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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 06:07

Heide nous fait la proposition de nous pencher sur l’œuvre d'Albert Camus au travers du livre de Michel Onfray L'Ordre libertaire – La vie philosophique d'Albert Camus. Je suis d'abord tenté de dire ''Onfray mieux de s'en dispenser !'' Vous savez combien j'ai le culte du jeu de mots, facile je le reconnais, par conséquent je n'en fis rien et me penchai sur ce livre qui nous présente Camus en commençant par une citation : Je demande une seule chose, et je la demande humblement, bien que je sache qu'elle est exorbitante : être lu avec attention.'' Dès lors il m'a paru convenable d'appliquer cette demande à ce texte de M.O. (mode opératoire (du tueur) dans les séries télévisées).

onfray l'ordre libert couve 2

Pauvre un jour, pauvre toujours ! Pourrait-on dire, mais avec une éducation apportant le cadre nécessaire à une vie digne de ce nom sous forme de qualités indispensables : droiture, courage, honneur, modestie et dignité. Je crains, pour parler de moi, de ne pas les avoir toutes, loin de là.

Michel prit l’œuvre de Marcel, ses biographies, correspondances et interviews, mit le tout dans un shaker et nous verse un cocktail à sa façon, du sucre en plus, du citron en moins, histoire que sa recette soit agréable pour tous.

Enfance à Alger, quartier de Belcourt ; mort du père lors de la bataille de la Marne, et la tuberculose qui frappe à sa porte et lui montre la fragilité de l'existence, l'importance de vivre l'instant autant que les livres dont l'oncle qui l'hébergea était friand. Du soleil de son passé Camus garda le goût de la lumière et la crainte de la fausse clarté parisienne où règnent quelques grands esprits, autoproclamés mais approuvés par quelques-uns : Sarte et De Beauvoir, que Onfray compare aux Thénardier de la philosophie, dictateur de la bonne pensée, fut-elle enlisée dans les sables de l'histoire. Mieux valait avoir tort avec eux que raison avec Camus (ce fut le cas aussi pour Raymond Aron). Il y a longtemps que j'ai fait mon choix ! Dommage que l'auteur gaspille tant de pages pour une controverse dont l'Histoire dira qui en sort vainqueur et qui y reste vaincu.

Onfray n'écrit pas une bio factuelle de Camus, qu'aurait-il à rajouter, mais suit la vie de ce dernier pour en extraire une substance philosophique oubliée sous la poussière des jugements hâtifs fruits d'une jalousie imbécile. Philosophie pragmatique, païenne et hédoniste, forcément, Onfray oblige, qui voit dans les textes de Camus des idées qui sont, me semble-t-il, plus les siennes, jusque dans la critique du marxisme, bourreau du socialisme.

Camus défendait la nature, la joie de vivre, le plaisir et la justice, encore qu'il plaçât sa mère au-dessus de celle-ci, manière de privilégier l'organique à l'intellectuel, de donner le dernier mot à l'opinion face à la réflexion. Rien n'interdit qu'un philosophe fut subjectif et impliqué dans sa pensée, preuve que celle-ci est vivante et non fruit stérile d'une cogitation masturbatoire.

Camus prendra-t-il place un jour au côté des ''grands'' philosophes ? Bien malin qui pourrait le dire, Onfray pense que oui, histoire d'y trouver un strapontin probablement, s'il croit mériter davantage je crains qu'il ne soit déçu.

Difficile de condenser près de 600 pages en quelques paragraphes. Comment être libertaire sans révolution, révolutionnaire sans violence et violent sans être criminel ? Nietzschéen de gauche, est-ce un pléonasme ou un contre-sens ? La raison hégélienne est-elle l'opposée de la vie ?

Comment comprendre une œuvre sans savoir qui la rédigea et quelles furent les bases fondatrices de ses réflexions ? La physique quantique nous dit que l'expérimentateur influe sur l'expérience, de même un philosophe ne peut s'abstraire de son enfance ni de son éducation, quand bien-même voudrait-il aller contre celle-ci ; une pensée ne vit pas plus sans son support d'expériences et de vécus qu'une plante ne pousse sans eau ni éléments organiques.

Finalement l'utilité de ce livre est de me donner envie de me plonger dans l’œuvre d’A. C. en respectant son vœu autant que faire se peut, avec d'autant plus de curiosité que sa vision de l'homme me semble aux antipodes de la mienne. Se révolter peut-il modifier le cours du destin où n'est-ce que lui obéir encore ? La justice est-elle plus qu'une idole, mieux qu'une déité aux yeux clos mais aux crocs avides ?

Un texte confortant mon opinion m'ennuie, autant manger de la paille. Rencontrer Camus au petit matin sur un pré, idée en main : un duel excitant, le soleil contre l'ombre. La puissance du premier renforce la densité de la seconde.

Chouette !

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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commentaires

denis 03/07/2013 19:38

très intéressant article
on a un peu le même ressenti : Onfray parle Onfray à travers la pensée de Camus
peu de révélations sauf comme j'ai dit dans mon article, l'attitude de Jean Grenier plutôt très à droite, mais qui a laissé son élève s'exprimer
les livres de Camus restent sa meilleure "arme pacifique" contre le temps

Lee Rony 07/07/2013 15:26

L'Histoire donnera à chacun la place qui lui revient, en occuper une (plus ou moins) grande au présent n'est pas signe que le futur en accordera une identique.
La preuve : la mienne est toute petite. Lol
Quoi que...

Coccinelle 02/07/2013 10:50

Bonjour Lee Rony, j'ai lu ton article hier (très bon article) mais j'ai ajouté ton lien à mon article ce matin. J'ai participé à ce Lundi philo mais sans lire la lecture commune. Je vois que ton blog a migré sur KiwiOB, alors ? Bonne semaine.

Lee Rony 07/07/2013 15:24

Ce qui me fait penser qu'il faut que je rajoute les liens moi aussi. Vivement le moyen d'arrêter le temps, sans s'arrêter soi-même bien sûr.

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