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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 06:17

 

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Deux hommes descendent d’une voiture, l’adresse est bonne, façade anodine, allée banale, nom sur une boite aux lettres. Au troisième. Ils montent, s’arrêtent devant la porte ornée d’une carte de visite. Un doigt hésitant se pose sur la sonnette.

- Elle est sortie.

- Pour aller où si elle n’est pas à l’école ?

Certains voyages, aller simple, se font sans bouger. Ils reprennent l’ascenseur, soulagés de s’éloigner tant ils étaient mal à l’aise.

Les élèves mal surveillés s’en donnent à cœur joie, énervés sans savoir pourquoi, ils se calment au retour des deux hommes.

Un mot inspire les enfants et relance leur activité : Police ! Ils ont besoin de se soulager d’une trop forte tension, tous, sauf une.


Trois policiers refont un trajet les menant devant une porte toujours fermée malgré leurs coups de sonnettes.

Pas question de repartir comme ça, c’est leur métier d’en savoir plus. La serrure d'un modèle banal ne leur résiste pas longtemps.

L'odeur qui les accueille les renseigne sitôt entrés.


Les enfants se précipitent quand la voiture des flics stoppe devant l’école ? Ils savent que quelque chose est arrivé à la directrice, c’est évident comme s’ils regardaient un téléfilm.

Et qu’en pensent les membres du corps enseignant ?

Quand pensent les membres du corps enseignangnant ?

Les rumeurs courent, simple de mélanger les nouvelles, n’y eut-il pas un triple crime il y a peu ? Personne ne sait rien mais cela n’empêche pas de parler, au contraire.

Avertir les parents pouvant venir chercher leurs enfants, surveiller les autres. Les enchaîner dit un instituteur.

N’y a-t-il pas une autre solution, plus efficace ?

Elle sourit en imaginant les gamins dans le décor d’un roman lu il y a peu, livrés à eux-mêmes, de quoi seraient-ils capables pour survivre ?

- J’habite tout près, le pont à traverser, je peux rentrer seule, merci.

Les personnages de ses rêves auront disparus à son réveil, un seul sera présent pour lui tendre les bras.

Le rêve chemine par l’après-midi, l’enquête sera un changement dans l’enchaînement des situations bornant le quotidien. Gentil songe. Pour son ultime vision il la gâte. Seule sa vérité importe, celle de son esprit. Ainsi les souhaits se réalisent-ils par l’imaginaire.

Attention pourtant, il est des rêves dont la fin n’est pas le réveil.

Bien au contraire.

L’enquête commence vite compte tenu de l’écho donné à ce décès, sans certitude qu’il s’agisse d’un crime. Un commissaire mène les premières constatations, interroge. D'abord déterminer la nature de l’acte. La porte était fermée de l’intérieur, une fenêtre était ouverte mais laissant une place si étroite qu’un être humain ne pouvait l’utiliser. Aucune trace d’effraction, de pas sur le balcon ni nulle part, les empreintes sur le rasoir en diront plus, surtout s’il n’y en a pas.

Du classique, son métier, ses relations amoureuses s’il y en avait, les voisins répondirent que ça ne semblait pas le cas, aucun homme, elle était chez elle chaque soir, les weekends, rien à révéler. Dommage !

Restait à voir le côté travail. Les collègues de la morte n’eurent rien à redire de leur supérieure qui faisait son métier avec conscience, pour ce qui était des relations avec les élèves et leurs parents aucune ne sortait du lot, sauf…

Oui, une petite fille que madame la directrice appréciait beaucoup. Une belle enfant trop solitaire. Tenez, hier, elles ont eu une grande discussion, elle en était revenue bouleversée, préoccupée. C’était peu pour justifier un homicide, restait qu’elle pouvait cacher une autre vie. Bien vite le policier en apprit davantage sur la victime, de son passé émergea une histoire étrange. Dans une autre ville une enfant s’était suicidée, mais des zones d’ombres stagnaient sur les rapports qu’il lut. Un mélange de religion, de relations trop intimes, des sous-entendus affirmaient que d’autres enfants… Rien n’était explicite. Cela pouvait être une vengeance tardive bien que le dossier précisât que la petite victime était orpheline et choisie pour cette raison. Le policier se fit une idée plus nette de cette femme protégée par sa hiérarchie. Depuis qu’il fréquentait les tréfonds de l’âme humaine il ne s’étonnait plus de rien, et encore moins du reste.

Entendre cette enfant ? Que faire d’autre lui répondirent ses adjoints, quoiqu’il faille découvrir.

Facile de la repérer, quand les autres discutent avec véhémence elle semble contempler un spectacle visible par elle seule.

Une enfant étrange, intelligente sans forcer mais bien distante.

Le policier l’observe, le soleil illumine ses cheveux, elle n’a pas besoin d’être brillante, elle est déjà lumineuse. Un mystère pourtant, lui qui a l’habitude d’observer, de sentir les gens perçoit en elle plus que ce qu’elle semble être. Impossible d’user de termes précis mais cela fait partie de ses qualités que de ressentir ce que les yeux ne montrent pas, ce qui se tient sous la surface de l’apparence.

Partisan d’une attitude franche il s’approche et s’appuie lui aussi contre la rambarde.

Elle ne bronche pas, l’a-t-elle seulement vu ? Il en douterait s’il ne sentait une grande attention présente près de lui. Sans la connaître il est impressionné, instinctivement.

Sa bouche se referme alors qu’il constate qu’il ne sait pas quoi dire.

- Je suppose que tu as ton… pardon, que vous avez votre opinion sur ce qui vient de se passer, et que vous le savez, les nouvelles vont plus vite que nous le voudrions.

Elle lève les yeux, distraite un moment, observe cette silhouette si différente de ce à quoi elle s’attendait.

- Ça n’a pas l’air de vous toucher.

Il s’attend à une réponse convenue, il a tort.

- Pourquoi le serais-je ?

La voix est à l’image de ce regard, franche, claire mais distante.

- Vous aviez avec elle des liens privilégiés.

- Elle en avait avec moi. Quand à la mort, nul n'en est exempté.

- Cela dépend de la façon dont elle se présente.

- La sienne fut anormale ?

Piégé !

- Oui.

- Violente sinon vous ne seriez pas là, si elle s’était faite écraser par un chauffard vous n’auriez pas d’enquête à mener. Votre présence indique qu’il s’agit d’un homicide ou d’un acte le laissant croire.

- Raisonnement imparable, vos professeurs m’avaient dit que vous aviez une intelligence hors du commun.

- Probablement se prennent-ils pour référence.

- Probablement. De quoi parliez vous ?

- De moi, elle me voyait spéciale, voulait me sauver. Comment, de quoi... Je ne me sens pas en danger.

- Avait-elle une arrière-pensée ?

- Je n’y ai pas réfléchi, cela c’est votre boulot, je suis une enfant.

- Hier elle semblait bouleversée.

- Je lui ai dit quelque chose semblant menaçant, la promesse d'un lendemain différent. Des mots venus comme ça, elle m’énervait à me suivre avec ses promesses fallacieuses de m’aider à me réaliser.

- Vous avez eu raison, le demain en question fut différent, pour elle.

- Intuition ? Possible, quand à en déterminer l’origine…

L’enquête intéresse de moins en moins le policier, banale histoire de remords venus un peu tard. Repensant aux mots de l’enfant la directrice fait le point sur sa vie, occasion d’une prise de conscience et puis le rasoir là, un souvenir, comme si elle avait déjà pensé l’utiliser comme clé vers un autre monde, un avenir différent. L’enfant l’intéresse davantage. Cette morte ne sera regrettée par personne, dans quelques jours ses collègues déballeront ce qu’ils pensent et l’odeur de poubelle atteindra son comble. Si quelqu’un s’était chargé de l’éliminer, bien qu’il n’y crut pas, pourquoi le retrouver.

Le rapport avec les crimes du quai ?

Aucun de visible.

- Vous ne voudriez pas en savoir davantage ?

- Non. Pourquoi toujours chercher une explication, la trouver n’est-ce pas s’exposer à de nouvelles interrogations ? Je viens de voir une image monsieur le policier, j’ai vu son corps dans son lit, j’ai vu du sang, une lame brillante, elle en train de crier en manipulant le rasoir.

- Le rasoir ?

- Oui, c’est en parlant que je viens de réaliser ce que c’était, ma bouche fut plus rapide que ma pensée. Intuition ? Médiumnité ?

- Elle s’est suicidée ?

- Je vous dis ce que je ressens, c’est un témoignage, pas une vérité.

Pourquoi ne pas se contenter des apparences ? Un état second, un cauchemar né de la culpabilité, des pulsions s’affrontent et pour s’en libérer elle utilise une lame d’acier.

- Je peux parler directement ?

- C’est le policier, qui pose la question ?

- Étrange ! Il y a en vous quelque chose d’intrigant. Je comprends cette femme. Moi aussi j’aimerais en savoir plus sur vous.

- Vous n’êtes pas censé courir après des criminels ?

- S’il n’y en a pas à saisir autant ne pas perdre mon temps, mais ne le dites pas à mes supérieurs. C’est un secret entre vous et moi.

- Promis.

- C’est à vous que je voudrais m’intéresser.

- Vous perdriez votre temps.

- Non, voyez, j’ai eu du mal à trouver que dire tout à l’heure, je vous sentais distante, les autres vous ennuie ?

- On s’habitue aux barreaux de sa cage, même si on ne les voit pas.

La phrase le touche ! Cette enfant lui procure une sensation proche du vertige, une attirance effrayante.

- C’est rassurant des barreaux, c’est protecteur.

- Sur le moment, ensuite, quand on veut retrouver sa liberté…

- La porte est souvent où on ne la cherche pas et rarement fermée.

- Mais avons-nous envie d’être libre, en avons-nous envie ?

- Vous êtes une intelligence étonnante.

- Je vous change de vos interlocuteurs coutumiers ?

- C’est le moins que l’on puisse dire. Moi aussi il m’arrive de faire preuve d’intuition. Un avantage quand je cherche des assassins. Je n’ai pas envie de vous dire que vous êtes belle, lumineuse, bien que je vienne de le faire, mais autre chose m’intrigue. J’ai opté pour ce métier par goût des interrogations, pour aller chercher derrière les apparences. Or je sens que derrière ce regard calme, ce visage clair se tient une personnalité complexe et solitaire.

- Dans une minute vous allez dire que vous me connaissez, me savez malheureuse et ce qu’il faudrait pour que je ne le sois plus. Je n’ai pas besoin d’ami, d’un confident, d’un guide, quel que soit le terme que vous choisiriez si je vous en laissais l’occasion. J’ai aussi dit à la directrice qu’il était trop tard. Tout cela est un rêve qui veut prendre le visage de la réalité, mais je le connais, je sais où il me guette. Il s’achèvera bientôt, rien ne peut l’empêcher ! Le réel des autres est cruel. Il vous pousse loin, chacun sourit, au dernier moment, tend la main sachant que vous ne pourrez la saisir, et rit encore plus fort. Ma réalité m’attend, je n’y serai plus seule, je ne le serais plus jamais, jamais. Il sera tout pour moi, il l’est déjà, presque. Vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes un fantôme, une ombre. Un piège tendu devant moi pour que je me laisse entraîner. Est-ce cela la vie ? Non ! Hallucination ! Le rêve est là, autour de moi, il se resserre pour m’étouffer, pour entrer dans ma tête et me convaincre. Qu’est-ce que l'esprit contre le cœur ? Il ne peut rien, le sait, sinon il ne tenterait rien d’aussi vain. Il s’amuse mais je m’en fiche, son rire finira en hurlements de rage impuissante. Vous êtes une tentative inutile, bien faite pourtant, mais les oiseaux ne sont pas vos amis, les arbres ne se penchent pas sur vous, les animaux du désert ne sortent pas du sable pour vous parler. Le vent ne vous murmure pas ses secrets, le plus beau monstre ne vient pas vers vous quémandant une caresse. Trop tard, eux tous me hélent mais le cheval qui m’emporte est trop rapide pour vous. J’ai tout connu, tout traversé. Le chemin est long et pénible qui mène hors de l’enfer, seule, une enfant ne peut le suivre, mais je ne le suis plus, mon guide prit ma main, ensemble nous atteindrons l’éternité. Il m’attend, je suis si proche de lui maintenant, bientôt dans ses bras, bientôt… Pantin dans un rêve de dément, voilà ce que vous êtes, levez les yeux, vous verrez les fils vous manipulant, vous faisant croire que vous êtes vivant. Vivre, penser, des mots, rien que des mots. Vous avez de la chance d’ignorer leur signification.

C’est la vie qui rêve, croyez-le, c’est peut-être vrai ! Continuez à le croire ce sera plus facile. Ne cherchez pas à comprendre, la réalité est introuvable. La chance est avec vous.

Vouloir, pouvoir, mots dont le sens vous échappent. Contentez-vous de leurs ombres, vous en êtes une ! Ce que vous voyez du réel est un reflet dans mes yeux. Je suis loin. Une apparence, désormais je ne serais que cela. Le terme du voyage est proche, au cœur d’un océan né de mes larmes attend la seule âme comprenant la mienne. En existât-il jamais d’autres ! La falaise a disparue, les doutes la peur sont vaincus. Il m’attendait sur le banc pour m’indiquer le chemin de ma, de nos vies. J’ai attendu, espéré… Le but est proche, il tient en un mot qui se murmure, qui fait battre mon cœur au rythme du sien. Il m’attend, m’entend. Un sentier sur lequel j’ai abandonné l’inutile. Un chemin qui se fait dans un seul sens. La vie atteinte comment reculer ? Le rêve disparaît, les autres… Quels autres ? Ils n’existent plus, ni leurs regards, ni leurs ombres. Quelques pas encore, j’entre dans l’eau, mes derniers pleurs ont noyé la falaise. Rêve est le nom qu’il m’a donné, Amour, le sien ! Quels noms sont-ils mieux fait pour s’assembler et défier la vie, la mort, le temps ? Deux noms qui ne seront jamais gravés dans la pierre. Il m’attend, ses bras se tendent vers moi, ils me serrent, plus de chagrin, de terreurs, de solitudes, d’attentes vaines. Plus que la vie, la vie, la…

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