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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 05:43

     

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L’envie suintait de lui comme d’une éponge gorgée d’un liquide trop sombre pour être de l’eau.

- Cet endroit aurait pu servir autrement, en démonstration. Imaginons un petit délinquant, sa carrière commence par un acte anodin, pour le convaincre de respecter les lois il suffirait de le conduire ici, de lui présenter ce spectacle en précisant qu’à persister il changerait de côté de la vitre. Je suis certain qu’il aurait montré par la suite une honnêteté à toutes épreuves. Tenez, je devine que cette idée fut envisagée, commentée, avant d’être repoussée, agir ainsi aurait eu un tel effet dissuasif qu’il n’y aurait plus eu personne pour se retrouver là. Ce lieu n’existe que pour ce qui se passe ici, son coeur et son âme.

- Le secret est bien gardé, rares sont les personnes au courant. Les gardiens, mais ce mot est mal choisi, sont des prêtres.

- Prêtres de quel culte, le connaissent-ils, en ont-ils envie ?

- Diaboliquement diabolique.

- N’est-ce pas ? Ce lieu a-t-il un nom ?

- L’Antichambre.

- Jolie périphrase, signifiante.

- Nous nous comprenons.

C’était vrai, nous étions d’accord.

L’Antichambre : Promesse, menace… Si la première était la pire ?

 

Ma couche est dure, je m’y sens bien, elle se fait oublier, la pierre m’accepte. En moi flotte un voile d’angoisse agité par le vent d’une excitation montante, mon esprit frémit de dégoût, et plus encore de constater qu’il aime ça, ce n’est pas une surprise si je veux me souvenir du passé, de ce que ...

Ainsi mon destin est d’être dévoré, de devoir lutter pour quelques heures de plus. Après tout, par des vers ou humains... C’est puéril, ridicule, trop simple. Il a suffit d’une vitre pour que la civilisation croie avoir progressé, laissant derrière le verre ce qu’elle renie et redoute. Cela ne la protège pas, au contraire.

Conserverais-je assez longtemps ma lucidité pour résister à l'envie de m'abandonner à l'instinct ? La pensée est malédiction, damnation. Voilà le mot ! Je suis maudit. Je suis, mot dit !

Et j’aime ça.

Il n’y a qu’un moyen d'échapper à la démence, c'est la folie. Je comprends mal ces mots mais je sais qu’ils expriment la réalité, bientôt je saurai, il n’y aura pas d'ensuite à vivre avec.

Avant de m’allonger, j’ai mangé. Reconduit j’ai découvert des aliments sur le sol, viande et légumes sur une tranche de pain. Je n’ai rien laissé et tant pis si ces aliments profiteront bientôt à d’autres. Mordant je me vis devoir me nourrir d’autre chose. Une seconde d’hésitation et j’ai laissé l’avenir où il se trouvait, dans l’inexistence. J’ai découvert également de quoi écrire, de l’encre, du papier, une plume, me retournant pour interroger mon guide je n’ai vu qu’obscurité.

J’ai mangé voracement. Je relate ces moments, témoignant sans savoir pour qui. Sûr que nul avant moi n’eut cette offre. Encouragement ou prime ?

Sommeil sans rêve, réveil, à nouveau des aliments ainsi que des cubes de glace, ils ne veulent pas me donner un gobelet, pas non plus me déshydrater, parfait.

 

Je reprends la plume après un petit voyage. Le couloir étant éclairé, je m’en suis approché. Personne, je me suis enhardi. Une promenade qui ne m’appris rien, des couloirs, des couloirs et encore des couloirs avant de retrouver mon antre.

Détail : je n'avais vu aucun angle, sûrement pas un hasard.

 

Des jours, des nuits, mots qui n’ont plus de sens mais que je conserve pour me comprendre. Des appels, si le labyrinthe s’offre à moi ce n’est pas pour rien. L’absence de découverte est de ma faute. Qui éclaire, qui m’attire…ou quoi ? Attendant depuis combien de temps, si ce mot a un sens pour…Cela !

 

Le rythme du temps est hypnotique. Le quotidien disparaît, je retrouve ce que je ressentais jadis. Écrire fut longtemps mon activité principale, une menace pour la société alors que mes textes me paraissaient anodins. Signe que d'autres lisaient par-dessus mon épaule et qu'ils souhaitent le faire encore.

 

Cette fois c’est la fin, bientôt il me faudra partir.

 

Une nouvelle fois la lumière m'attira, habitué, mon esprit ne fit plus attention au décor immuable. Mais je fus surpris quand en me retournant après une heure de marche je découvris l'entrée de ma demeure. Cette fois le rituel allait être brisé.

 

Un nouveau demi-tour, devant moi une ouverture sombre, je m’en approchai, au moins voir ce qui s’y trouvait. Impossible, les ténèbres refusaient la lumière, ils acceptèrent mon corps et je me retrouvai dans un tunnel. Les murs n’étaient pas lisses comme au-dehors, travaillés par d’autres mains peut-être. J’étais là, autant avancer, ce que je fis jusqu’à un escalier, le premier, une rupture avec le reste de l'édifice.

Je crus que la descente ne cesserait jamais jusqu’à ce que je trébuche sur le sol tant mes jambes avaient pris le rythme des degrés. Une nouvelle salle, gigantesque à en croire les échos de mes pas. Quelques secondes d’arrêt, sans bouger les pieds je tournais la tête jusqu’à m'adapter à une infime luminosité qui me suffit pour visualiser l’endroit où je me trouvais, une caverne phénoménale semée de piliers colossaux, je devinai qu’en les prolongeant ils déboucheraient dans la salle que j’avais traversée une fois les portes d’argent passées.

Sans le savoir, le vouloir, j’avais découvert ma destination.

Je me mis en marche jusqu’à distinguer un mur blanc devant lequel je m’arrêtai, ce que je ressentais était si violent que je ne pouvais douter avoir trouvé le secret qui m’avait appelé.

En tremblant je touchais cette surface étrange, elle n’était pas lisse, plutôt parcourue de reliefs doux, non, ce n’est pas ça, c’était comme un cocon, une boule constitué d’un fil…

Je posai mes mains, l’émotion fut intense, de prodigieuses visions envahirent mon esprit. J’eus froid, puis chaud, j’entendis un vent que je ne ressentis pas, des bruits étranges, des sons gutturaux, des cris qui me semblèrent ordonnés, maîtrisés, je n’étais plus dans une caverne mais ailleurs, je ne sais où, entouré de sphères qui me parurent minuscules alors que je les sentais immenses. L’air me manqua, au moment de m’évanouir je perçus au cœur du tumulte les éclats d’un rire indicible qui me secoua sans que je puisse lui résister.

Ensuite ? Je ne sais pas ! J’ai rouvert les yeux dans ma cellule. Tait-ce un songe ? Tout semble l’affirmer, c’est peut-être la vérité mais qui sait ce que montrent les rêves ?

Écrire, vite, les mots m’échappent, je ne sais plus les utiliser tant ce que je voudrais décrire dépasse mon savoir, mon expérience.

Ce n’est pas de la peur que je ressens, pas seulement, du trac, de l’appréhension, comme avant un examen.

Que puis-je gagner ?

Mon guide m’attend, quelques mots encore, Un adieu ? A qui, à quoi ? Le monde est loin, les autres ne me ressemblaient pas, ou était-ce l’inverse ? Trop à dire, pas le temps, l’éternité serait insuffisante pour expliquer, eux, comprendront-ils ?

Une ultime faveur, j’ai envie de… Je ne sais plus, trop tard pour vouloir, je suis secoué par trop d’émotion, trop de violence.

Le gouffre est tentant, sauf si la chute ne doit jamais cesser.

Je laisse ces pages derrière moi, avant de disparaître.

 

Il m’attend !

Je me sens sourire, c’est bon signe.

 

Mais pour qui ?

 

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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