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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 08:30

L'époque étant crépusculaire il me plait parfois d'ouvrir un recueil de poésie, d'échapper à l'ombre qui nous entoure et, plus encore, à celle qui m'anime. Paul-Jean Toulet n'est pas l'auteur le plus connu, raison de plus pour vous faire partager ma découverte en ce jour du 150ème anniversaire de sa naissance en vous proposant quelques extraits de ses Contrerimes,

 

                                     Nocturne.

Ô mer, toi que je sens frémir
    À travers la nuit creuse,
Comme le sein d’une amoureuse
    Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourd frappe la falaise...
    Quoi ! si le chant moqueur
D’une sirène est dans mon cœur —
    Ô cœur, divin malaise.

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir
    Personne qui vous plaigne...
Tout bas, comme d’un flanc qui saigne,
    Il s’est mis à pleuvoir.

                                      Le Garno.

L’hiver bat la vitre et le toit.
    Il fait bon dans la chambre,
À part cette sale odeur d’ambre
    Et de plaisir. Mais toi,

Les roses naissent sur ta face
    Quand tu ris près du feu...
Ce soir tu me diras adieu,
    Ombre, que l’ombre efface.

                                         La première fois.

— « Maman !... Je voudrais qu’on en meure. »
    Fit-elle à pleine voix.
— « C’est que c’est la première fois,
    Madame, et la meilleure. »

Mais elle, d’un coude ingénu
    Remontant sa bretelle,
— « Non, ce fut en rêve », dit-elle.
    « Ah ! que vous étiez nu... »

 

— « Enfin, puisque c’est Sa demeure,
    Le bon Dieu, où est-Y ?
— « Chut, me dit-elle : Il est sorti,
    On ne sait à quelle heure. »

« Et de nous tous le plus calé,
    Je dis : Satan lui-même,
Ne sait en ce désordre extrême
    Où diable Il est allé. »

                                       Épitaphe.

		               	I. M. N.

Plus souple à dénouer mes plis
    Que le serpent n’ondule,
Ayant tous, ô Vénus Pendule,
    Tes rites accomplis ;

Quand vint l’heure où le cœur se navre,
    Et des fatals ciseaux,
Je mourus, comme les oiseaux,
    Sans laisser de cadavre.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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