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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 09:00

Masa Sawada – 2014 – 75'

En 1944 Fujio Hayashi est âgé de 21 ans, il se porte volontaire pour la première opération kamikaze de l'histoire, imaginée par l'Armée impériale japonaise, s'il ne l'avait pas fait peut-être ce projet en serait-il resté là !

Ironie du destin, il ne sera finalement jamais choisi, au contraire, nommé lieutenant c'est lui qui désignera ceux qui partiront.

 

Dans ''Parole de Kamikaze'' le réalisateur donne la parole à cet homme qui depuis soixante-dix ans vit avec le souvenir de cette époque, de l'ambition qui fut la sienne le jour où il se proposa, des mois pendant lesquels il dut choisir ceux qui allaient mourir, puis la capitulation du Japon, et la vie ''normale'' qui reprend ses droits.

Une série de plans fixes dans des décors différents, intérieurs ou extérieurs, Fujio a le temps de choisir ses mots, d'hésiter, de se taire. Il raconte ce qu'il vécut, ressentit, sur le moment, par la suite, maintenant encore alors qu'il paraît cohabiter avec des fantômes qui ne l'ont jamais abandonnés encore qu'ils ne paraissent pas hostiles, seulement présent pour qu'à travers celui qui survécut eux ne soient pas absorbés par le néant.

Aujourd'hui le mot kamikaze appelle une image différente, celle d'un individu, ceinturé d'explosif, provoquant la détonation pour tuer le maximum de personne. Celui-ci n'est qu'une porte violemment ouverte sur le vide qui le définit. À l'époque il s'agit de jeunes gens que la propagande impériale convainquit que leur mort serait pour leur pays la promesse d'un avenir victorieux. Mensonge bien sûr mais avaient-ils les moyens de voire derrière les mots l'ombre d'une inéluctable défaite ?

Inutile d'attendre des séquences de guerre, le passé est seulement évoqué, gagnant ainsi une force que des images eussent diluée par un vieil homme dont la longévité pourrait être la somme des années perdues par ses condisciples. Il décrit la réalité des actions. Le soldat était dans un Okha, minuscule avion, ressemblant à un missile, qu'il pouvait à peine diriger, accroché sous l'aile d'un bombardier s'approchant des navires ennemis, au meilleur moment il se désolidarisait de son porteur et filait vers sa cible avec à peine plus de chance de l'atteindre que s'il n'avait pas été là pour diriger son esquif volant.

 

Masa Sawada enregistra 30 heures de films, il n'en conserve que 75', suffisamment pour suivre le cheminement d'un jeune homme que rien ne prédisposait à sortir du lot, porte parole désormais de ses semblables et d'un temps où la parole de l'empereur ne se discutait pas. Ce qu'il peut se permettre maintenant, mettant en cause cette fuite en avant, ce fanatisme refusant l'évidence, qui priva le pays de milliers de jeunes gens qui lui auraient été plus utiles vivants. Si encore l'empereur avait demandé pardon, avait seulement présenté des excuses, mais non, pas question de reconnaître ne serait-ce que la possibilité de s'être trompé.

 

Tout est-il différent aujourd'hui au Japon ? Face à un avenir flou il semble soucieux de glorifier son passé en ''oubliant'' ceux de son sang qu'il sacrifia. Un masque de guerrier posé sur des millions de visages hurlant silencieusement dans un présent qui leur tourne encore le dos.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu Cinéma Japon
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chenzen, le seul 24/03/2016 21:42

Bonjour Lee.
Les Japonais de cette époque peuvent toujours arborer leur amertume aujourd'hui, il n'empêche que l'Histoire retient et retiendra toujours les crimes et barbaries que ces soldats ont perpétré dans toute l'Asie, depuis la Corée à la Mandchourie, de Guam à Pearl Harbor, de la Chine aux Philippines, de la Papouasie à l'Indonésie. L'écho des 250 000 morts civils de Nankin (tous assassinés par les jeunes soldats Nippon) résonnera jusqu'à la fin des temps, au côté des pleurs de douleurs des centaines de milliers de jeunes filles et jeunes femmes violées par ces même jeunes soldats Nippon.
La liste de leurs crimes de guerre et de crimes contre l'humanité est aussi longue que les rivières de sang qu'ils ont versé, et cela, ils ne peuvent le nier d'un revers de main.
Si ma mémoire est bonne, le ,tout premier cas de suicide volontaire a eu lieu le dimanche 7 décembre 1941 lors de leur attaque sur la base américaine de Pearl Harbor. C'est un officier aviateur Japonais qui a fait le choix délibéré de propulser son avion en flamme sur un hangar, histoire de tuer un maximum d'Américains (militaires et civils) dans son fanatisme ; il aurait pu se poser sur la piste et se rendre, ce qu'il n'a pas fait. D'autres cas, toujours isolés, se sont déroulés lors de la bataille de la mer de Corail (Australie) quelques semaines plus tard. Des pilotes ont propulsé leur Zéro (Mitsubishi) sur des navires Alliés, et ce, de leur propre volonté, sans ordre.
C'est le sadique de Tojo qui émit une directive de "se battre jusqu'à la mort" en 1945, voyant ses armées défaites une à une, faisant de tous les Japonais et Japonaises d'autres morts en sursis.
Je rajouterai, pour terminer, que le principe du suicide est intimement imbriqué dans la culture Japonaise, puisque l'honneur est une idéologie persistante depuis des millénaires, bien avant les fameux samoiuraïs. L'horrible Code bushido (boucheriedo) institue le suicide comme un acte honorable, plutôt que de se rendre et vivre avec la honte pour toute sa famille. Aucun soldat Japonais n'a hissé un drapeau blanc pour se rendre. Ceux que l'on voit dans les documentaires d'époque sont essentiellement des Coréens (et Okinawaiens).

Voilà pour resituer le véritable contexte du TOKOTAI (que l'on appelle faussement "Kamikaze"), il est parti intégrante de la culture de ce pays et de ses habitants ; le sens du devoir et celui du sacrifice ne faisant qu'un "pour l'honneur".

Bien à toi Lee.

Lee Rony 24/03/2016 22:47

Bonsoir chenzen, le seul.

La fascination de la mort et de la cruauté fait partie intégrante de la nature nippone avec cette certitude d'être si supérieurs aux autres qu'ils peuvent infliger à ceux-ci le traitement qu'ils veulent, comme nous le faisons pour nos animaux de boucherie.
De l'honneur à l'horreur la ressemblance est parfois frappante, pour ne pas dire, tranchante !

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