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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 09:00

Les Cahiers de Science & Vie 152

Christophe Migeon

 

Les intellectuels les dénoncent, les ridiculisent, qu'importe, les superstitions populaires prospèrent plus que jamais. Villes et campagnes bruissent toujours du murmure des incantations magiques et des prières indues.

Dans les chaumières pour déjouer les manigances d'un sorcier on frappe trois fois sur la coque des œufs qu'on vient de manger, sous les lambris des salons parisiens on s'amuse à convoquer le diable et ses démons. À côté d'une France éclairée subsiste une France souterraine confite dans ses croyances.

Pendant des siècles l'homme s'est confronté avec un contexte hostile, cherchant à se prémunir des maladies et de s'assurer de bonnes récoltes, des troupeaux prospères et de savoir de quoi l'avenir serait fait. Les prières se révélant souvent inefficaces de nombreuses pratiques anciennes ont subsisté : charmes, conjurations, divinations, exorcismes... ''Pendant longtemps, la population a eu un mode de pensée magique, animiste, recouvert d'un vernis religieux'' explique Vincent Milliot. Pourquoi ne pas faire appel aux services du prêtre et du sorcier ?

La liste est longue de comportements prêtant à sourire mais qui dans la France de l(époque suscitaient crainte et respect dans une majorité de la population. Dans sa Recherche de la vérité (1674) Malebranche recense et analyse les différentes erreurs des hommes.

Jean-Baptiste Thiers dresse l'inventaire exhaustif des déviances populaires dans son Traité des superstitions pour en dénoncer le ridicule. Bayle et ses Pensées diverses (1683)profitent du passage de l’astéroïde de 1680 et de la panique suscitée pour régler son compte à l'obscurantisme et l'idolâtrie. Fontanelle dans son dictionnaire historique et critique (1695-1697) s'en prend à l'Église et aux aux préjugés qu'elle entretient.

Après le concile de Trente le mouvement de la Contre-Réforme resserre la vis au clergé et à ses fidèles. Le prête local se fait l’œil de l'évêque au sein de la communauté. Il lui incombe de canaliser les adorations de saint locaux ou de traquer charlatans, imposteurs et aux abuseurs de la crédulité populaire. Les fêtes d'origines païennes sont christianisées et couverte d'une d'orthodoxie. Pourtant la réalité de Satan et de ses pouvoirs, comme sa capacité de nuisance dans la vie des gens est réaffirmée. Ce qui n'empêche pas l'Église de continuer à tolérer les cultes de saints douteux mais dont le commerce lui rapporte gros.

Les gens du peuple continuent d'attribuer aux saints des pouvoirs surnaturels malgré la répugnance du clergé à reconnaître les guérisons miraculeuses. Le peuple a parfois du mal à trouver la frontière entre le ''bon'' et le ''mauvais'' surnaturel. Quel est le seuil à partir duquel la religion devient superstition ?

les philosophes du XVIII dénoncent moins cette faiblesse congénitale du peuple que le cynisme de ceux qui l'exploitent, à savoir les rois et les prêtes qui confortent ainsi leur pouvoir, souligne Catherine Volphlhac. Montesquieu prêche pour une ''religion éclairée par la raison'' et une ''raison affermie par la religion''.

Durant la seconde moitié du XVIIIe le regard porté sur les pratiques populaires se fait plus bienveillant, plus compréhensif de ses origines et moins culpabilisant.

L'aristocratie de son côté entend se divertir et ouvrer les portes de ses salons à l'irrationnel tant qu'il est récréatif. Des charlatans savent tenir en haleine leur public. La haute société s’encanaille dans des séances de démonologie, les marquises emperruquées frissonnent en écoutant des histoires de vampires venues tout droit de Russie et de Moldavie. Le comte de Saint-Germain, érudit polyglotte sachant fabriquer de l'or et âgé de nombreux siècles, fait son apparition en 1750, avant de disparaître une décennies plus tard, pour être remplacé par Messmer et son baquet, lequel sera suivi par Cagliostro. Celui-ci finira par être expulsé de France après l'affaire du Collier de la reine et finira sa vie, médiocrement, dans les geôles pontificales. Condamné par l'inquisition comme franc-maçon.

En cette fin de XVIIIe magie, sorcellerie et surnaturel imprègnent toutes les couches de la société. La superstition poursuit son entêtante petite musique, entre chats noirs et trèfles à quatre feuilles.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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chenzen, le seul 24/03/2016 21:21

Bonjour Lee.
C'est exact, les superstitions persistent toujours et encore, et ce, souvent repeintes sous d'austères rites pseudo-religieux. J'ai vu, il y a peu, des croyants Chr"tiens Italiens qui s'émervéllaient, larmes aux yeux, devant une petite fiole sensée contenir quelques gouttes de sang "d'un saint", et qui redevenait liquide à la fin de la messe. L'extase était à son comble, et il n'y avait pas que des gens âgés, même les jeunes pleuraient de tout leur émoi devant ce "miracle" : oooooh.
Un simple de cours de chimie sur les propriétés des liquides aurait été plus appropriée dans cette église, d'autant plus lorsque l'on sait que ce sont les moines Capucins qui, en louce d, ont systématiquement momifiés les cadavres de celles et ceux que les croyants (pas le Vatican) considèrent comme des saintes et saints. On voit des "signes" de partout, pour peu qu'un peu de formol vienne appuyer une main divine qui en rigole par avance. La foi de ces disciples s'extasie devant des procédés "magiques" aussi vieux que l'ancienne Egypte. Pas étonnant, puisque l"Egypte et l'Italie ont toujours maintenu des liens très étroits depuis l'Antiquité. Il n'en fallait pas plus pour que les rites Egyptiens furent utilisés, en premier, en Sicile, puis en Italie, puis dans toute l'Europe Chrétienne.
En définitif, ces croyants et croyantes se prosternent devant des momies.
D'autres similitudes entre les rites Egyptiens et Chrétiens apparaissent ; rien de neuf en fait dans les pratiques de la religion Romaine.

Lee Rony 24/03/2016 22:52

Bonsoir chenzen, le seul.

Tout est spectacle, l'important est que l'image soit assez plaisante pour que celui qui la voit se perde dans sa contemplation et ne regarde pas celui qui l'agite sous son nez pour qu'il ne regarde pas ailleurs. Pourquoi changer une recette qui marche et vouloir convaincre le spectateur qu'il est trompé, il le sait mais ne veut pas forcer une réflexion de toute façon au-dessus de ses moyens.

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