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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 07:14

Dossier pour la Science N 86 – Janvier-Mars 2015

Vivre ensemble ?

 

S. KRIEF, F.PENNEC, V. NARAT, M.CIBOT et S. BORTOLAMIOL

 

Les grands singes voient s'approcher les humains chaque jour un peu plus et doivent réagir et s'adapter aux menaces que représentent les activités humaines.

Une caméra infrarouge placée dans un territoire chimpanzé a surpris ceux-ci alors qu'ils récupéraient des épis de maïs dans un champ. Rien d'étonnant, cet aliment est un de leurs préférés, si ce n'est qu'ils le firent à une heure à laquelle d'ordinaire ils dorment. Preuve de leur capacité à adapter leur comportement, habituellement diurnes, pour chaparder une nourriture que les villageois protège.

En Ouganda le parc national de Kibale abrite la communauté chimpanzé de Sebitoli, composée de 80 individus elle vit à l'extrême nord du parc. En République Démocratique du Congo c'est la communauté de bonobos de Manzano qui vit dans une zone de protection communautaire. Le premier site subit une forte pression anthropique, le second, pas du tout.

Une légende dans les deux zones rapporte que les bonobos, ou les chimpanzés, seraient issus d'un couple humain se cachant dans la forêt pour fuir leurs créanciers. Vivant dans cet environnement ils seraient devenu des grands singes et s'y seraient multipliés.

En Ouganda humains et chimpanzés sont amenés à se croiser fréquemment, chose rare au Congo. Dans le premier cadre les singes purent s'adapter à l'exploitation de la foret, dans l'autre les bonobos tirent bénéfice des lisières, intégrant dans leur alimentation des espèces n'existant pas dans leur habitat habituel. Des études montrent qu'une importante proximité apporte des échanges de parasites intestinaux, quasi inexistants quand le voisinage est réduit.

Les chimpanzés ont bien compris que visiter des champs de maïs exploités par des humains était dangereux, ils y participent en groupe de huit individus en moyenne, alors qu'en général les cueillettes en forets se font par groupe de quatre. Ils évitent la pleine lune et interviennent au crépuscule quand l'obscurité est la plus profonde. Pourtant cette activité présente des risques a posteriori, les pesticides provoquant des malformations de certains fœtus même si la consanguinité est à prendre en compte.

L'étude de ces deux communautés de grands singes montre que la cohabitation est possible à condition que les populations humaines locales soient informées et impliquées dans la préservation des grands singes.

 

 

Gorilles dans la tempête

Nelly MÉNARD / Pascaline LE GOUAR

 

Les gorilles en revanche, pris entre braconnage, maladies et déforestation, sont menacés. Ainsi en 2004 un groupe étudié vit sa population passer de 400 à 38 individus à cause du virus Ebola. Le gorille craint peu d'autres animaux, hormis l'homme. Social, les femelles et les immatures vivent en groupe alors que les mâles passent plusieurs années isolés. Mâles à dos noir pendant l'adolescence, à dos argenté une fois adultes.

La réduction des forêts conduit à une diminution et à la fragmentation des milieux favorables aux gorilles, les populations sont éclatées, chacune disposant d'une portion de forêt réduite.la dynamique sociale est perturbé par la difficulté de trouver un nouveau partenaire, les populations restreintes sont donc sujettes à la consanguinité, ce qui, associé à la lenteur de leur reproduction fragilise les gorilles. Moins de 20 % des gorilles vivent dans des aires protégées, encore que ce terme soit inapproprié à cause du braconnage toujours existant et qui profite des difficultés des pays concernés, que ce soit pour des raisons financières, il faut payer les gardes forestiers, mais aussi en raison des conflits intérieurs, les belligérants pouvant se réfugier en forêt.

Autre danger : le développement d'exploitations minières, pas toujours légales, activités entraînant l'augmentation des besoins en viande de brousse et le développement d'infrastructures routières. Le faible taux de reproduction du gorille amplifie d'autant les méfaits des braconniers qui par leurs exactions désintègrent l'organisation sociale et poussent à la migration jeunes et femelles qui cherchent un nouveau groupe.

Les hommes et les gorilles partagent 99% de leurs gènes, les virus et agents pathogènes adaptés à l'homme se propagent donc facilement chez ceux-ci avec des conséquences différentes. Un virus anodin chez l'homme peut avoir de graves effets chez le gorille. De même les épidémies d'Ebola venant d'humains ayant consommés de la viande d'animaux infectés, probablement des chauves-souris, se transmit ensuite aux gorilles avec les conséquences vues plus haut.

Des lois existent pour protéger les gorilles, les moyens financiers manquent là comme ailleurs. L'accessibilité des régions où vivent les primates est un frein à leur efficacité, à cela s'ajoute le tourisme qui peut contribuer à la richesse d'un pays mais par la proximité qu'il suppose entraîne des risques de contamination fatale pour les grands singes. Des mesures ont été prises pour limiter le temps de visite, le nombre de personnes, l'interdiction d’accès aux touristes malades et une distance minima à respecter. 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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Chenzen, le seul 23/10/2015 18:55

Bonjour Lee.
C'est un constat tragique effectivement. L'Homme envoie des sondes dans l'univers "à la recherche de nouvelles formes de vie", avec les moyens colossaux qui vont avec, mais sont incapables de protéger la vie sur Terre, ce qui est paradoxe flagrant qui démontre toute l'ambiguïté du cerveau humain !
Les moyens financiers existent, ce n'est donc qu'une réelle volonté de protéger ces animaux qui sont nos cousins, et qui, sans même cela, ont le droit de vivre en toute tranquillité. La finance protège plus les poulets et les vaches, c'est dire que le fossé tient plus de la stupidité que de l'intelligence ; "Moi homme, toi singe", dirait Tarzan.
Autre paradoxe. Il est curieux que ce sont les pays de l'hémisphère nord, qui ont massacré très allègrement leur biodiversité endémique (l'affaire du loup réintroduit en fait parti), qui demandent à ces pays Africains souvent démunis de faire de plus gros efforts (en terme de "protection de la nature), d'autant que certains chasseurs occidentaux n'hésitent pas à tirer sur des éléphants, des girafes et des lions protégés à la vue de tous.
En définitif, la sauvegarde de la faune se doit d'être une volonté mondiale, des Casques verts chargés de protéger ces espèces. Car, à très court terme, nous allons laisser sur Terre plus que les quelques espèces dont nous nous nourrissons ; elle va dans cette direction la catastrophe écologique.

Lee Rony 26/10/2015 10:43

Les conseils ne coûtent rien quand on les donne aux autres. Se les appliquer à soi-même est plus difficile.
Ne serait-il pas plus écologique de supprimer l'espèce à l'origine de la disparition de tant d'autres ? A moins qu'elle ne finissent pas s'autodétruire.
On peut rêver !

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