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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:00

Il n'y a pour eux ni abri métaphysique, ni consolation religieuse. Pour paraphraser Krauss nous dirions qu'ils ont creusé plus profondément que quiconque – sans jamais remonter à la surface. Seuls peuvent les entendre ceux qui vivent à l'ombre de leur tombe.

Mais est-ce votre cas ?

Sur son chemin de la philosophie des mathématiques deux hommes seulement sont en mesure de relever le défi lancé par Ludwig : Gottlob Frege à Iéna et Bertrand Russell à Cambridge. Le premier prétextera son âge pour éviter une confrontation qu'il pressent exigeante

 

 

 

Le second verra Wittgenstein frapper chez lui le 18 octobre 1911. Russell l'encouragera, mettant ainsi un terme, provisoire, à des années de doute, de solitude et d’errements. Ludwig pensant depuis longtemps qu'il était de trop sur cette planète et ayant honte de ne pas en voir tiré la conclusion logique. Il avouera plus tard que Russell lui avait sauvé la vie. Ce dernier considérera le jeune homme comme le fils qu'il n'a pas eu : J'éprouve pour lui la plus parfaite sympathie intellectuelle – nous avons la même passion, la même véhémence, le même sentiment qu'il faut comprendre ou mourir.

Wittgenstein est écartelé entre une conscience morale hypertrophiée et une (homo)sexualité qui le dégoûte et qui l'égare. Il vit dans le sentiment permanent d'être un ''maudit'' ; jamais il ne sera à la hauteur de ses idées ; il voulait être un génie, mais il n'a qu'un petit talent...

C'est avec la guerre que se poursuit l'enquête de Wittgenstein sur les fins ultimes de l'existence. Elle le conduira des fondements de la logique à l'essence du monde ; elle l'amènera à travers les frontières entre le dicible et l'indicible comme entre le tolérable et l'intolérable n'ayant pour l'accompagner que L'Abrégé des Évangiles de Tolstoï. Cette proximité de la mort que Schopenhauer place à l'origine même de la philosophie, Wittgenstein la vivra dans son corps pendant quatre ans. Il se portera volontaire pour les missions les plus périlleuses. Face à la souffrance qui jaillit des sources mêmes de l'existence, il n'y a qu'une attitude à adopter – non seulement regarder la mort en face, mais l'accueillir comme un bienfait.

Après la guerre Ludwig achèvera son Tractatus logico-pholosophicus, œuvre majeure du v(a)ingtième siècle ainsi présentée à l'éditeur Ficker ''Mon ouvrage comporte deux parties : celle qui est présentée ici, et tout le reste que je n'ai pas écrit''. Wittgenstein sera l'homme d'un seul livre, demeurant fidèle à l'éthique du silence que ce dernier instaure.

À la fin de sa vie il écrira : Je me sens un étranger en ce monde. Si rien ne vous relie à l'humanité ou à dieu alors vous êtes un étranger.

Au moins ai-je un point commun avec Ludwig !

Pour se fuir, ou se trouver, mais est-ce si différent, Ludwig travailla comme jardinier au monastère de Klosterneuburg, il s'essaya également au métier d'instituteur dans des villages reculés de la Basse-Autriche,il y apprit que tout ce que l'on fait pour autrui se retourne immanquablement contre soi.

De cela je suis donc à l'abri !

En Christoph Lichtenberg Wittgenstein trouva un frère en ironie, celui-ci n'est-il pas célèbre pour ses aphorismes tel : Une tombe est toujours la plus sûre forteresse contre les assauts du destin. Il fut également fasciné par Hamann, ami de Kant aux textes énigmatiques et par cette phrase : Seule la descente aux enfers nous ouvre la voie de l'apothéose.

Quand le dégoût de lui-même était trop fort Ludwig fonçait au cinéma, s'asseyait au premier rang pour s'immerger dans le film. Cela me fait l'effet d'une bonne douche disait-il, comme pour se décontaminer de cette façon.

Comme toutes les autres cette enquête ne peut finir que par la mort. Quand son médecin lui annonça qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre Wittgenstein fut soulagé. Lui le plus grand logicien du siècle n'était finalement qu'un pauvre diable, trop lucide pour vraiment aimer, incapable de briser le mur de son orgueil. Dans la nuit du 28 avril 1951 il dit à la femme du docteur Bevans qui l'avait accueilli pour ses derniers instants : Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse.

Je doute, le moment venu, d'avoir envie de dire la même chose !

 

Un livre dense et passionnant sur un homme qui l'était tout autant.

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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