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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 07:16

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Inconnu de son vivant Giambattista Vico fut un des premiers à développer, dès 1730, une argumentation cohérente contre les idéaux des Lumière, principalement contre la primauté de la raison. Il visait principalement Descartes qui entendait démontrer l'existence de dieu, considérant cette idée comme ''condamnable pour curiosité impie''. Cette attaque aura des écho en France au sein du courant des antiphilosophes. Magistrats, ecclésiastiques ou gens de lettres ont en commun de vouloir défendre le catholicisme contre les attaques des penseurs des Lumières. Leurs arguments discutent de ces préjugés qu'entendent combattre les philosophes les considérant comme l'opinion d'autrui et s'étonnant, ou le feignant, que leurs adversaires qui vantent les vertus de la tolérance ne les respectent pas.

La Révolution donne un nouvel élan à ces courants critiques. Les antiphilosophes laissent place aux anti-Lumières dont les écrits étendent la défense de la religion à celle de la monarchie. En 1790, le parlementaire irlandais Edmund Burke dénonce la violence des événements survenus l'année précédente à Paris. Contre l'égalité proclamée par les révolutionnaires il défend l'évidence et la nécessité, selon lui, d'une hiérarchie entre les hommes. Joseph de Maistre et Louis de Bonald, aristocrates contraints à l'exil par la Révolution, développent une théorie politique opposée à celle du contrat social de Rousseau ils défendent l'idée que la communauté importe plus que l'individu, que la tradition l'emporte sur le libre arbitre de chacun. L'homme n'existe que pour la société et la société e le forme que pour elle, affirme Bonald. Ils soutiennent que l'homme est un être fondamentalement religieux [grégaire] et non rationnel, refusant l'idée de valeurs universelles. Idées dont l'audience progressera après la défaite de 1871 face à la Prusse.

La IIIe république se présente comme héritier des Lumières, multipliant la pugnacité de leurs adversaire. Le nationalisme est de plus en plus populaire et les anti-Lumières en proposent une conception cohérente, alternative à celle des Lumières, non plus fondée sur l'appartenance choisie à une nation mais sur l'exaltation de l'Histoire et des traditions devant s'imposer à chacun. Pour Charles Maurras ''la nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soit solide et complet. Brisez-le et vous dénudez l'individu''. Maurice Barrès reprochait aux penseurs des Lumières, de n'avoir ''écouté que leur raison... Ils refusaient de s'incliner devant les enseignements de la raison collective''.

Les morts et destructions de la Première Guerre mondiale vont favoriser l'émergence d'une autre idée chère aux lumières : la possibilité d'un progrès humain. Le sort de l'humanité s'améliorer en fonction de la progression de la raison. Idée combattue par le philosophe allemand Oswald Spengler dans Le déclin de l'Occident (1918), livre synthétisant les réflexions anti-Lumières en rejetant égalité, démocratie et rationalité. Son compatriote Martin Heidegger s’en prendra à un autre pilier de la pensée des Lumières : la confiance dans les vertus des sciences et des techniques. Pour lui ''la science ne pense pas'' et la technique n'est qu'un élément d'aliénation de l'homme. [L'époque moderne et ses multiples écrans semble lui donner raison, mais c'est une aliénation volontaire, un esclavage souhaité et rassurant.]

Suite à la Seconde Guerre mondiale, ces courants anti-Lumières attaqués pour avoir armé idéologiquement le nazisme vont perdre de leur influence. La critique va pourtant resurgir sous la plume d'auteurs voyant dans les idéaux des Lumières la matrice intellectuelle du stalinisme.

Dès 1815 il est devenu commun d'accuser les idéaux des Lumières, son projet, supposé, de créer un homme nouveau, d'être à l'origine de la Terreur. Être les précurseurs du goulag en est la continuation logique. Le même courant anti-Lumières apparu avec Vico se poursuit avec les néoconservateurs américains et les extrémistes religieux d’aujourd’hui en passant par le nationalisme et le nazisme.

 

Chacun peut (ré)interpréter les Lumières à sa convenance, pour les utiliser en les critiquant ou s'en inspirant. Une pensée est toujours à replacer dans le contexte qui la vit naître, quand à l'esprit qui la fit éclore, il peut la renier, l'oublier, lui tourner le dos.

Reste que les questions posées il y a deux siècles par les philosophes des Lumières et leurs opposants restent d'actualité.

[Peut-être parce qu'elles étaient mal posées, mais dans un environnement qui ne permettait pas qu'il en fut autrement. Celui-ci s'est-il modifié suffisemment pour qu'elles trouvent une nouvelle formulation dans un nouvel esprit ayant un vision différente ? Ça reste à prouver.]

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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