Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 08:20

Historia Spécial – Janvier_Février 2016

Hugues Demeude

Le vampire, au XVIIIe passe pour responsable des calamités qui s'abattent. En 1732 les morts-vivants fascinent l'Europe. Éclairés ou crédules, les esprits sont hantés par la croyance aux êtres maléfiques qui sucent le sang des vivants pour tenir la mort à distance. Parler de psychose collective serait exagérée mais on en est pas loin, d'autant que ces créatures à l'époque n'ont pas, dans l'imagerie populaire, l'aspect ''classe'' qu'elles eurent par la suite. Pas de beau brun aux yeux fascinant et à la garde robe impeccable, il s'agit d'être bouffis, poilus et gorgés de sang.

Cette année là plusieurs revues diffusent des rapports officiels ahurissants sur ce thème. Les militaires mènent des enquêtes à la demande du Conseil de guerre impérial de Vienne sur des vampires ayant semé la panique dans plusieurs villages d'Europe centrale. Le chirurgien-major Johann Flückinger reçoit l'ordre de se rendre dans le village serbe de Medvegia où, selon des témoins, un paysan, Arnold Paole, mort en 1727, s'en serait pris aux villageois allant jusqu'à tuer 4 personnes en leur suçant le sang. Ce médecin rapporte que le sieur Paole avait confié avoir été persécuté par un vampire près de Gossowa, en Serbie turque alors qu'il se battait contre les Ottomans. Croyant se libérer de cette influence ''il avait avalé de la terre de la tombe du vampire et s'était oint de son sang''. Exhumé 40 jours plus tard le corps apparaît ''en parfait état et non décomposé. Du sang avait coulé de ses yeux, nez, bouche et oreilles''.

La religion orthodoxe, contrairement à la catholique, voit l'incorruptibilité d'un corps comme signe d'intervention du Malin. Pour se débarrasser du monstre, les villageois lui enfoncent un pieu dans le corps puis incinèrent le corps avant d'en jeter les cendres dans le tombeau.

Craignant la contamination 40 cadavres furent déterrés et traités de la même façon.

Ce récit fut transmis le 26 janvier 1732 au Conseil de guerre de Belgrade. Publié à Nuremberg il connaît un grand succès, à Paris, le Glaneur de Hollande, revue franco-hollandaise, en publie des extraits suivis de commentaires. Dans cette revue apparaît pour la première fois le mot ''vampyre'' dans la langue française.

De nombreux autres cas seront répertoriés comme celui de Peter Plogojowitz en 1725.

Avant ces cas et le succès du mot ''vampire'' la peur était grande en Europe centrale et orientale des ''revenants en corps'', en occident la Renaissance comme l'Inquisition avaient lutté, chacune à sa façon, contre les superstitions. Les églises de rites byzantin étaient plus permissives envers les superstitions.

Petit à petit le vampire se dessine, ils paraissent depuis midi jusqu'à minuit mais sont capable de se mouvoir dans la lumière, capacité qui disparaîtra plus tard. À cette époque ils n'ont pas de crocs mais aspirent le sang à travers les pores. Leur apparence est plus proche du Nosferatu de Murnau que du Dracula de Tod Browning.

En 1746 le bénédictin lorrain, Augustin Calmet publie son Traité sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenants et vampires de Hongrie, de Bohême, de Moravie et de Silésie. Cet ouvrage connaître, lui aussi, un grand succès. Voltaire s'en étonnera pour écrire dans son Dictionnaire philosophique : ''Quoi ! C'est notre XVIIIe siècle qu'il y a eu des vampires ! […] C'est sous le règne des d'Alembert, des Diderot, des Saint-Lambert, des Duclos qu'on a cru aux vampires et que le révérant Augustin Calmet a imprimé et réimprimé l'Histoire des Vampires avec l'approbation de la Sorbonne.

L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche opte pour le rationalisme et condamne par décret, en mars 1755 le vampirisme comme une superstition à combattre.

 

Plus tard la littérature exprimera cet imaginaire et donnera d'autres formes et visages aux mystères des ténèbres.

L'ÂGE D'OR DU VAMPIRE

Histoire de vous remettre en mémoire une véritable personnalité avide de sang, le magazine nous rappelle la trajectoire de la belle comtesse hongroise Erzébet Báthory (1560-1614) qui pensait rester jeune en prenant des bains de sang, voir en en buvant ! De famille royale elle échappera à la peine de mort, ce qui ne fut pas le cas de son entourage, et passa les dernières années de sa vie recluse dans son château. Ainsi à l'ombre sa peau n'eut-elle pas à souffrir du soleil.

Elle nourrit le mythe du vampire et servit de modèle à Bram Stoker. Une façon inattendue d'accéder à l'immortalité. Ses victimes, une centaine au moins, n'eurent pas cette ''chance''.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
commenter cet article

commentaires

Chenzen, le seul 08/02/2017 19:45

Bonjour Lee.

Merci pour cet article saignant. :+))
La superstition a toujours perturbé les esprits, d'autant qu'à ces époques, la nuit était synonyme de toutes les frayeurs, car c'était véritablement l'époque de la bougie. On comprend, alors, la stupéfaction de certains érudits de ce siècle "des lumières". La fée électricité va faire retrancher ces superstitions aux...oubliettes ! :+))
Il y a eut "les sorcières", puis les loups-garous, puis les vampires (et la bête du Gévaudan).. l'éternelle recherche de boucs émissaires dans ces sociétés où le mal de vivre et le mal-être ne s'épanchent que par des exutoires morbides. Aujourd'hui, ce sont "les étrangers" ; d'autres "vampires" pour la plèbe lapidaire.
La question que l'on pourrait se poser, en substance, serait cette capacité des vampires a mordre dans tous les cous, sans risque de rejet d'organe. Un vampire A+ peut-il boire du B-, et inversement ?! Est-ce qu'une vampire B+ peut-elle avoir des petits vampires avec un homme vampire AB- sans risque ?
J'en perds mon Latin. :+))

Lee Rony 09/02/2017 20:05

Bonsoir Chenzen, le seul.

Le vampire a l'avantage incontestable d'être mort, ce qui doit le vacciner contre toutes les maladies.
Quelle société peut-elle se passer de bouc émissaire ? Pointer un doigt accusateur sur n'importe qui, pour n'importe quelle raison, comme pour chasser, exorciser, notre responsabilité ! La conscience est un miroir mais ce qu'elle nous montre de nous même est bien déplaisant... à moins que ce ne soit la faute de l'autre. Oui, c'est sûrement lui le responsable de tout, et du reste.

Angelilie 06/02/2017 16:56

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. un enchantement. bonne journée

Lee Rony 09/02/2017 20:08

Il est fait pour cela, ouvert sans interruption. Merci d'être passée, et de revenir.

Présentation

  • : Lire au nid
  • Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Pages