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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 08:07

''La plus ancienne et la plus forte émotion de l'humanité est la peur, et la plus ancienne et la plus forte des peurs est celle de l'inconnu''.

C'est avec la première phrase de Épouvante et surnaturel en littérature que Robert Bloch entame sa présentation de celui qui fut son mentor et son correspondant pendant les premières années de sa vie littéraire. 

Faute d'être connu, et reconnu, de son vivant, Lovecraft attira autour de lui un cercle d'auteurs qu'il conseillait et qui utilisèrent et prolongèrent son univers. Tous les critiques ne reconnaissent pas le talent, ou le génie de HPL, ainsi Edmund Wilson dans le New Yorker en 1945 l'accusait de ''mauvais goût et de mauvais art''. Ted White, ancien rédacteur-en-chef de Amazing et Fantastic affirma que son type d'écriture était ''maladif'' et ne pouvait provenir que d'un esprit ''malade'', suggérant que cette affection se prolongeait dans les textes de Howard.

Allusion probable au style de vie de l'auteur et Bloch s'interroge sur l'utilité de regarder une vie avant de juger une œuvre. Faut-il chasser de nos bibliothèques les livres de drogués, d'alcooliques, d'obsédés sexuels et autres victimes de psychoses ? Auquel cas nous perdrions Poe, Hawthorne, Maupassant, Kafka... la liste des auteurs et de leurs ouvrages condamnés sous prétexte de non respect des bonnes mœurs serait longue.

Pour en revenir à Lovecraft, il ne buvait pas, ne fumait pas, ne se droguait pas et sa vie sexuelle se résuma en un bref mariage.

La beauté est dans l’œil du spectateur, dit-on, la maladie aussi, l'observateur ne comprend pas qu'il a devant lui un prisme d'idées reçues et de convictions réductrices qui l'amènent à condamner ce qui diverge de ses dogmes et certitudes.

Que faudrait-il penser des mondes d'Alice, du Pays d'Oz, du mondes des Hobbits ? Leurs créateurs devraient-ils être honnis pour les avoir engendrés ? Cela sans évoquer Mary Shelley ou R.L. Stevenson, faut-il souffrir d'une maladie mentale pour imaginer une invasion extraterrestre comme HG Wells ou concevoir un futur aussi sombre que Aldous Huxley ? Encore que pour ce cas il s'agissait plus d'anticipation que d'imagination !

''Malade'' ou saine, une activité créatrice est le produit d'une imagination individuelle, colorée par un point de vue unique, une attitude personnelle envers la vie. Et elle semble générée par un intense désir ou un besoin de communication avec les autres. La plupart d'entre nous satisfont ce besoin de manière simple. Ceux qui ont n physique agréable et les gens ''agressivement'' énergies éprouvent rarement le besoin de venir ''créatifs'' pur se procurer les récompenses de notre société.

Si personne ne répondait au besoin d'un enfant d'attirer l'attention – si personne ne répondait au cri de ''Regardez-moi ! '' – alors peut-être celles-ci devaient-elles être remodelées. ''Regarde mes dessins'', ''écoute ma musique, écoute mon histoire''. Dans ce contexte tous les auteurs peuvent être qualifiés de ''malades'', y compris ceux qui assument le rôle supérieur de critiques. Les artistes créateurs ne sont pas tous dénués de beauté ni de charme mais pour une raison ou une autre la plupart possède ce sentiment d'inadaptation ou d'insécurité, depuis ceux qui décorèrent les murs des cavernes pendant la préhistoire, jouaient sur des instruments primitifs ou s'accroupissaient pour raconter des histoires.

Printemps Lovecraft

Lovecraft était un enfant maladif et studieux, un adolescent dont la propre mère lui répéter qu'il était laid, il devint un jeune homme incapable de plonger dans ce monde de féroce compétition économique avec ses pairs. L'écriture résolut son problème de communication en lui permettant de se faire remarquer.

Longtemps il rédigea pour des journaux locaux des essais scientifiques et littéraires avant d'en venir à sa propre fiction et s'il ne connut pas le succès mérité il put affirmer, jusqu'à y croire, qu'il méprisait la réussite commerciale.

Les récits de HPL sont pleines de ses goûts et aversion, pour la seconde, le froid, les odeurs de poissons, la musique abstraire, pour les premiers, les chats, particulièrement, et l’Angleterre.

Son auto représentation en vieil homme peut traduire une interrogation vis-à-vis du vieillissement de la dégénérescence. Son œuvre est pleine de vieilles demeures, d'antiques tombeaux, tous hantés de secrets terrifiants. Si son amour de la science l'amena à rédiger des contes de ''fiction spéculative'' pour être publié dans des revues de science-fiction il le fut davantage dans Weird Tales, dédiée au fantastique alors que nombre d'histoires s'appuient sur la science mais avec une forme de terreur ou d'angoisse. Chez Lovecraft pourtant il est plus question d'ignorance de certaines lois de la physique, de mutations biologiques, que de sorcelleries ou d'invocation diabolique.

Politiquement Lovecraft peut être qualifié de raciste, un terme qui n'était pas péjoratif à l'époque, encore moins dans son milieu et pour quelqu'un ayant eu son éducation. Il dénonça longtemps l'invasion d'étrangers menaçant un style de vie ''purement'' américain. Pourtant à sortir de chez lui, à avoir des amis, une épouse, il en vint à moduler son point de vue, un décès précoce l'empêcha d'évoluer plus encore et de réagir aux exactions du national-socialisme.

Son œuvre doit autant à d'autres auteurs, Arthur Machen par exemple, qu'à ses propres rêves mais le Mythe de Cthulhu est une création dépassant toutes les autres, générant une descendance qui se poursuit aujourd'hui.

L'univers de Lovecraft eut pu disparaître avec lui, mais le ''cercle lovecraftien'' était là, actif. Faute d'être entendus par des éditeurs August Derleth et Donald Wandrei créèrent Arkham House et annoncèrent la publication de The Outsider and Others. Ce ne fut pas un succès immédiat... ce qui n'empêcha pas la parution d'un deuxième volume Beyond the Wall of Sleep, suivi d'autres incluant de nouveaux écrivains.

Derleth était connu pour ses pastiches de Conan Doyle, il en fit de même pour Lovecraft avec moins de réussite. Il avait les notes, il ne sut pas écrire la musique.
 

                                 HPL en compagnie de Frank Belknap Long - 11 juillet 1931

La peur est donc l'émotion la plus ancienne et la plus fort. Au début du XXème siècle le monde semblait dominé par le matérialisme et la certitude que la science savait tout expliquer. Les avancées de la physiques et la Première Guerre mondiale prouvèrent qu'il n'en était rien. La peur ne faisait que dormir, tel Cthulhu, n'attendant pour revenir qu'une position favorable des étoiles. Vinrent ensuite la grande crise de 29, puis la Seconde Guerre mondiale. Non, la science n'est pas salvatrice, elle n'est qu'un moyen, tout dépend des esprits qui l'utilisent, et ceux qui en ont la compétence ne sont pas forcément amicaux envers des humains qu'ils ne considèrent pas tous comme des frères.


Les écrivains d'horreur le font, en général, pour exorciser leurs peurs. Dans l'enfance ils sont souvent dotés d'une imagination hyper-active et traduisent leurs effrois enfantins sous forme de fiction écrite, souvent de manière superlative. Lovecraft n'échappa pas à ce tropisme et ses premiers textes se veulent descriptifs par l'usage exagéré d'adjectifs au lieu d'être suggestif. Heureusement son style changea pour gagner en simplicité, et en efficacité. Ses histoires montrent souvent un homme disposant d'un savoir qu'il veut partager, sachant celui-ci mortel pour lui mais qu'il est trop tard pour modifier son destin. Le rédacteur d'abord doute de ce qu'il raconte, de ce qu'il a vu, vécu, et puis, la narration avançant il doit accepter que son expérience est réelle.

Écrire c'est souvent s'inspirer de ce qu'on lut dans ses enfance et jeunesse, c'est reproduire des situations violentes, primaires, riches en sérial-killer sanguinaires mais intelligents.(?) Nourri de littérature classique Lovecraft put produire une œuvre se dégageant des habitudes de son temps, du goût d'un lectorat nourri de brutalité et de simplicité. Ainsi, incompris de celui-ci put-il s'inscrire dans le temps pour en trouver un autre, plus réceptif.

Au moment où Lovecraft l'a créé, le Mythe de Cthulhu et sa menace des Anciens Dieux revenant conquérir la Terre pouvait aisément être considéré comme une fable paranoïaque sur l'avenir. Aujourd'hui une suspicion grandissante mène à croire que cet avenir deviendra peut-être notre présent.

Si tel est le cas HPL nous a vraiment légué un héritage d'horreur. 

Ce n'est là qu'une brève (si,si!) présentation du préambule rédigé par Robert Bloch en 1986 au livre de Frank Belknap Long. Il est court et passionnant mais je dois m'arrêter pour vous laisser le plaisir de le découvrir.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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