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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 09:02

La France est riche de sites magnifiques, de lieux étonnants, de paysages extraordinaires, certes, mais elle dissimule aussi des endroits à la réputation moins favorable, des lieux étranges où se seraient déroulés des actes terribles, où auraient vécu des êtres monstrueux, avides de sang et de pouvoir.

C'est justement ce voyage que nous propose ce numéro de Science et Avenir N° 178 : La France des lieux maudits. Ces lieux dont on ''dit du mal'', ces lieux où légendes et réalités se mélangent pour créer une ambiance inquiétantes, mais pas trop, pour donner l'impression d'une odeur de sang et de souffre courant entre les arbres, le long des murs ou remontant de sols gorgés de victimes innocentes perpétrées par la peur ou le goût du lucre, par la jalousie ou la bêtise. Et parfois par plusieurs de ces éléments en même temps.

Pour citer Myriam White-Le-Goff il conviendrait de parler de lieux ''habités'' plutôt que maudits afin d'éviter un jugement qui à l'époque de la naissance de ces réputations ne signifiait rien. Au Moyen Âge il s'agissait souvent d'une présence relevant d'une forme de vie autre que l'humaine : fée, géants, et autres créatures merveilleuses, êtres que le paganisme latent, sous le christianisme apparent, acceptait et comprenait. L'homo sapiens ne pensait pas encore avoir tous les droits sur la planète et composait avec des puissances qu'il incarnait pour les comprendre. Le théisme intervint lentement, toxine mentale jetant sur ce qui ne relevait pas de ses dogmes le sceau de ''maléfique'' afin qu'apeurés hommes et femmes viennent grossir son troupeau. À moins qu'il ne s'agisse d'expliquer des phénomènes déplaisant, entravant le fonctionnement de la société, et dont dieu ne pouvait être à l'origine. D'autre part ce n'est pas parce que nous tentons de repousser la nature derrière des murailles technologiques qu'elle s'éloigne de nous, au contraire, elle fait un détour. Ce que nous voulons oublier ne disparaît pas pour autant et nous renforçons ce que nous nions.

Une longue et passionnante rencontre dont je vous invite à lire la relation dans les premières pages de ce magazine. Mais que cela ne ralentisse pas notre visite.

À tout saigneur tout honneur ! Visitons la forteresse de Tiffauges, un des soixante châteaux qui appartenait à Gilles de Rais, plus jeune maréchal de France, compagnon de Jeanne d'Arc et, par la suite, assassin d'enfants, plus connu dans l'imagerie populaire sous le nom de Barbe bleue. Derrière ces murs, 140 jeunes gens, en majorité des garçons, auraient trouvé la mort, torturés par le maître des lieux qui cherchait à refaire sa fortune perdue dans le paiement de ses armées au service de Charles VII dont il gaspilla les restes après la condamnation et l'exécution, de Jeanne. Durant huit ans, de 1432 à 1440, il perpétra ses crimes avant d'être arrêté puis jugé et, comme sa partenaire des champs de bataille, exécuté. Bien sûr Barbe Bleue préexistait à Gilles mais la cruauté que l'on prêtait à l'un et à l'autre fit qu'ils furent confondus, bien que le premier tuât des femmes et le second des enfants. Il n'est pas impossible que les reflets bleutés du pelage de son cheval aient participé à cette assimilation.

Il n'en fallait pas plus pour que le lieu n'agrégeât les légendes, comme l'intervention de la fée Mélusine pour construire la forteresse en une nuit. Particularité de ce château, une douve creusée à l'intérieur de l'enceinte. Pour ne pas être dérangé il suffisait de relever le pont-levis, pratique pour faire ce que l'on veut en tout discrétion. La question reste posée de la véracité des méfaits reproché au maréchal, la ''scène de crimes'' est ensevelie sous des tonnes de terre et de pierres qu'il faudrait déblayer pour examiner les salles où se déroulaient les messes noires de Gilles. Reste possible de visiter une crypte romane en imaginant que là résonnèrent les vois du chœur d'enfant que De Rais prenait plaisir à écouter. Certains connurent-ils un sort funeste...

Au matin du 26 octobre 1440 Gilles de Rais fut conduit sur le lieu de son supplice, il y demanda à être exécuté en premier afin de donner le bon exemple à ses complices. Sa contrition étant aussi profonde que sincère (?) son corps fut rapidement retiré du bûcher puis inhumé dans l'église des Carmes.

Aujourd'hui le mystère demeure de la réalité des crimes perpétrés derrière les murs de cette forteresse : aucun ossement ne fut retrouvé, la procédure était préfabriquée, des éléments falsifiés, les témoins subornés. Il n'y eut pas d'avocat de la défense, pas de pièces à conviction, pas de témoignage. Ce qui permit à ses défenseurs de voir dans ce procès la préfiguration de ceux qui eurent lieu en Union soviétique quelques siècles plus tard. Pour certains vendéens il est la victime du centralisme français qui voulait assurer sa domination sur une région restée rétive. Jamais pourtant de Rais ne manifesta d'opposition à la royauté, au contraire. Aucune certitude ne peut être posée, les minutes du procès n'ont jamais été éditée, ni traduite en français moderne. Gilles de Rais fut-il le premier ''serial-killer'' dont l'Histoire retint le nom ou la victime de manipulation de jaloux ? L'avenir le dira peut-être encore que l'ombre étant propice à la projection de tous les fantasmes la laisser intacte est plus excitant.

Non ?

J'organise mon voyage, qui sait si la silhouette de Gilles ne m'apparaîtra pas. 

 

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu
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