Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 07:58

Pour la science 445 - 7

La monogamie, un atout pour notre espèce

Parmi les critères participant à l'explication de la domination de l'Homo Sapiens sur la planète il faut retenir la monogamie. Ce mode de vie aurait facilité le développement d'un plus gros cerveau.

La monogamie est pratiquée par 10 % des mammifères, deux à trois fois plus chez les primates. Chez les humains elle n'est pas toujours respectée strictement, infidélités, divorce, polygamie ou polygynie se rencontrent régulièrement. L'organisation sociale repose pourtant sur l'hypothèse que la plupart des individus formeront des couples durables et entretiendront des liens exclusifs sur le plan sexuel.

Elle serait un héritage de notre évolution et aurait constitué une étape cruciale du développement de nos ancêtres. ''Le lien de couple a vraisemblablement engendré l'organisation sociale humaine'' affirme Bernard Chapais.

Si cette pratique n'est pas réservée à l'homme elle rendit possible un système spécifique à son espèce : a constitution de réseaux sociaux vastes et complexes. Les jeunes des autres primates établissent des liens de parentés par leur mère, les humains le font à partir des deux parents ce qui élargit le cercle familial à chaque génération, incluant d'autres familles, dépassant même les groupes communautaires.

Depuis longtemps les scientifiques cherchent à comprendre origines et conséquences de ce comportement. Quand avons-nous commencé à former des couples qui durent toute la vie ? Pourquoi ce mode de vie présentait-il un avantage et contribua-t-il au succès de notre espèce ? Questions sans réponses définitives, ce qui n'empêche pas travaux et hypothèses pour les apporter.

L'étude des fossiles d'hominidés indique, selon Owen Lovejoy, que la monogamie serait antérieure à Ardipithecus ramidus, espèce vivant il y a 4,4 millions d'années en Éthiopie. Selon lui nos prédécesseurs s'étant séparés de la lignée des grands singes auraient adopté trois nouveaux comportements : le transport de nourriture dans des bras libéré par la bipédie, à former des couples permanents et à dissimuler les signes extérieurs de l'ovulation. Innovations qui auraient permis l'émergence des hominines. Le mode de reproduction ancestral reposant sur la promiscuité sexuelle céda la place à la monogamie lorsque les hominines mâles de rang inférieur se mirent à offrir de la nourriture aux femelles avec lesquelles ils voulaient s'accoupler. Celles-ci les privilégiant au détriment de prétendants agressifs, la nourriture étant indispensable pour la survie de la ''famille''. Par la suite les manifestations extérieures des périodes de fécondité disparurent, elles auraient attiré d'autres mâles pendant que leur partenaire attitré cherchait de la nourriture.

Lovejoy étaye son scénario en regardant les dents d'Ardipithecus ramidus. La taille des canines est quasi identique chez les mâles et les femelles, chez les primates celles des premiers est plus grande car elles servent d'armes. Selon Lovejoy les hominines monogames n'avaient plus besoin de telles armes d'où leur réduction.

Une corrélation existe aussi entre le comportement reproductif des primates et le dimorphisme sexuel. Plus celui-ci est important plus il est probable que les mâles s'affrontent pour obtenir les faveurs d'une femelle. Chez les humains les mâles ont un poids qui dépasse d'au plus, en général, 20 % celui des femelles.

Ce scénario est contesté par d'autres anthropologues qui pensent que d'autres facteurs favorisèrent la recherche de nourriture. Bernard Chapais publia en 2013 des arguments montrant que les caractéristiques familiales et sociales des humains apparurent par étapes. Selon lui les hominines avaient comme les chimpanzés plusieurs partenaires sexuels et des relations instables, brèves. S'amorça ensuite un processus transitoire vers la polygynie, comme chez les gorilles. Entretenir plusieurs partenaires demande beaucoup d'énergie, la monogamie put être la stratégie permettant de réduire ce gaspillage. Ce changement aurait pu intervenir il y a entre 2 et 1,5 millions d'années, après l'émergence du genre Homo, quand s'imposa Homo erectus. Divers indices suggèrent que celui-ci avait un mode de vie moins fondé sur la rivalité que ses ancêtres.

Les chercheurs peinent à s'entendre sur la naissance de la monogamie, c'est pire quand ils cherchent les raisons de l'adoption de ce comportement. En 2013 deux équipes, partant des travaux déjà publiés, arrivèrent à des conclusions différentes...

Les anthropologues s'intéressant à cette question soulignent une spécificité humaine : la collaboration parentale se manifestant par l'approvisionnement mutuel des conjoints et des enfants.

La question des facteurs de l'émergence de la monogamie est ouverte. L'évolution accrut la taille du cerveau, allongea le développement des enfants et donc les besoins alimentaires. La stabilité permettait de libérer temps et énergie pour s'en procurer. La coopération dans le couple, la famille ou la tribu permit aux humains de se développer alors que nos ancêtres se sont éteints. Celle-ci pourrait être la compétence la plus importante acquise au cours des deux derniers millions d'années, elle pourrait être déterminante pour notre avenir.

Blake EDGAR From Lucy to Language

Partager cet article

Repost 0
Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Lire au nid
  • Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Pages