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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:40

 

Stefan Zweig embarque pour l'Amérique du Sud, impossible de rester en Europe alors que les nazis remportent victoires sur victoires et que rien ne semble pouvoir entraver leur marche en avant. De plus un nouveau front vient de s'ouvrir avec l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Sur le paquebot où il voyage avec son épouse il apprend la présence du champion du monde d'échec, Scentovic, tout juste âgé de 20 ans. Un individu que rien ne prédestinait à atteindre un tel rang tant son intelligence semble à l'opposé de celle qu'il faut pour devenir un Grand Maître. Non seulement il est borné, ignare, incapable d'écrire sans faire au moins une faute par ligne mais il s'exprime simplement, est dénué d'humour et d'intérêt pour tout ce qui ne concerne pas l'art dans lequel il excelle.

Zweig est fasciné par cet individu et voudrait le rencontrer, non qu'il s'estime capable de jouer d'égal à égal tant son niveau est moyen, mais le personnage, la distance entre ce qu'il est et le talent qu'il montre quand l'univers se réduit à 64 cases et 32 pièces, est immense. N'a-t-il pas appris tout seul en regardant le curé qui l'avait recueilli alors qu'il avait été abandonné par ses parents affronter le facteur ? Quand, alors qu'il sont seuls, celui-ci lui propose, pour se moquer, une partie il ne sait pas qu'il vient de lancer une mécanique que plus rien ne pourra arrêter. Bien vite le jeune Scentovic va battre tout le monde autour de lui, d'abord au niveau régional, puis national, puis, nous l'avons vu, mondial. Il ne joue que pour gagner, et gagner de l'argent, prêt qu'il est à affronter n'importe qui du moment qu'il y a quelque monnaie à récupérer au passage.

Sa seule lacune est son incapacité à jouer à l'aveugle, imaginer un échiquier mental, y déplacer les pièces, y jouer comme sur un véritable, tout cela est au-delà de ses aptitudes. Il n'empêche que dans le monde réel il est imbattable.

Zweig pour attirer l'attention du champion joue avec un riche américain, rustre et ne supportant pas qu'on lui résiste. Cela va marcher, Scentovic va s'approcher mais faire mine de s'éloigner tant ce qu'il voit lui paraît, et est, affligeant en terme de niveau de jeu. Pourtant il acceptera de jouer, contre 250 dollars la partie. Une somme que le riche texan acceptera de payer, pour lui ce n'est rien et affronter le meilleur joueur du monde ne lui fait pas peur.

Rendez-vous est pris pour le lendemain à la même heure, le champion ne met qu'une condition sur le déroulement du match, il prendra dix minutes ''de réflexion'' entre deux coups.

Les conditions sont acceptées et le lendemain tout le monde se retrouve sur le pont, autour de l’échiquier. Le combat est perdu d'avance et la partie ne fait pas long feu. Pourquoi ne pas tenter une revanche ?

Cette fois, au cour d'une interruption, un homme va s'approcher et signifier que le coup que prépare Zweig et ses partenaires va les condamner à un mat sans appel. Il préconise une stratégie différente qui ne les fera pas triompher, c'est trop tard, mais leur permettra de faire nul, ce qui serait un exploit.

Ce qui est prévu arrive donc et le champion est tout surpris de ce qui s'est passé. Raison de plus pour continuer !

C'est ainsi que Stefan Zweig fait la connaissance de l'homme qui les guida hors du chemin de la déroute. Celui-ci se présenta : Monsieur B. aristocrate viennois, banquier chargé avant la guerre de la fortune impériale, lui aussi fuit un régime dont il eut à souffrir....

Ceci n'est que le début d'une pièce qui est la transposition scénique de la nouvelle de Zweig, la dernière qu'il écrivit avant de se donner, en compagnie de son épouse, gravement malade, dont nous n'entendons que la voix, la mort en absorbant du véronal.

Pour en savoir davantage il vous faudra lire le texte ou/et aller assister à l'adaptation, réussie, qu'en fait Éric-Emmanuel Schmitt au théâtre Rive Gauche, sur une mise en scène de Steve Suissa, avec Francis Huster dans le rôle de Zweig qui raconte cet affrontement sur une petite surface, à l'image de celui qui oppose deux visions du monde, celle, triomphante alors, du nazisme, brutal, détestant la culture et toute pensée, idées ou ''races'' déviantes, face à l'idée de liberté et de libre arbitre où l'individu existe par lui-même et pas au service d'une idéologie qui n'est que le masque de quelques uns pour tromper l'immense majorité.

Laquelle se laisse aisément faire.

Huster est plus crédible en Zweig qu'il le fut en Einstein l'an dernier. Un spectacle à voir et à réfléchir, ce n'est pas si fréquent.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu
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