Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 07:46

Sonia Greene fut l'unique épouse, au moins au sens légal du mot, de Howard Phillips Lovecraft avec qui elle vécu quelques temps à New York. Elle était donc en mesure de donner son opinion sur le maître de Providence, du moins sa vision de l'homme tel qu'elle le connût. En quelques lignes elle présente les ancêtres de son époux tel que celui-ci les lui présenta, insistant sur son hérédité maternelle composée de juges, ministres, philanthropes ou enseignants. Il aurait même eu un officier de marine pendant la Guerre d'Indépendance, Abraham Whipple, et un autre parmi les signataires de la Déclaration d'Indépendance : Stephen Hopkins, gouverneur du Rhode Island.   Lee Moyer Design

De l'ancienne fortune de la famille Phillips ne restait que vingt mille dollars, partagés entre les trois membres restants de la famille. Le foyer familial avait dû être vendu et pour le petit Howard c'était un tel déchirement qu'il y retournait souvent pour s'asseoir sur l'escalier du porche. Dans cette maison, la nuit de Noël, les domestiques venaient dans le salon et entonnaient des chants avec la famille. Le jeune Lovecraft fut bien forcé de s'habituer à sa nouvelle demeure d'Angell Street.

Howard ressemblait à sa mère, tous les membres de la famille avaient cette mâchoire large et proéminente, plus petite chez les femmes qui, elles aussi, présentaient une lèvre supérieur fine. Il n'alla pas à l'école, sa mère se chargeant de lui apprendre à lire et à écrire. Fragile il ne participait pas aux jeux des autres enfants, et dut quitter l'école pour profiter d'un précepteur, circonstance qui favorisa son repli sur soi. D'autant qu'il fit montre d'une intelligence précoce et d'un goût pour la rêverie. Sa solitude l'amena à se tourner vers les livres, la maison n'en manquait pas.

À ce détail près voilà une enfance qui m'en rappelle une autre.

Il entra néanmoins au lycée mais ne put fréquenter l'université bien que ses connaissances dépassassent celles de la majorité des étudiants. Les chiens n'avaient pas sa faveur, il leur préférait les chats, pour tout dire la gent féline avait sa préférence face à l'humanité. (là nous divergeons sur notre espèce préférée !)

Abstraitement, selon Sonia, HPL haïssait l'humanité. Il avait déclaré une fois ''il est plus important de savoir ce que l'on hait que de savoir ce que l'on aime'', il vaut mieux être mort que vivant, l'idéal étant de n'être pas né du tout. Qu'il est bon d'être dans cet heureux état d'inconscience qui précède la naissance. 

Leur vie commune à New York fut possible grâce au travail de Sonia. Considérant qu'il était un génie et qu'elle avait la chance de le décharger de toute responsabilité. Son travail rapportait peu à Lovecraft, pourtant quand il vendit un bon prix son travail pour Houdini il insista pour que cet argent fut consacré à l'achat de l'alliance de sa future femme. Celle-ci fit le maximum pour le mettre à l'aise, qu'il se sente le ''maître de maison''. Elle souligne combien il avait fini par détester New York et ses hordes d'étrangers.

Lors de leur union Howard était maigre et Sonia fit le maximum pour qu'il se remplume, ce fut facile tant il appréciait le sucre, et le citron, ne buvant du thé que pour eux. Par la suite il est probable qu'il en revint à ses privations habituelles, et pas toujours pour raison financière.

Sonia évoque sa vie, son origine russe, blanc, son arrivée aux états-unis en passant par l'Angleterre, puis son mariage avec monsieur Greene, lequel mourut en 1916, la laissant donc veuve, jusqu'à sa rencontre avec HPL.

Leur rencontre avait eu lieu en 1921 à Boston lors d'une réunion de journalistes amateurs, bien vite elle fut attiré par Howard et constata rapidement quels complexes entravaient celui-ci. Elle décida donc de tenter de les réduire tout en lui permettant d'affirmer son talent littéraire. C'est elle qui fit le premier pas, s'ouvrant de ses sentiments, par lettre interposée. Howard lui répondit favorablement et leur relation prit un nouveau tour. Ils en vinrent à envisager de vivre ensemble, même de se marier, et plusieurs de leurs amis voyaient leur relation d'un bon œil. En 1924 Lovecraft vint s'installer à New York et ils se marièrent, civilement puis religieusement à l'église Saint Paul.

Finalement Howard dut quitter Brooklyn qu'il ne supportait plus et retourner à Providence, leur relation se distendit et quand Sonia souligna qu'un mariage impliquait une certaine proximité physique il voulut la convaincre du contraire, la correspondance pouvait maintenir le lien selon son point de vue.

Que son épouse ne partageât pas. 

Finalement le divorce survint en 1929, mais leur correspondance se poursuivit, bien que se raréfiant. Ils se retrouvèrent quelques temps plus tard quand elle l'invita à le rejoindre dans la splendide cité de Farmington, dans le Connecticut, où elle était en convalescence. La Nouvelle Angleterre plaisait beaucoup à Lovecraft et ils passèrent d'excellents moments à visiter les nombreux monuments de la région. Le soir Howard refusa de l'embrasser...

Pour se présenter à la jeune femme il lui avait suggéré de lire les Private Papers of Henry Ryecroft, de George Robert Gissing. Ryecroft s'y présente ainsi : ''Je ne suis pas un ami du peuple'', ''En tant que force qui donne le ton de notre époque, il m'inspire de l'inquiétude et de la peur ; en tant que multitude, il provoque en moi un mouvement de recul , et finit même par m'être odieux […] que ce soit bien ou mal c'est ainsi que je le ressens.'' Il poursuit : ''Mentalement et physiquement je me sens plus vieux que mon âge'', ''Le mieux est peut-être de lire sans arrêt afin que notre futile personnalité finisse par se fondre dans l'activité d'autres esprits''. Quelques citations convenant à HPL.

Howard, sans qu'il eut un esprit religieux, possédait un code moral élevé, sauf en ce qui concernait ses semblables bien que dans une lettre à sa future épouse il expliquait les raisons pour lesquelles il fallait se montrer bienveillant, humain, juste et charitable.

Malheureusement SG brûla une malle pleine des lettres que son mari lui avait écrit au fil des années, que de renseignements se sont irrémédiablement partis en fumée qui nous eussent renseignés utilement sur lui, ses états d'esprits et opinions.

Les opinions xénophobes et/ou antisémites, les juifs avaient substitué une religion insipide à la belle civilisation païenne, sont aussi rapportés par Sonia qui rappelait à son futur mari qu'elle même était juive, comme quelques-uns de ses amis qu'il appréciait beaucoup et aidait autant qu'il pouvait, que ce soit Samuel Loveman ou Robert Bloch. Sans doute est-ce de ne pouvoir supporter les ''autres'' qui convainquit Howard de rentrer chez lui, de retrouver le cocon protecteur de son monde, et qui mit fin à son mariage, alors qu'il e le souhaitait pas et aurait préféré que Sonia vint s'installer dans sa ville.

Elle conclut ainsi le portrait de son mari : Je ne pense pas exagérer en disant que Howard possédait les capacités et la personnalité d'un génie bien supérieur à celui qu'il a effectivement laissé se manifester au cours de sa vie. 

                                     Florence Greene

Maintenant que les ans ont passé, je suis persuadée qu'il va devenir, pour de nouvelles générations de lecteurs, une figure légendaire et mystérieuse. L'ironie du sort a voulu que Lovecraft ne puise pas de son vivant profiter des fruits de son travail , pas plus sur le plan financier que sur celui de la célébrité littéraire.

Je fus à l'origine de cette image de ''Socrate et Xanthippe'' que l'on nous accola car, au fur et à mesure que notre correspondance devenait de plus en plus intime, je trouvais en Howard un certain génie et une sagesse socratique, alors  que je me reconnaissais plutôt dans le côté badin de Xanthippe.

C'est cela que j'avais senti en lui et j'espérais alors développer davantage ses qualités humaines en le poussant sur le chemin du véritable amour. J'ai peur d'avoir été trop optimiste et trop sûr de moi, comme lui, d'ailleurs. J'ai toujours admiré les capacités intellectuelles plus que n'importe quoi d'autre (peut- être parce que j'en manque moi-même) et j'espérais aussi sortir Howard des profondeurs abyssales faites de solitude et de complexes au fond desquelles il était plongé. Malgré le grand nombre de ses correspondants et des personnes qu'il rencontrait, c'était quelqu'un d'extrêmement solitaire. J'avais espéré, peut être trop présomptueusement, que mon affection ferait de non non seulement un grand génie, mais aussi un amant et un mari. Alors que son génie se développa et sortit de sa chrysalide, l'amant et le mari restèrent toujours à l'arrière plan et leur image s'estompa petit à petit pour finir par disparaître.

Bien que je ne sois pas sa veuve, c'est avec tristesse et respect que je déplore la mort prématurée d'un grand génie et d'un esprit remarquable.

Puisse Dieu, auquel il croyait si peu, lui accorder le repos de son âme. 

Pour ajouter une précision que Sonia ignorait, c'est qu'elle fut bien la veuve de Lovecraft, leur mariage ne fut jamais dissous, Howard n'ayant pas signé les papiers nécessaires. Il n'en reste pas moins que son témoignage est indispensable à tout lecteur du Maître de Providence. Si vous n'en avez pas eu la possibilité j'ai tenté ici de le condenser. Une trentaine de pages résumées en moins de quatre, il y a donc des pertes mais j'ai essayé de conserver le plus important. Pour répondre à Sonia, c'est vrai qu'elle voulut, un tropisme féminin dirais-je, changer son époux, et n'y parvint pas, auquel cas il n'est pas dit non plus que leur union eut put être pérenne. Le succès aurait-il aidé Lovecraft à se faire à sa nouvelle vie dans un nouvel endroit ? La question restera sans réponse.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Lire au nid
  • Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Pages