''Mon ouvrage comporte deux parties : celle qui est présentée ici, et tout le reste que je n'ai pas écrit''. Wittgenstein sera l'homme d'un seul livre, demeurant fidèle à l'éthique du silence que ce dernier instaure.

À la fin de sa vie il écrira : Je me sens un étranger en ce monde. Si rien ne vous relie à l'humanité ou à dieu alors vous êtes un étranger.

Au moins ai-je un point commun avec Ludwig !

Pour se fuir, ou se trouver, mais est-ce si différent, Ludwig travailla comme jardinier au monastère de Klosterneuburg, il s'essaya également au métier d'instituteur dans des villages reculés de la Basse-Autriche,il y apprit que tout ce que l'on fait pour autrui se retourne immanquablement contre soi.

De cela je suis donc à l'abri !

En Christoph Lichtenberg Wittgenstein trouva un frère en ironie, celui-ci n'est-il pas célèbre pour ses aphorismes tel : Une tombe est toujours la plus sûre forteresse contre les assauts du destin. Il fut également fasciné par Hamann, ami de Kant aux textes énigmatiques et par cette phrase : Seule la descente aux enfers nous ouvre la voie de l'apothéose.

Quand le dégoût de lui-même était trop fort Ludwig fonçait au cinéma, s'asseyait au premier rang pour s'immerger dans le film. Cela me fait l'effet d'une bonne douche disait-il, comme pour se décontaminer de cette façon.

Comme toutes les autres cette enquête ne peut finir que par la mort. Quand son médecin lui annonça qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre Wittgenstein fut soulagé. Lui le plus grand logicien du siècle n'était finalement qu'un pauvre diable, trop lucide pour vraiment aimer, incapable de briser le mur de son orgueil. Dans la nuit du 28 avril 1951 il dit à la femme du docteur Bevans qui l'avait accueilli pour ses derniers instants : Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse.

Je doute, le moment venu, d'avoir envie de dire la même chose !

 

Un livre dense et passionnant sur un homme qui l'était tout autant.

 

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 09:00

Roland Jaccard

Toute son existence Wittgenstein a cherché à comprendre ce que signifiait : être un homme ! Il l'a résumé en un mot : respect face à la folie. Respect de sa propre folie. Respect de la folie de l'autre. Et, surtout, il a compris que c'est en pensant des choses encore plus folles que les autres philosophes qu'on pouvait prétendre au titre de penseur. Il répétait volontiers : N'aie pas honte de dire des absurdités ! Tu dois seulement être attentif à ta propre absurdité. Détective hors pair dans le royaume des significations il fut un moraliste intransigeant dans les sables mouvants de la morale. Il fut surtout un homme qui ne s’accommoda de rien et opposa un refus intransigeant à tous les compromis qui permettent en général aux hommes de survivre en passant à côté de leur vie. Il affronta la sienne en choisissant toujours la position la plus inconfortable.

Par la figure de Karl, le père, nous comprendrons mieux le fils. Nous sommes en un temps où il y a des pères redoutables qu'il faut affronter si l'on veut devenir un homme. Peut-être faut-il les tuer et, quand on y parvient, se débarrasser de leur cadavre. Ce n'est pas une mince affaire. Précisons que le Karl en question est un des hommes les plus riches d'Europe, que sa maison est un palais où sont invités Brahms ou Mahler, y vivent, outre les parents de Ludwig, 7 frères et sœurs plus âgés, trois des fils se suicideront, probablement par incapacité à exister face à un père si puissant. Lui même vivra toute sa vie avec le suicide dans son ombre, imaginant que c'était la solution la plus convenable lorsqu'un homme cesse d'être à la hauteur de ses exigences morales. (Ce qui ne risque pas de m'arriver, je n'en ai aucune!). Souvent il disait : je suis un salaud. Plus que tout lui répugnait chez lui cette tendance qu'il éprouvait à nier les autres dans leur être, à faire comme s'ils n'existaient pas (comme si le plus souvent les autres n'étaient pas que leurs propres fantômes).

À 14 ans Karl envoie Ludwig dans un lycée technique à Linz pour qu'il échappe à l'influence de ses sœurs et marche sur ses traces. Ce serait arrivé si son fils n'avait fait une rencontre qui devait orienter sa vie.

Dans cet établissement Ludwig rencontra un autre adolescent lui aussi désireux de laisser son nom dans l'Histoire : Adolf Hitler ! Wittgenstein parlera peu de son ex condisciple, tout juste dit-il en 1945 ''On ne peut raisonnablement ressentir de la rage, même contre Hitler, encore moins contre Dieu''. Il lui arrivait d'exprimer l'idée que la bombe atomique était pour l'humanité un médicament amer mais salutaire.

Les deux hommes naquirent en 1889, à quelques jours d'écart, Adolf le 20 avril, Ludwig, six jours plus tard. Rien n'indique qu'ils aient sympathisé, ni même qu'ils se soient fréquentés, bien que le premier nomme le second dans Mein Kampf et y fasse référence dans un discours à Linz le 12 mars 1938.

En 1903 alors que le frère ainé de Ludwig se suicide un jeune juif viennois qui vient de publier Sexe et Caractère, sans grand succès, se tire une balle dans le cœur dans la maison où mourut Beethoven. Otto Weininger – espèce de double démoniaque, ou vision en négatif de Ludwig – sera un compagnon de vie pour Ludwig, qui lut son texte, comme le fit son condisciple déjà nommé, qui disait de Weininger qu'il était le seul juif qui eut mérité de vivre. Qu'en est-il de ce livre, plus d'un siècle après sa publication ? Ne l'ayant pas (encore) lu je ne peux avoir d'opinion, ni dire, avec Karl Krauss ou Wittgenstein s'il est l’œuvre d'un génie surtout animé par une haine de soi dont la violence, dont il se soulagea dans ce texte, fini par le pousser dans les bras de la mort, unique consolatrice possible. Karl Krauss dont Ludwig appréciait cette citation : Le diable est bien optimiste s'il pense pouvoir rendre les humains pires qu'ils ne sont. Ledit Krauss fut aussi comparé à Jonathan Swift pour cette déclaration qui pourrait s'appliquer à Ludwig : J'ai toujours eu horreur de toutes les nations, de toutes les professions et de toutes les communautés, et tout mon amour va aux individus […]. Mais avant toutes choses, je hais autant que j'exècre cet animal qu'on appelle l'Homme, bien que je puisse chérir de tout mon cœur, Jean, Pierre, Thomas et les autres. Du reste si Ludwig ne donna pas son argent aux pauvres c'est qu'il pensait que l'argent leur montait à la tête comme du mauvais vin. De même des idéaux philosophiques : il valait mieux apprendre à l'humanité à s'en passer plutôt que de l'enivrer de notions vide de sens.

Poursuivons avec cette autre citation, de Wittgenstein cette fois : Celui à qui le génie fait défaut n'a qu'à s'abstenir. Le génie est une forme supérieure de l'être, non seulement intellectuellement mais moralement. Weininger déjà met en garde Ludwig : il arrive plus souvent qu'on ne le croit que l'homme de génie ne veuille plus de son génie : il veut en lieu et place de cette exigence infinie le bonheur. La souffrance liée à sa conscience lui est insupportable. Alors il abdique. Wittgenstein n'abdiquera jamais. Il ne redoute pas la plus haute des solitudes : ce sont les hommes qui lui font peur.

Le suicide est le meilleur chemin pour perdre sa lucidité, parfois plus long qu'il paraît mais les rencontres que l'on peut faire en valent la peine. Paul Rée par exemple, ou encore Philippe Mainländer qui après avoir publié Philosophie de la délivrance, prendra congé d'un monde qui se confondait pour lui avec le cadavre d'un dieu qui se serait détruit par avidité de ne pas être. Wittgenstein appartient à cette famille spirituelle, comme Cioran après lui, comme Wilhelm Steinitz peut-être, implacable joueur d'échec qui fini en asile après avoir défié dieu, lui concédant même l'avantage d'un pion. La rencontre eut-elle lieu ? Il ne m'étonnerait pas que Steinitz l'ait remportée, quoi d'autre après ça ?

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 09:00

La terre est écœurée par tant de sang versé,

Écœurée d'être devenue un cimetière ;

Des héros il ne reste que des noms gravés,

Eux qui sont désormais aussi froids que la pierre !

 

Des coups de feu, des cris, et des corps dans la fange,

Mains farfouillant le sol cherchant un peu d'espoir,

Bouches grandes ouvertes, larmes et air se mélangent

En un nectar obscur annonciateur du soir.

 

Dans les tympans longtemps résonnent les canons,

Hurlements parcourant les plaines et les monts

Tels des cris infernaux poussés par cent démons,

Venus des pires enfers si pas de plus profond !

 

Tous ne vont pas mourir, aucun ne survivra,

Quand une âme est blessée la cicatrice reste.

La porte entrebâillée l'effroi s'empressera

D'envahir cet esprit comme une sombre peste.

 

Le dernier homme un jour devra creuser sa tombe,

S'y coucher face au ciel sans rien à redouter.

La Terre connaîtra le destin qui lui incombe

Et enfin découvrira le sens du mot : Paix.

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Publié par Lee Rony - dans Poésie
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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