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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 09:00

Kim Hoon – Traduit du coréen par Han Yumi et Hervé Péjaudier – Gallimard – 2004

 

Les étoiles

Le palanquin des souverains défunts suit la ligne de crête, interminable processions funéraire, cortège précédé par celui qui souffle dans sa trompe en métal pour annoncer au ciel qu'arrive un roi dans la montagne. À côté du roi une cinquantaine d'élus seront ensevelis vivants, certains étaient volontaires, d'autres, non. Ils s'allongent dans des trous pour accompagner le roi défunt, creusés en éventail autour de la chambre funéraire. Les plus méritants étant les plus proche de la chambre en pierre où le cercueil du roi serait déposé sur des milliers de lingots de fer. Le temps passant, il suffisait qu'un tremblement de terre disjoignît la chambre funéraire pour que l'eau s'y infiltrât et fisse rouiller le fer produisant un jus brunâtre dans lequel s'immergeraient les cadavres des monarques.

Les royaumes se touchent entre les montagnes, quand les chiens aboient d'un côté, de l'autre ce sont les coqs qui répondent. Les surfaces cultivables réduites rendent la vie difficile et les affrontement sont nombreux pour s'emparer des biens du voisin, qui n'est jamais d'accord. Chaque village, pour se défendre, forgeait armes et boucliers au rythme des marteaux s'abattant sur le métal. Ainsi les rois étaient-ils bercés par ces pulsations, cœur de fer semblant battre pour l'éternité.

Les tombes se ferment, nul son n'en sort, quand quelqu'un veut fuir des soldats sont là pour le convaincre d'accepter l'honneur qui lui est fait. Si, la veille, les vierges promises s'enfuient, elles seront rattrapées, coupées en morceaux et jetées dans un puits, comblé et rapidement oublié. Personne n'en parlera, rien ne se sera passé.

 

Ainsi cela se fait-il depuis quatre cent ans.

 

La forêt de bambous

Ureuk et Nimum pénètrent dans la forêt de bambous, brillante, clairsemée et profonde prenant garde à ne pas écraser les œufs de caille éparpillés sur le sol détrempé. L'été précédent ils avaient ramené cinq troncs de paulownia, transformé depuis en planches. Quand celles-ci seront devenues instruments de musique peut-être comprendront-ils la magie des sons dispersés au gré du vent.

Il a plu depuis une semaine, Ureuk peut enfin sortir son cheval et avec lui partir en direction du port de Gaepo. L'odeur de la forêt est forte, les feuilles se balancent au souffle du vent et les branches des saules fouettent son visage. Ainsi lancés l'homme et son cheval ne font qu'un, partageant sensations et émotions. Il va à Gaepo pour vérifier que le vieux forgeron Yaro y a bien fait son apparition. Lui savait arracher à la chair du métal l'aigu d'une pointe. Il avait même rencontré seul le roi, reçu des présents, cornes de cerfs, peaux de renard, tant qu'aux funérailles du roi précédent il s'était retrouvé au premier rang.

Yaro méprisait Ureuk, un maître de musique, ignorant de l'art de la fabrication des armes. Celui-ci lui répond qu'il voulait faire courir son cheval ! Lorsqu'il parvint à l'entrée de son village,Ureuk aperçus les tertres des rois se découpant au sommet des monts lointains comme s'ils touchaient le ciel.

 

Le fer

Yaro se rend à Namwon, escorté de cinquante cavaliers et suivi de vingt chariots vides. La route est longue, entre les monts Gaya, Deokyu, Baekun, Jiri, parfois les franchissant, parfois les contournant. La bataille des plaines de Samae est achevée depuis quelques jours seulement, aucun soldat n'avait survécu, tous passés au fil des lames des autres. Privée de combattants, la bataille avait cessé d’elle-même. La guerre s'était exténuée comme un étang s'évapore jusqu'à n'être qu'un trou sec et seul un général avait trouvé le chemin du retour.

Le convoi de Yaro longe le fleuve, des cadavres putréfiés d'hommes et chevaux s'y entremêlaient. Les soldats de Yaro s'étaient enveloppé le visage d'un linge percé à l'emplacement des yeux, retournant les cadavres pour récupérer leurs équipements, haches et épées, regroupant ce qui était en fer au même endroit. Récoltant même les boucliers défoncés à coups de hache, détachant les armures, récupérant les casques. Le tout pesant plus de deux mille livres.

Ainsi le convoi rejoignit-il Gaepo en douze jours n'ayant perdu que deux soldats, écrasés par les chariots si lourdement chargés. Quand ils arrivèrent les filles de joie étaient en effervescence.

 

La soupe de coquillages

Le roi Gashil ne quitte plus son lit, son état est si dégradé que concubines et favorites ne s'approchent plus de lui. Le contact du tissu lui est insupportable aussi son lit est-il déplacé pour être au soleil le plus possible. Il sait sa mort imminente et de regarder les jeunes filles qui l'entourent lui donne l'idée de les emmener avec lui dans l'autre monde. Les frontières de son royaumes sont attaquées quotidiennement, les champs sont couvert de cadavres et d'armements rouillés. Le roi ne parvient pas à suivre l'évolution de la guerre, son esprit est trop faible. Tout juste peut-il distinguer les ombres autour de lui, et l'une se détache. Ara est son nom, elle a dix-huit ans. Elle est belle.

Ainsi, au fil de ses contes successifs et cohérents, Kim Hoon retrace-t-il la chronologie de Gaya et des Trois Royaumes, s'appuyant sur le Samguk Sagi et le Samguk Yusa. Le premier, écrit par un confucianiste sérieux, s'attachant à l'Histoire, le second faisant la part belle aux contes et légendes. S'attachant à Ara, une demoiselle d'honneur en fuite pour échapper à l'ensevelissement alors que Ureuk est convoqué à la cour pour trouver le son parfait digne d'accompagner les funérailles royales et que Yaro est appelé à réarmer le pays menacé par le royaume voisin de Shilla en même temps qu'il doit couler les fondations de fer de la tombe du roi.

Ureuk cherche le chant parfait des cordes, ainsi Kim Hoon use-t-il de ses personnages, individus pris dans une époque violente dans laquelle ils essaient malgré tout d'assumer leurs destins, pour composer une œuvre dont la magie ne peut échapper à son lecteur.

 

Le chant des cordes

Dans le cadre du Challenge Coréen de PatiVore.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Corée
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