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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 09:00

Science & Vie – HS270 – mars 2015

Cécile Bonneau

 

Julie a 16 ans, en 2011, quand elle arbore un brin de paille coincé dans son oreille, pour continuer ses occupations quotidiennes. Que le brin tombe et elle en prend un autre qu'elle met à la même place. Malheureusement Julie décédera en 2013 mais ce comportement, inédit dans son groupe de chimpanzés orphelins de Chimfunshi, en Zambie, va perdurer, sans qu'aucun autre groupe n'en présente un similaire.

 

Il y a quelques années l'anthropocentrisme mettant des œillères devant certains esprits, l'idée de culture ne pouvait correspondre à une autre espèce que l'homo sapiens. La culture n'est-ce pas justement ce qui extrait celui-ci de la nature ? [s'imagine-t-il]. Tout est question de définition, précise Shelly Masi.

Les anthropologues sociaux fondent la notion de culture sur des éléments (art, écriture, politique, croyance...) excluant les [autres] animaux. Nous, primatologues et zoologues, parlons de culture lorsque l'on note des différences de comportements entre des populations au seins de la même espèce, et que ces différences, transmises par apprentissage social, ne sont déterminées ni par lé génétique ni par l'écologie. Un trait comportemental doit donc être spécifique à un groupe au sein d'une espèce sans dépendre d'une particularité de l'environnement et doit se maintenir au fil des générations.

Dès 1970 Jane Goodall eut l'intuition de pratiques culturelles chez les chimpanzés. Ainsi nota-t-elle pas moins de treize différences dans l'utilisation d'outils et huit différences de comportements social entre les chimpanzés de Gombe et les autres. Comment l'expliquer autrement que par une forme de culture, d'apprentissage social ?

Par la suite, les primatologues enrichirent la palette de ces comportements distinctifs chez les groupes de chimpanzés. Par exemple : deux populations de chimpanzés ougandaises avaient des pratiques différentes d'automédication : tandis qu'à Kanyawara ce sont les tiges de l'Acanthus qui sont consommés, à Budongo, ce sont les fleurs. Sabrina Krief s'est beaucoup intéressée à l'automédication chez les chimpanzés, l'Acanthus présentant des qualités antibiotiques. Des comportements liés à la toilette existent dans un groupe, pas dans d'autres, et réciproquement. Ces primates ont développé des cultures purement symboliques : le leaf-clip, action de déchirer des feuilles entre les dents (sans les manger), qui correspond à Taï à un avertissement avant une charge, à Mahale et Kibale, à une incitation à la copulation, alors qu'à Bossou (Guinée) il exprime une invitation au jeu !

Encore faut-il prendre le temps de l'observation afin de s'assurer qu'un comportement existe dans un groupe sans avoir été remarqué auparavant. Ces dernières années, les orangs-outans ont également révélé sans ambiguïté nombre de comportements culturels. Dans l'utilisation d'outils mais aussi dans leur répertoire de vocalisations.

Désormais cependant c'est vers les gorilles de l'Ouest que les regards se tournent, moins connus d'avoir été moins étudiés. Leur agressivité et la densité de la forêt rendant l'approche difficile. Shelly Masi a réussi pourtant à distinguer des habitudes chez quatre groupes géographiquement proches. Elle est convaincue d'y déceler des différences culturelles.

Comme le soutenait Kevin Laland ''beaucoup de ceux qui étudient les cultures animales, notamment les primatologues, le font en pensant que leur travail éclairera l'évolution de la cognition humaine. Mais la culture animale est bien plus qu'une fenêtre sur l'humanité, elle est un acteur de l'évolution''.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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