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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 08:26

Historia Spécial – Janvier_Février 2016

 

Philippe Charlier

Ce simple mot suffit pour que vous voyiez un être errant, mort mais animé encore d'une inextinguible faim de chair humaine vivante. En réalité, si l'on peut dire, il trouve sa naissance dans le vaudou, lequel a sa source sur le territoire haïtien. Île où trois cultures se rencontrent, négro-africaine, précolombienne et française. Son origine viendrait de nzambi (dieu) et zumbi (fétiche), en langue trilouba (bantoue).

 

Au-delà de l'effroi à leur vision, les zombies sont des êtres condamnés par des sociétés secrètes (Chanterelle, Bizango, etc.) puis drogués, principalement avec de la tétrodotoxine (tirée du fugu). La victime semble morte alors qu'elle est en catalepsie. Enterrée de jour, elle est exhumée la nuit suivante pour ''vivre'' sa nouvelle existence.

Pour l'attirer hors de sa tombe, le bokor (sorcier vaudou), ou ses aides, utilise un éléments spirituels de la victime et conservé dans une bouteille. Le bokor, donc, au pied de la tombe avec ladite bouteille, fait se lever l'individu. Celui-ci doit être aidé, les servants du sorcier tirent le cercueil du caveau puis le place la tête en bas pour que le sang afflue au cerveau, après quoi ils sortent le corps, le frictionnent pour détendre les muscles et aider au retour veineux. Enfin ils lui font boire une potion à base de feuilles de concombre zombie trempées dans du clairin (alcool fort), ou respirer la fumée des mêmes feuilles brûlées à ses pieds. Le zombie est ensuite aspergé avec de l'eau glacée puis violemment fouetté pour éveiller ses sens et stimuler son système nerveux afin qu'il soit capable de marcher. Un bâillon l'empêche de crier. Ensuite un condeur (ou conducteur) l'enveloppe dans un linceul, lui noue une corde autour de la taille et l'emmène chez le bokor.

Le zombie représente l'idéal de l'esclave, il se place au service de celui qui a commandé l'acte de zombification. Il se retrouve dans un champ de canne à sucre ou comme gardien d'une maison pour surveiller les murs ou les habitants. Son alimentation est surveillé, il mangue sur des feuilles de banane, comme les anciens esclaves, l'alcool lui est interdit, comme toute substance qui pourrait le réveiller. Le processus de zombification associe réel et symbolique. mélange difficilement compréhensible pour les occidentaux qui se concentrent sur l'action chimique au détriment de l'autre, ne voient que l'impact physique en mettant de côté l'esprit du zombie pour qui exister en tant qu'individu était déjà difficile puisque sans attache culturelle ou environnementale.

L'esclave, arraché à sa terre natale, voit se rompre la chaîne symbolique le reliant à sa famille, son pays, ses ancêtres, ses croyances. Le culte des morts (guédé) est capital dans le vaudou haïtien ; les esclaves y sont attachés dès leur inscription dans le système dominguois, il comble une absence et réstitue à l'individu des racines propres.

Le système esclavagiste prétendait destituer les noirs de leur humanité, petit à petit ils élaboreront leur propre religion, imaginaire radical et lien communautaire réel. Le baptême imposé par les colons français fut reconverti en une porte d'entrée aux rituels vaudou, mais l'influence du catéchisme, obligatoire, se fera sentir dans le syncrétisme entre chrétienté et religions d'Afrique noire.

Les zombies ne sont attesté qu'en Haïti, ''fossiles vivants'' d'un esclavage pas tout à fait aboli.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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