Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:00

M.L. STEDMAN – Le livre de poche 33506

Isabel est agenouillée au bord de la falaise, elle arrange la petite croix de bois que son mari vient de fabriquer. Elle murmure ''… et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal...''.

C'est alors qu'elle entend les cris d'un bébé !

L'île, Janus Rock, est à la limite de l'Océan Indien, là où il rejoint le grand Océan, et son phare offre une zone de sécurité sur cinquante kilomètres.

C'est alors qu'elle aperçoit Tom qui lui hurle qu'il vient d'apercevoir un canot sur la place. Un canot !

Ils se précipitent... découvrent un cadavre et, enveloppé, dans un cardigan de femme couleur lavante, un bébé qui exprime avec force cris son angoisse. Une petite fille !

 

Tom Sherbourne est revenu en Australie après la première guerre mondiale où il vécut des moments difficiles dans les tranchées qu'il souhaite oublier, avec son épouse il prend le poste de gardien de phare sur un bout de terre sauvage et isolée. Là où dureté de la vie semble rimer avec pureté des cœurs, où tout se passe, apparemment, bien, du moins au début, car malgré leurs efforts ils ne parviennent pas à avoir d'enfant, aussi est-ce pour eux un signe du destin que cette barque qui s'échoue, que ce bébé que l'océan semble leur envoyer en réponse à leur longue attente.

Le garder n'est pas difficile, pas d'autre témoin que le silence qu'il suffit de garder.

En cet avril le printemps est prometteur.

Lucy va grandir, la vie est rythmée par les rituels spécifiques au phare, allumer la lanterne, hisser les bannières, drainer le bain de mercure pour filtrer l'huile qui s'y trouve. Isabel s'occupe du potager, ravaude les vêtements de Tom, fait la cuisine et le ménage. Bref tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais cela est insuffisant pour rendre 500 pages intéressantes !

Un jour Isabel va penser que cela fait un an que Lucy est là, un anniversaire donc, mais quelle est la date réelle de naissance de ''leur'' fille ?

Et ces souvenirs qui remontent. Tom n'aime pas parler de la guerre mais ses fantômes rodent encore dans sa mémoire, ses compagnons d'armes dont beaucoup moururent à côté de lui. Surtout dans la ville de Partageuse où rares sont les familles auxquelles l'océan ne préleva pas son tribut !

Les enfants jouent, Tom et son épouse dégustent des saucisses, assis sur une couverture, quand un Marshall s'approche et leur demande s'il s'agit bien de leur enfant... pour organiser la course des papas. Un moment d'inquiétude pour Tom qui a du mal à dissimuler son stress.

Pour Isabel la ménopause s'approche, mais n'a-t-elle pas une petite fille ? Signer un nouveau bail de 3 ans pour le phare ne semble pas une mauvaise idée, autant rester à l'écart autant que possible.

Il faut penser au baptême de Lucy, tradition oblige. L'église n'est pas encore ouverte, le révérant ne saurait tarder, c'est l'occasion en attendant de papoter en observant les pierres tombales. Justement ils entendent parler devant une stèle de noyés, un père et son enfant, disparus en mer presque deux ans plus tôt. Un homme et son bébé, une petite fille nommée Grace Ellen !

Isabel comprend !

Difficile de se cacher, de se mentir à soi-même, de faire comme si tout avait été normal, comme si trouver un bébé dans une barque était banal et que celui-ci n'avait pas d'autres parents que l'homme mort à ses côtés, difficile de ne pas ressentir de culpabilité, de doute, de craintes face à son acte. Mais encore plus difficile de savoir et de faire comme si ce n'était pas le cas.

 

Une histoire qui aurait pu rester simple, un couple hors du monde, chacun s'efforçant d'y oublier quelque chose, et puis l'élément extérieur qui intervient, souhaité, désiré, au point d'en oublier qui il est et qui il n'est pas. Ce que le destin prit d'un main ne peut-il le rendre de l'autre ? Qu'en est-il de cette mère qui elle aussi perdit un enfant dont elle ne peut faire le deuil puisque l'océan jamais ne l'a rendu ?

 

Rien n'est simple et tout le talent de M.L. Stedman est de rendre prenant une vie entre peine et espoir, souffrance, culpabilité et volonté de faire pour le mieux. Une belle écriture dont la subtilité est de montrer les âmes sans les faire souffrir plus qu'il ne faut.

 

En attendant le film de Derek Cianfrance avec Michael Fassbender, Alicia Vikander et Rachel Weisz.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
commenter cet article

commentaires

chenzen, le seul 15/12/2015 19:38

Bonjour Lee.
Cette péripétie a l'air très intéressante. L'Homme est capable du pire, même lorsqu'il pense faire le Bien, et vice versa ; c'est le principe même de la nature compliquée humaine. Parfois, le Destin confie, il n'octroie pas.

Lee Rony 18/12/2015 13:29

Le bien n'est jamais que le moyen de faire le mal, il justifie le pire, puisque c'est pour Lui !

Présentation

  • : Lire au nid
  • Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Pages