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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 09:00

Science & Vie - HS 270 – Mars 2015

 

''Notre esprit est très semblable à celui des primates.''

Propos reueillis par Yves Sciama

 

Pour Frans de Waal la primatologie perce des trous dans le mur étanche que l'humanité a érigé entre elle-même et le reste du monde animal, depuis que Wolfgang Köhler a, le premier, proposait que les chimpanzés fussent perspicaces dans la résolution de problèmes. Ce mur a fini par s'écrouler car aucune des affirmations des tenants d'une essence humaine différente n'a pu résister aux faits. Exception faite peut-être du langage. Cette capacité à communiquer par des systèmes symboliques à propos du passé, de l'avenir, d'autres lieux, et le maniement de concepts.

Voilà les domaines où nous sommes vraiment spéciaux.

Encore qu'en décomposant cette aptitude en ses différents éléments certains sont présentes chez les grands singes. Mais la totalité n'est présente que dans l'espèce humaine. La continuité homme/animal est devenue le point de vue dominant de toutes les réunions de scientifiques. Les capacités cognitives impressionnantes que la primatologie a mises en évidences chez les singes y ont énormément contribué ainsi que les neurosciences. Au début les primatologues étaient réticents à parler de cognition et d'émotions chez l'animal, ils étaient soupçonnés d'anthropomorphisme [l'animalocentrisme est à conceptualiser], les neuroscientifiques n'avaient pas ces barrières. Étudiant les manifestations de la peur dans l'amygdale du rat et de l'homo sapiens, constatant leurs similitudes, ils en déduisaient que ce sont des processus homologues, postulant que c'est probablement vrai pour d'autres émotions. De même pour la reconnaissance facile, c'est la même zone particulière du cerveau, l'aire fusiforme des visages (FFA), qui est mise en chez chez l'homo sapiens comme chez les singes.

L'étude des possibilités cognitives des primates reste superficielle. 2 millions de chercheurs se penchent sur la psychologie humaine, il n'y a que 2000 primatologues, pour 200 espèces. D'autres groupes animaux suscitent des travaux : les corvidés, les dauphins, les éléphants, dont les capacités n'ont rien à envier aux singes anthropoïdes, sans parler des chiens.

L'homo sapiens séparé de la nature est une vision s'expliquant par le contact tardif avec les singes. Les monothéismes sont nés dans le désert, au contrat de chèvres, chameaux, serpents... Lorsqu'au début du XIXe les premiers singes hominoïdes ont été montrés à Londres et Paris ce fut un choc ; la reine Victoria exprima publiquement son malaise face à ces animaux si humains. Cette absence d'exposition aux primates explique les résistances de notre civilisation à la notion d'évolution. En Asie c'est différent, au Japon il y a une forte tradition primatologie. Les pays bouddhistes ou hindouistes n'ont pas eux les résistances des monothéistes aux idées darwiniennes. L'âme est vue comme pouvant circuler entre l'humain et l'animal dans un contexte où tout est fluide et interconnecté. Le folklore chinois ou indien est plein de primates, les primatologues de ces pays n'ont jamais hésité à donner des noms aux animaux, à parler de leur caractère et de leur culture.

Les philosophies et science sociales occidentales n'admettent l'évolution que jusqu'au cou. Les primatologues pensent que notre esprit est semblable à celui des primates et que les idées évolutionnistes s'appliquent aussi à la cognition humaine. L'école kantienne sépare émotions et morale, excluant les émotions pour se consacrer à la rationalité et à la logique.

Frans de Waal adopte le point de vue de David Hume, très populaire chez les neuroscientifiques, qui sans nier la rationalité mettait l'accent sur les émotions, affirmant que ''la raison est l'esclave des émotions''. La psychologie expérimentale confirme que l'on effectue d'abord un jugement émotionnel, instinctif, et par la suite on en trouve les justifications et les rationalisations, qui sont secondaires.

Son travail sur les primates indique que nombre des tendances morales élémentaires que nous avons intégrées dans nos systèmes moraux peuvent être trouvées, dans une certaine mesure, chez d'autres primates. L'empathie, le sens de l'équité, le sens des règles sociales... capacités plus vieilles que notre espèce, laquelle ne les as pas inventé mais en a hérité.

L'empathie par exemple n'est pas le produit d'une décision, de la représentation mentale de la situation de quelqu'un d'autre. C'est un processus automatique difficile à contrôler et qui se retrouve chez tous les mammifères [neurones miroirs!]. Elle n'est pas positive pour autant. La capacité à ressentir et comprendre émotions et sentiments peut être utilisée à toutes sortes de fins. Par les vendeurs par exemple. Un bourreau pourrait ainsi comprendre ce qui fait souffrir sa victime... [sympa!]

Aujourd'hui, conclut de Waal, l'intérêt pour la primatologie vient plus des sciences humaines, et du public, que de la biologie. Une chance pour l'avenir de cette science alors que les singes se raréfient plus vite que leur habitat naturel.

 

À lire :

Primates et philosophes, éditions Le Pommier, 2008

L'Âge de l'empathie, éditions Les Liens qui libèrent, 2010

Le Bonobo, dieu et nous, éditions Les Liens qui libèrent, 2013

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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chenzen, le seul 09/02/2016 19:27

Bonjour Lee.

Est-ce que dans leurs grandes détresses, celles que l'Homme leur fait subir, les singes développent ce désir d'un dieu salvateur ? Est-il besoin de l'imprimerie pour croire ?
Je serai curieux, par réel goût scientifique, que la science se penche sur cette question. Si l'on y répond "oui", l'Homme va devoir revoir ses anthopocertitudes, et, surtout, ne refaisons pas cette grave erreur de rechercher chez les singes, des signes physiques de leur foi, tels les étalages cultuels dont le singe "le plus intelligent (nous)" aime à se parer. Est-il besoin d'une église pour concevoir dieu ? La forêt est déjà le plus beau temple qui soit.

Lee Rony 11/02/2016 21:29

Dieu salvateur ou dieu Excuse, autorisant le pire au nom du ''meilleur''. Où est la preuve qu'il soit né dans un cerveau évolué ? J'ai bien l'impression du contraire. L'homo sapiens est le fruit d'une dévotlution, quand à l'existence d'un primate vraiment évolué, s'il existe il doit rire de nous, et attendre que nous disparaissions. Ce qui ne devrait plus tarder.

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